Intégrales et beaux livres à placer sous le sapin : Glénat entre entre gris clairs et couleurs chatoyantes

23 décembre 2019 0 commentaire
  • Outre Manara, l’éditeur grenoblois met l’accent cette année sur Lou !, ainsi quelques-unes de ses références plus adulte : Conan, Tarquin et UCC Dolorès, sans oublier Olivier Ledroit et le dernier envol de sa féerique Wika !

Sans céder à la démesure, Glénat souligne en cette fin d’année quelques-unes des plus grosses références actuelles de son catalogue. Comme au sein de la collection Ils ont fait l’Histoire qui délivrent quelques coffrets reprenant la totalité du parcours atypiques de ces figures historiques. L’éditeur, qui vient également de porter un focus particulier sur Manara, a d’ailleurs privilégié deux univers très colorés, et deux autres plus rudes, grâce à de grands formats noirs et blancs. En voici le détail…

Intégrales et beaux livres à placer sous le sapin : Glénat entre entre gris clairs et couleurs chatoyantesUGC Dolorès

Débutons ce tour de piste par la déjà célèbre nouvelle série de Space-opera : UCC Dolorès. Comme nous l’avait expliqué Didier Tarquin lui-même, il a eu le désir de marquer une pause après plus de vingt années consacrées à Lanfeust, et de se lancer dans un western intergalactique. On retrouve une partie du style que l’on connaît grâce à Lanfeust, mais Tarquin n’hésite pas à aller plus loin, en modifiant sa technique.

Tout d’abord, il a fait le choix de ne plus travailler qu’au pinceau et à l’encre de chine. De plus, il ose et innove, en diluant l’encre pour jouer sur certaines dilutions, presque comme de la couleur directe, plus proche du lavis. Tarquin s’essaye également aux hachures, sans oublier ses masses de noir ainsi qu’on a pu le découvrir par exemple dans Lanfeust Odyssey. On trouve aussi des dessins moins léchés, de manière à traduire l’état d’esprit de son héroïne.

Bref, outre un récit au tempo enlevé, UCC Dolorès est un petit laboratoire dans lequel Tarquin s’essaie à pas mal d’innovations, parfois inspiré par Giraud et son double Moebius. Pour s’en convaincre, les amateurs ne manqueront l’édition noir et blanc en grand format du tome 2 qui vient de sortir. Outre une reproduction assez proche des planches originales, on profite d’un making of qui nous permet de nous approcher au plus de la création de cette série. Couverture, dessin, personnage et séquence, Tarquin explique et s’explique de manière très naturelle, comme dans cette dernière page de storyboard :

« Mon scénario est pensé, ou plutôt rêvé longtemps avant la partie dessin de l’album. Après plusieurs visionnages du film dans ma tête, quand tout semble solide, je me mets à l’écriture. Pour moi, l’écriture n’est que la description de ce film. Le dessin suit alors naturellement ce chemin. Si le film est fluide, l’écriture, le dessin le seront. Et pour le lecteur, cet album se transformera en film. Magique ! »

Indestructible Conan

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Glénat peut se féliciter de la qualité et l’engouement généré par sa collection Conan ! Comme de coutume, le dernier né signé par Sylvain Runberg et Park Jae Kwang bénéficie d’un grand tirage en noir et blanc qui présente les planches de l’album. Il permet de mieux comprendre l’étonnante technique au crayon du dessinateur, jouant sur les hachures et les croisillons pour donner la masse nécessaire à ses volumes. L’influence asiatique est bien entendu bien présente, avec ces traits de vitesse ou ces perspectives qui pointent une ligne de fuite centrale à la case.

Au-delà de la technique pure, on prend beaucoup de plaisir à pénétrer l’univers de Robert E. Howard, dans des planches absentes d’un encrage noir qui force parfois les atmosphères. Ce tirage en grand format intensifie la subtilité et le dynamisme du récit, à découvrir !

Wika prend son envol

Pour le troisième et dernier tome de sa série féérique, Olivier Ledroit a vu les choses en grand ! L’album normal comprenant déjà 94 pages, le tirage limité dépasse toutes les attentes. Dans ce grand format de 37 sur 29 cm, les planches de Ledroit démontre tout l’investissement et la démesure de l’auteur, en particulier avec les deux grands pages centrales qui forment un immense quadriptyque intérieur : tout simplement phénoménal, on a presque envie de toucher les engrenages métalliques pour les prendre en main.

Entre les visions des personnages, les cartes et les immenses combats qui rythment ce tome final, l’album en grand format confère toute la puissance nécessaire pour profiter de ce très grand spectacle de bande dessinée, surtout dans la première partie de l’album où il faut tourner l’album de 90° pour lire les planches s’étalant sur deux pages. Comme dans le TL du tome 2, l’album bénéficie d’un ex-libris signé par Olivier Ledroit, ainsi que d’une splendide jaquette, dont le verso présente un grand poster de notre héroïne.

Cette fois limité à 800 exemplaires, ce tirage est complémenté par une dialogue entre Olivier Ledroit et Philippe Druillet, intitulés « Dialogue à bâtons rompus entre deux créateurs autodidactes ». On y retrouve bien entendu quelques très grandes illustrations réalisés par Ledroit. LE livre incontournable pour les amateurs de Ledroit : tout simplement somptueux !

Lou ! … T’as pas tout lu ?!

Ainsi que nous vous l’expliquions en début d’année, Lou !, l’intelligente et colorée série signée Julien Neel marquait la fin de son premier cycle avec le tome 8 En Route vers de nouvelles aventures. Comment se présentera la suite ? Certainement différemment des premiers albums 46 pages nous expliquait l’auteur ! Ce huitième tome marquait également la fin d’un long arc narratif débuté quinze ans plus tôt avec Journal infime. Impossible dès lors à ne pas songer réunir tout cela dans une intégrale. Mais comment compiler ces 450 pages dans un seul volume ?

Cette gageure éditoriale a été très bien relevée par Glénat, grâce à cet épais volume cartonné. Le petit format propose une bonne prise en main, et même si certaines bulles paraissent parfois un peu petites à lire (surtout les hors-textes en cursive), on est loin des intégrales Jacques Martin en format poche qui étaient vraiment très difficiles à lire. L’occasion est donc tout trouvée pour (re)découvrir l’une des meilleures séries tout public (jeunesse et adulte) depuis une vingtaine d’années. Le tout servi par le superbe trait de Julien Neel et ses couleurs qui portent les émotions et renforcent la bonne humeur.

Rassurons d’ailleurs les craintifs : éditeur et auteur ont bien pensé à rajouter les fameuses pages de garde de chaque album, véritables éléments narratifs au même titre que les récits eux-mêmes. Le tout se termine sur dix pages inédites qui, comme un générique final, passe en revue les moments forts de ces huit tomes, avant de rassurer le lecteur sur la réalité de la saison 2.

Et pour ceux qui auraient placé Lou ! au pinacle de leur bibliothèque, qu’ils n’hésitent pas à jeter alors leur dévolu sur deux livres jeunesse de 32 pages chacun parus en septembre. Intitulé Un Dimanche de rien du tout et Danse de la joie !, ces deux petits récits se dégustent comme de petites friandises : soit seul pour profiter de son plaisir, soit en les partageant avec des lecteurs plus jeunes et leur lire les textes afin qu’ils puissent vibrer comme vous au rythme des aventures de Lou ! Un joyeux noël en perspective !

(par Charles-Louis Detournay)

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