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Jaume Pallardó : "La dystopie doit être une sorte de miroir brisé du monde que l’on habite" [VIDEO]

Par Thelma SUSBIELLE le 20 avril 2022                      Lien  
Jaume Pallardó, auteur de BD catalan, a écrit "La Mort rose" avant que la déferlante du Covid ne déboule dans nos vies. Inspiré par la crise de l'Ebola de 2014, il y questionne la réaction d'une société face aux décisions politiques,impliquant des restrictions de liberté, que ce soit en cas de catastrophe sanitaire importante ou en cas de guerre. Rencontré lors du dernier Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, Jaume Pallardó nous a raconté la genèse de ce projet profondément inscrit dans l'actualité mondiale.

Une interview de Didier Pasamonik. Montage : Thelma Susbielle.

La Mort rose est la première bande dessinée de Jaume Pallardó publiée en France. Après avoir fait les Beaux-Arts, il enseigne le dessin au collège/lycée. Mais sa volonté de retourner à la bande dessinée le pousse à présenter de nombreux projets à des éditeurs. Sans succès pendant longtemps. Il décide finalement de se lancer sans éditeur et réalise La Mort rose, pensant peut-être faire de l’auto-édition, publiant d’abord sous forme de fascicules en Espagne. Repéré par La Cafetière, il édite l’album en France.

L’histoire met en scène Miguel, un prof qui donne ses cours en visio, car le virus de la Mort rose, très contagieux et mortel, a décimé une bonne partie de la population. Les survivants vivent dans des zones hermétiques et sont obligés de porter des combinaisons étanches, de décontaminer toute marchandise et de se fournir en nourriture par le seul circuit autorisé par l’État. Au sein de ce monde dystopique, Miguel vit une histoire d’amour...

C’est à partir de la crise de l’Ebola, survenue en Espagne pendant le mois d’octobre 2014, que Jaume Pallardó imagine un monde bouleversé par un virus mortel très contagieux. Lorsqu’il construit l’album, il lie humour et dystopie, et se rend finalement compte qu’en dépit de ce sourire, la situation n’est pas si drôle et laisse un goût doux-amer au lecteur. L’auteur s’attache néanmoins à mêler ces divers éléments pour en constater le résultat : entre crise sanitaire grave et une histoire d’amour qui ne va pas très bien. Pallardó place ses personnages dans une situation et observe ce qu’il se passe, dans une une sorte d’expérience sociale. La SF n’est-elle pas une forme de sociologie de l’imaginaire ?

Né au moment ou le mouvement Podemos émergeait en Espagne, l’album montre toute l’étendue des réactions possibles face au pouvoir politique et à une dictature insidieuse qui se met en place sous le prisme du regard innocent de ce personnage principal, une innocence qui n’échappe cependant pas au système totalitaire.

Sans surprise, les solides influences de Pallardó proviennent des classiques de la BD franco-belge, : "J’ai commencé par Astérix et Obélix, Hergé, Luky Luke, Les Schtroumpfs... Cette ligne claire, pour, moi, c’est très important. Toute ma jeunesse, j’ai lu tous ces livres avec une dévotion absolue." Il évoque aussi Moebius et Daniel Clowes, découverts plus tard, parmi des références cardinales.

Un titre classé dans les favoris de la rédaction d’ActuaBD par Didier Pasamonik en mars 2022.

(par Thelma SUSBIELLE)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : ‎978284774029

PAR Thelma SUSBIELLE  
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