Le Marsupilami, Frank Pé & Zidrou : la preuve par trois !

22 octobre 2020 1 commentaire
  • À n'en pas douter, "Le Marsupilami" de Frank Pé & Zidrou (Dupuis) est l'un des albums incontournables de 2020. ActuaBD.com a rencontré le dessinateur mais aussi le scénariste Zidrou à son sujet. Vidéo dans cet article. Un dessinateur, un scénariste et un marsupilami, la preuve par trois ! Le dessinateur de "Broussaille" ne s'arrête pas en si bon chemin : il publie dans le même temps une formidable rétrospective dans "Une Vie en dessins" : une consécration méritée !

On en parle depuis des mois, et enfin, la voilà, la reprise du Marsupilami de Frank Pé et Zidrou ! Pourquoi une telle attente ? Tout d’abord car les deux auteurs avaient déjà fait mouche en reprenant le personnage de Spirou dans La Lumière de Bornéo, parvenant à réinterpréter l’univers à leur sauce, de manière à livrer l’un des plus intéressantes reprises de la série. Le Marsupilami créé par Franquin reste une créature mythique du neuvième art : à la fois tendre, sympathique mais guerrier quand cela est nécessaire, il est resté dans le cœur de bien des lecteurs.

Le Marsupilami, Frank Pé & Zidrou : la preuve par trois !D’emblée l’album impose par son format presque carré, avec une "main" importante, la qualité de sa fabrication, mais aussi par sa densité : près de 160 pages. On comprend que les auteurs se sont investis sans compter et que le voyage promet d’être à la hauteur de nos espérances. Et dès la couverture, la surprise est de mise : le Marsu y apparaît, bestial, sauvage… il fait presque peur ! Et puis ce titre, « La Bête »… Frank Pé et Zidrou n’avaient-ils pas été trop loin en donnant ces atours à notre sympathique marsupial ovipare ?

À notre micro, Frank Pé nous explique leur cheminement : « Il fallait d’emblée rompre avec l’animal de Franquin, qu’on respecte bien entendu, car Franquin est un dieu, mais on devait expliquer qu’on allait parler d’un autre marsupilami, d’où l’importance de cette première séquence qui ouvre le livre. »

La Bête de Frank Pé & Zidrou - Dupuis
L’hommage à Franquin et sa passion du rire

Une incroyable séquence d’introduction

Dès les premières pages du livre, tous nos doutes et nos réticences disparaissent… Happés par le récit, on se laisse complètement submerger par la beauté des images, la mise en page ultra-travaillée et l’incroyable mise en scène, très cinématographique. On pourra discuter et ergoter pendant des années sur l’intérêt ou la fatuité de reprendre le personnage, sur tel choix ou telle position, mais soyons certains que cette première séquence restera quoiqu’il arrive dans les annales de la bande dessinée et qu’on y fera longtemps référence comme un modèle du genre.

« J’adore travailler les introductions : le lecteur ouvre le rideau et voit ce qu’il y a sur scène, nous confie Frank Pé. Cela doit le donner le goût de tout ce qui va suivre. En tant qu’auteur, j’essaie donc de produire la plus belle des promesses au lecteur pour le reste de l’album. Ce qui me challenge moi-même pour ne pas créer la déception du lecteur par la suite. »

Dans cette séquence, on découvre les éléments qui sous-tendent l’intrigue : une Belgique froide et humide, de grandes cases dont quelques magnifiques pleines pages, une grande utilisation de la lumière et des ombres, et surtout un marsupilami très sauvage, conforme à ce qu’évoquent la couverture et le titre. « Je voulais donc une introduction qui tire l’album vers le haut, commente Frank Pé, Et je désirais surtout traiter de l’Animal dans sa globalité, en souhaitant donner un point de vue très fort pour souligner cette dimension. L’homme a un problème avec la planète, et il y a un animal totalement improbable qui débarque dans la société humaine, ce qui provoque un étonnement. À l’image des super-héros, le Marsu est en effet le super-animal : un animal hors du commun avec des possibilités supérieures qui va nous confronter face à nous-mêmes. »

Dans la suite du livre, lorsqu’il se nourrit, se cache et se rend progressivement vers Bruxelles qui sera le théâtre principale de ces aventures, on comprend que Frank Pé a renfoncé l’animalité du Marsu dans ce premier tome, afin de rendre moins facile sa relation avec les êtres humains, et d’autant plus intéressant le contact qui s’établit avec le jeune héros, François, qui ressemble d’ailleurs beaucoup à Frank Pé enfant…

La Bête de Frank Pé & Zidrou - Dupuis

La patte de Zidrou

« Zidrou est diaboliquement malin, nous glisse Frank Pé dans un grand sourire, Comme le récit traitait aussi des animaux, il a tout de suite imaginé ce jeune garçon comme étant la réplique de moi enfant. Il m’a scanné et il a fait l’histoire sur mesure pour moi. Je n’avais pas beaucoup d’animaux à la maison, mais j’étais obsédé par ceux-ci. J’ai donc pu me couler dans ce petit gamin avec une facilité déconcertante. »

Cette convergence a renforcé l’affect ressenti par Frank Pé pour son histoire : chaque scène, chaque case, chaque cadrage recèle énormément d’émotions. Sans doute car l’auteur a poussé le lien avec son récit et ses personnages, jusqu’à les placer dans l’époque et les lieux de sa propre enfance.

La Bête de Frank Pé & Zidrou - Dupuis

« J’ai expliqué à Zidrou que je voulais faire avec le Marsu, nous détaille Frank Pé. Tout d’abord, le placer à Bruxelles, car je trouvais que la jungle palombienne avait été déjà très travaillée. Puis, si possible, en 1955, ce qui correspond à ma propre enfance et ce que je voulais travailler de ce Bruxelles-là, sachant que ma vision de la ville lors de mon adolescence, je l’avais déjà placée dans "Broussaille". Le Bruxelles encore triste d‘après-guerre m’intéressait, car j’avais des souvenirs que je voulais absolument développer. Je désirais que toute l’histoire soit baignée dans ce contexte général. »

Et de continuer : « Je savais que Zidrou parviendrait à trouver l’équilibre entre l’humour, l’aventure et l’émotion, pour un album très grand public. Ces éléments permettent d’entrer dans l’histoire, et de faire qu’elle nous touche, tout simplement. Un cocktail si bien dosé qu’il s’apparente à un peu à de la magie… »

La Bête de Frank Pé & Zidrou - Dupuis
Une mise en scène au couteau, des noms qui sonnent comme des injures dans un pays où les langues se mélangent...

Nul besoin de connaître Bruxelles pour ressentir l’émotion qui se dégage de ces pages, un affect qui passe également par ddes clins d’peil à de grands auteurs de bande dessinée glissés çà et là : Tillieux, Yann.... De petits clins d’œil qui ne gênent pas la lecture. Même Walthéry est partie prenante car c’est lui qui a concocté les savoureuses expressions liégeoises qui rivalisent avec les éléments de bruxellois présent dans le récit. « J’avais proposé à Zidrou de glisser dans le récit des hommages à des auteurs que j’aime beaucoup : Franquin, Roba, Delporte, etc., explique Frank Pé. Et de ne pas en les représenter en dessinateur de bande dessinée, mais en métaphore de ce qu’ils étaient. J’ai apporté l’idée que Boniface, à l’image de Franquin, soit obsédé par le rire et construise des machines pour capter l’énergie du rire. C’était une manière de parler de ce génie de manière poétique et à la fois très juste, car Franquin ne pouvait rester cinq minutes sans trouver un gag et le faire partager aux autres, même s’il était triste. Je rends alors hommage à une partie de Franquin, sans vouloir trop le mettre en scène, en me donnant la liberté de camper le physique que je désire. Yvan Delporte aimait beaucoup les animaux, Roba en faisait pour ainsi dire profession... »

En vidéo, l’interview exclusive de Zidrou

Zidrou en octobre 2020
Photo : Cédric Munsch - ActuaBD.com
La Bête de Frank Pé & Zidrou - Dupuis
L’hommage à Yvan Delporte

Bruxelles et le Marsupilami

Outre l’émotion, deux éléments ressortent du récit : l’atmosphère de la ville de Bruxelles, qui est un véritable personnage en soi dans cette histoire, ainsi que le Marsupilami, bien différent de celui de Franquin, que l’on découvre par petites touches, comme si nous devions nous-mêmes l’apprivoiser avant de le rencontrer.

« Les personnages de l’album sont tous positifs, nous dévoile Frank Pé, Et j’étais intéressé par ce Bruxelles gris typique de la période précédant l’Exposition Universelle de 1958. Un contraste que je retrouvais au cœur de ma famille qui n’était pas triste, mais qui habitait un Bruxelles gris. Et que je retrouve encore dans les chansons de Jacques Brel : cette ambiance d’une Bruxelles bourgeoise mais aussi pauvre et populaire. À l’époque, on parlait encore le patois bruxellois dans les rues, comme mes parents le faisaient. En dépit de ce décor, les Bruxellois débordaient d’énergie et de créativité. Ce qui comptait pour moi, c’était de transposer les impressions tirées de ma mémoire, même si je les ai nourries avec quelques photos d’époque. »

Il précise : « Par exemple, alors que ce n’était pas volontaire initialement dans le scénario, ce décor et ce gros plan ci-dessous représentent à mes yeux un poème visuel : ce marché aux poissons associés aux poissons me donnait l’impression de réaliser une planche des "Baleines publiques" [NDLR : Le tome 1 de la série Broussaille créée par l’auteur.]. En ressentant cette sensation, je me suis rendu compte qu’une dimension poétique se dégageait de l’image et nourrissait l’histoire de manière souterraine. Car Bruxelles reste à mes yeux celle de mon enfance, notamment les odeurs de poisson de la Place Sainte-Catherine... »

La Bête de Frank Pé & Zidrou - Dupuis
La place Sainte-Catherine et le marché aux poissons : un poème visuel pour Frank Pé.
Frank Pé
Photo : Charles-Louis Detournay.

La réalisation de son propre marsupilami s’est révélée autrement plus complexe pour l’auteur. Lui qui dessinait des animaux dans ses bandes dessinées depuis des décennies et qui est d’ailleurs devenu une référence en la matière, comment allait-il reprendre le personnage emblématique de Franquin dans un style plus réaliste, sans trahir le maître ? « Quand je regarde les reprises de personnages de bande dessinée, nous répond l’auteur, une évidence ressort : ne sont intéressantes que les reprises très personnelles. Pour moi, en tant qu’amateur de BD, un faux "Blake et Mortimer" réalisé par par un bon dessinateur qui n’est pas Jacobs, c’est du "Canada Dry". Mais quand Matthieu Bonhomme réalise son "Lucky Luke", j’applaudis des deux mains. Pour reprendre un personnage, il faut donc se l’accaparer, perdre ses complexes, et ne le faire que si on se sent à la hauteur, ce qui n’est pas évident, car j’ai souvent senti Franquin au-dessus de mon épaule, et j’ai essayé de m’en montrer digne. »

Et de continuer : « La re-création du Marsupilami s’est révélée un casse-tête anatomique. Le corps ne me posait pas de problème : les références biologiques se situaient entre le chimpanzé et le gibbon, avec des bras puissants de gorille. Mais j’ai eu du mal à résoudre le problème lié à sa tête. Je n’ai rien retrouvé dans les essais réalistes pour le film d’Alain Chabat... J’ai fini par avoir le déclic en observant la sculpture d’un ours malais, un petit plantigrade au poil très ras, avec une tête ovale et plutôt allongée vers l’arrière qui colle très bien avec le marsu en supprimant le cou afin d’amplifier la puissance de la bête. »

La quintessence des expériences

Si l’émotion, l’hommage et la création étaient au cœur de la volonté des auteurs, encore fallait-il pouvoir restituer tout cela sur le papier ! Or, Frank Pé réussit ici un magnifique travail qui dépasse tout ce qu’il avait réalisé précédemment. Comme dans celle, déjà impressionnante, dans La Lumière de Bornéo, il a ici travaillé la lumière dans chaque case et chaque séquence, afin de lui conférer une indiscutable puissance narrative.

La Bête de Frank Pé & Zidrou - Dupuis
Émotions garanties !

Frank Pé ne s’arrête pas là : « J’ai voulu travailler également la matière. Je voulais mettre en évidence les poils et l’aspect sale et puant. J’ai bénéficié de mon expérience sur "Zoo" où j’ai travaillé sur cela. Mais j’ai utilisé un dessin plus allégé, plus direct, plus rapide, plus moderne. Je me suis forcé à travailler sur un très petit format, presque à la dimension du livre, car je voulais que la matière du papier passe au scan. En effet, quand on réduit, on perd cet effet de matière. »

Il poursuit : « Je suis aussi un grand amateur de cinéma : la mise en scène et le rythme de narration sont des éléments que je possède en moi, et que je place instinctivement dans le récit, avant parfois d’y revenir si nécessaire avec le recul si je ne suis pas complètement sûr de moi. Au début j’essayais de dessiner juste en réalisant le bon trait, maintenant je fais l’opposé en réalisant n’importe quoi sans rester coincé par l’exactitude ; puis je joue au critique et je me corrige quelque peu, mais pas trop. Bref, avec le temps, on apprend que bien travailler nécessite de se tromper, et de devenir script doctor de soi-même. Idem pour le découpage. Cela permet de maintenir de la vie et du mouvement dans le dessin, car en devenant super-technicien, on peut à un certain stade oublier la technique pour laisser passer l’émotion. Or dans ce livre, c’est l’émotion qui devait primer. De manière générale, il fallait que je sois prêt pour réaliser cette histoire, et avant ce n’était pas le cas. Avec l’expérience et le métier, on franchit des étapes pour parvenir à rendre ce qu’on désire. Pour la suite, j’espère encore évoluer… »

Frank Pé ramène un morceau de Palombie à Bruxelles
Photo : Charles-Louis Detournay.

En lisant cet album, nous tenons en mains le travail du dessinateur "au format", chaque trait étant posé de manière minutieuse, sans aucun repentir possible. Frank Pé a donc travaillé sans filet pendant deux ans, afin de livrer un récit au plus près du rendu des planches : « Je travaille avec des traits très fins, très légers, sur un gros papier d’aquarelle qui ne supporte pas d’être effacé. Un travail à l’opposé de la bande dessinée plus traditionnelle qui utilise plutôt un papier lisse où l’on charbonne beaucoup avant de gommer, ou de reprendre à la gouache blanche. Rien de tout cela dans ce cas. Je ne peux pas non plus gratter, car cela se verrait au scan. Chaque trait posé est définitif, cela demande donc une concentration totale, surtout lorsqu’on se fie comme moi à son premier jet. J’aurais été incapable de faire cela à vingt-cinq ans. »

La mise en couleur a été faite d’une traite : « J’avais tellement envie de raconter l’histoire, que j’ai tout d’abord dessiné la totalité du récit avant d’attaquer la couleur, car je voulais rester dans la narration. Bien entendu, 150 pages de couleurs en un bloc allait représenter une immense épreuve, mais le confinement s’est imposé, ce qui m’a aidé à rester dans le livre, à préserver une unité graphique tout en privilégiant la narration. »

La Bête de Frank Pé & Zidrou - Dupuis
Une triste Bruxelles, mais qui éveillera bien des souvenirs à ceux qui la connaissent.

Saluons aussi le travail de l’éditeur qui a réalisé ici un véritable bijou de fabrication. « Le papier que j’ai choisi coûte quatre fois le prix du papier normal, nous dévoile Frank Pé. Cette qualité n’aurait pu se faire sans Dupuis, car toute l’équipe croit très fort dans le livre, à commencer par notre éditeur Benoît Fripiat qui a été formidable : il nous a soutenu en permanence. Je voulais effectivement un ouvrage qui soit un objet et à la fois d’une lecture très facile, animé d’un vrai "page-turner". Ce qui permet de réaliser des pleines-pages, qui se lisent très facilement, avec moins de cases. Accentuer la lisibilité au maximum en jouant également avec les bords de case. Mais je n’étais pas certain du rendu final avant de me lancer dans le dessin, et je ne voulais pas contraindre Zidrou à modifier sa méthode de travail. On a donc convenu qu’il scénariserait comme d’habitude, des pages avec 9 ou dix cases, et que je m’occuperais du découpage final. Autant j’étais intéressé par ses propositions de mise en page pour leurs apports narratifs, autant j’aime jouer au réalisateur cinématographique qui s’accapare une histoire pour la restituer à sa manière, en se donnant plus de profondeur sur une séquence, amener la caméra sur un visage à un moment donné. »

La Bête de Frank Pé & Zidrou - Dupuis
Une double-page, qui souligne les effets cinématographiques instinctivement privilégiés par l’auteur

Auteurs et éditeur se sont tellement investis dans ce récit que ce one-shot est bien vite devenu un diptyque. « Zidrou a énormément travaillé ce récit, produisant beaucoup de séquences quitte à en jeter pour parvenir à cette forme d’épure, se rappelle Frank Pé. Au début, le récit était un seul gros one-shot, mais en travaillant dessus, je suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de matière et que nous ressentions beaucoup de plaisir à le travailler. Comme il prenait de l’ampleur, j’ai proposé que l’on fasse un diptyque, ce que tout le monde a approuvé. Le tome 2, déjà complètement écrit, comporte deux cents pages et réserve encore bien des surprises avec des scènes hallucinantes. »

Qui dit diptyque dit césure. Et celle-ci est sans doute particulièrement dure à vivre pour le lecteur. Parce que l’on voudrait savoir ce qui va se passer bien entendu, mais aussi car cet ouvrage déborde tellement d’émotions que quitter ses personnages s’apparente à une déchirure. « Cela fait partie de mon évolution professionnelle, conclut Frank Pé, plus j’avance, plus je vais vers l’émotion. Pour moi, c’est la clé ultime : l’émotion… et la poésie ! Il n’y a pas mieux à transmettre, à échanger. Pour toucher le lecteur dans ce qu’il a de plus humain. » Certes, il faudra attendre deux ans pour avoir la fin de cette aventure, mais lorsque des auteurs vous livrent un pareil trésor, on est prêts à patienter bien plus encore.

Un diptyque certes, mais avec une autre surprise : « Après ces deux tomes, nous envisageons de réaliser un troisième album centré sur la biologie du Marsupilami. On travaillerait avec des scientifiques, des chercheurs qui ont été en Amazonie. Ce livre d’illustrations grand public se lirait comme un roman, avec plein d’informations que l’on espère drôles, passionnantes et stupéfiantes autour de l’animal et de l’écologie. Par la suite, j’envisage de sans doute revenir à "Broussaille" pour récompenser la patience de Bom avec un album plus classique et poétique, dans la veine des trois premiers car c’est ce que la série a amené de plus intéressant. Il y a encore des choses à faire dans la veine des "Baleines publiques"... »

Une vie en dessins

Pour patienter, Frank Pé et Dupuis nous ont concoté un autre bonus. Nous vous avons déjà parlé de l’intégrale de son Little Némo, mais voici que s’ajoute un autre ouvrage bien plus imposant et tout aussi travaillé : il propose une rétrospective complète de la carrière de Frank Pé. Une somme ! « J’espérais un livre comme cela depuis dix ans, nous explique-t-il, enthousiaste, Car je disposais d’énormément de dessins inédits en albums : tout mon travail sur Mucha, mes travaux pour le dessin animé, mes affiches, mes peintures murales, etc. Je me suis beaucoup impliqué pour qu’on puisse réaliser un très beau livre : papier, mise en page... Nous avons été rechercher tous mes travaux, détenus parfois par des collectionneurs. C’est un travail de fou, très différent d’un album classique. »

Frank Pé - Une Vie en dessins - Champaka Brussels / Dupuis
Sur une double-page, l’agrandissement d’une des premières planches du premier tome de Broussaille, Les Baleines publiques. La première incursion de l’auteur dans Bruxelles...
Frank Pé - Une Vie en dessins - Champaka Brussels / Dupuis
La belle affiche de Frank Pé pour sa première exposition au Rouge-Cloître
Frank Pé - Une Vie en dessins - Champaka Brussels / Dupuis
La fameuse planche du sable dans La Nuit du chat. On comprend que, déjà, Frank Pé pensait en couleurs...
Frank Pé - Une Vie en dessins - Champaka Brussels / Dupuis
Les diverses variations de Frank Pé autour d’Alfons Mucha, entre autres présentées lors de sa seconde exposition au Rouge-Cloître
Frank Pé - Une Vie en dessins - Champaka Brussels / Dupuis
Frank et Bruxelles, encore et toujours. Ici en 2003, avec le tome 5 de Broussaille, Un faune sur l´épaule
Frank Pé - Une Vie en dessins - Champaka Brussels / Dupuis
Un Spirou humanisé

De Broussaille au Marsu, via des agrandissements de planches et surtout des dessins en couleurs inédits, ce superbe ouvrage reprend véritablement toutes les périodes de l’auteur, y compris ses travaux méconnus, comme ceux pour les calendriers scouts, le dessin animé, les travaux de commande et les performances graphiques en public. Par l’agencement des chapitres et les textes de Daniel Couvreur, on comprend surtout comment Frank Pé s’accapare à chaque fois d’une proposition pour la transformer en un projet qui lui corresponde. « C’est vrai, convient Frank Pé. Zoo ne devait être qu’un album qui s’est transformé en triptyque. Mucha ne devait qu’une expo qui s’est finalement allongée sur des années. Le Marsu n’était qu’un tome et comptera finalement deux épais volumes. Little Nemo devait être deux planches qui se sont transformée en deux livres. Avec Bernard Mahé, mon éditeur, on se doutait depuis le début que ces deux livres de Little Némo seraient des tirages de luxe, et qu’il faudrait en faire un album grand public. Nous avons donc été voir différents éditeurs et j’ai finalement privilégié Dupuis pour rester dans la maison où j’avais réalisé ma carrière. »

Frank Pé - Une Vie en dessins - Champaka Brussels / Dupuis
Frank Pé - Une Vie en dessins - Champaka Brussels / Dupuis
La monographie permet de profiter de quelques extraits des superbes fresques dont Frank Pé a le secret

Propos de Frank Pé recueillis par Charles-Louis Detournay / Interview de Zidrou réalisée par Didier Pasamonik (l’Agence BD), Clara Lessart et Cédric Munsch.

Little Nemo - Par Frank Pé - Dupuis
Little Nemo - Par Frank Pé - Dupuis

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire également deux précédentes interviews de Frank Pé réalisées en 2011 :
- « Si je fais un album, c’est pour le public. »
- « Les spectacles Zoo et les fresques m’apportent un échange direct avec le public »

Sur le même sujet, lire également :
- Little Nemo, de Winsor McCay à Frank Pé
- Little Nemo Tome 1 : Wake up ! - Par Frank - Ed. Toth

Photo de survol : Charles-Louis Detournay

 
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1 Message :
  • Un peu déçu par cet album. Non pas par le dessin superbe de Frank Pé (encore qu’on y retrouve peu le Marsupilami, ça pourrait être n’importe quel animal en fait) mais par le scénario vraiment pas à la hauteur des dessins, les dialogues sans finesse, voire anachroniques, dommage.
    J’ai la chance d’avoir l’album édité par Slumberland, je trouve la couverture bien plus belle que l’édition courante.

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