"La Dernière Rose de l’été" de Lucas Harari (Sarbacane) : un polar aux allures Nouvelle Vague

23 octobre 2020 0 commentaire
  • Un aspirant écrivain se retrouve gardien d'une maison de vacances puis témoin et acteur d'un mystère que le soleil de l'été ne suffit pas à éclaircir. Pour son second ouvrage chez Sarbacane, Lucas Harari signe un polar où l'atmosphère prime, confirmant au passage son goût pour une esthétique soignée.

Léo a tout d’un antihéros. Il rêve d’être écrivain, mais peine à se lancer et gagne sa vie comme employé d’une laverie automatique dont il assure l’entretien. Célibataire, sans enfant, il végète dans son petit appartement parisien. Jusqu’au jour où le hasard le met sur le chemin d’un cousin presque oublié, personnage grossier, peu honnête et guère sympathique. Celui-ci lui confie les clés de sa maison de vacances, en bord de mer, et le charge de surveiller les travaux qu’il y fait mener.

"La Dernière Rose de l'été" de Lucas Harari (Sarbacane) : un polar aux allures Nouvelle Vague
La Dernière Rose de l’été © Lucas Harari / Sarbacane 2020

Le temps de poser un congé, de faire son sac et de prendre de quoi lire - Martin Eden de Jack London - et écrire, et voilà Léo parti au soleil. Il ne lui reste plus qu’à trouver l’inspiration, ce qui n’est pas garanti. En plus des ouvriers qui viennent restaurer la maison et des vacanciers qui envahissent les environs, il doit faire abstraction d’un voisinage quelque peu remuant et des questions d’un inspecteur dépêché sur les lieux pour enquêter sur d’inquiétantes disparitions.

La Dernière Rose de l’été © Lucas Harari / Sarbacane 2020

Il y a Rose surtout, jeune fille séduisante, fantasque, changeante, qui semble ne vouloir se consacrer qu’à la fête. Charismatique et capricieuse, elle cache mal une blessure à l’âme qui la rend encore plus attirante. Est-elle aussi superficielle qu’elle en a l’air ? Quels sont ses liens avec l’homme qui habite l’immense villa voisine de la maison gardée par Léo ? Est-elle mêlée au mystère qui secoue la région ?

Léo, malgré lui, doit se poser ces questions. D’abord témoin éloigné des frasques et des éclats de Rose, il se retrouve rapidement au cœur de l’action. Et devra se rendre à l’évidence : la réalité est plus sombre que le décor ne peut le laisser croire.

La Dernière Rose de l’été © Lucas Harari / Sarbacane 2020
La Dernière Rose de l’été © Lucas Harari / Sarbacane 2020

Après L’Aimant (2017), La Dernière Rose de l’été est la seconde bande dessinée de Lucas Harari chez Sarbacane. Des montagnes helvétiques à un littoral français, les qualités restent les mêmes : une attention marquée à la description des atmosphères, un mystère fondé sur les non-dits, un trait classique et dynamique rappelant la ligne claire de Ted Benoît ou de Chaland, et un soin tout particulier apporté au découpage, comme en écho aux architectures que le dessinateur se plaît à représenter.

L’intrigue, sans être négligée, frappe moins l’esprit que l’ambiance du récit. Les personnages semblent sortis d’un roman de Françoise Sagan et filmés - ou plutôt dessinés en l’occurrence - par un réalisateur de la Nouvelle Vague. Les jeux de lumière, à la fois soulignés et adoucis par une colorisation imitant l’impression en risographie, et l’importance de la musique renvoient également au cinéma. Pour autant, Lucas Harari ne singe pas le 7e Art : il s’en inspire, mais n’abuse jamais d’effets qui auraient pu limiter sa bande dessinée à un story board.

En plaçant le lecteur au plus près de ses personnages et en adoptant comme unique point de vue celui de Léo, l’auteur montre son attachement à une narration précise. Il ménage des pauses presque contemplatives à la suite de scènes d’action ou de dialogues, accélère le rythme de son récit à l’approche du dénouement et resserre ses cadrages quand il cherche à faire monter la tension : tout est parfaitement maîtrisé. Presque trop, et l’on pourrait regretter que la folie de Rose n’irradie pas davantage les pages de l’ouvrage.

(par Frédéric HOJLO)

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La Dernière Rose de l’été - Par Lucas Harari - Sarbacane - publication dirigée par Frédéric Lavabre, assisté de Julia Robert-Thévenot - maquette par Xavier Vaidis & Claudine Devey - 24,2 × 32,5 cm - 192 pages couleurs - couverture cartonnée avec dos toilé & marquage à chaud - parution le 26 août 2020.

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