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Mikaël ("Harlem") : "Raconter l’histoire de Queenie est une manière de resituer aussi les femmes afros-américaines dans l’Histoire des USA"

Par Christian MISSIA DIO le 24 novembre 2023                      Lien  
Dans "Harlem", 3ème récit de la "Trilogie new-yorkaise", Mikaël ("Giant", "Bootblack") nous propose de découvrir l'histoire de Stéphanie St. Clair, mieux connue sous le nom de Queenie. Dans cet entretien, l'auteur partage son cheminement artistique, évoque la complexité de créer un récit biographique sur un personnage peu documenté, et souligne les tensions au sein de la communauté afro-américaine dans les années 1930. De l'importance de redécouvrir des figures féminines oubliées à la représentation de l'histoire dans la fiction, Mikaël aborde divers aspects de son travail et offre un regard captivant sur son dernier diptyque.

Mikaël, nous nous retrouvons à l’occasion de votre troisième diptyque new-yorkais. Après la communauté irlandaise dans Giant et les immigrants allemands Bootblack, vous vous intéressez cette fois à la communauté afro-américaine au travers du récit Harlem. Plus précisément, vous nous racontez l’histoire de Stéphanie St. Clair, mieux connue sous le surnom de “Queenie”. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette femme ?

Mikaël : En fait, je voulais dès le début faire plusieurs histoires sur New York lorsque j’ai commencé Giant. J’ai écrit Giant et j’avais déjà Bootblack dans un coin de ma tête en tant que deuxième histoire. Je savais aussi que je voulais situer mon troisième récit dans le quartier de Harlem car c’est un quartier assez mythique pour moi, dans la mesure où j’ai toujours pensé qu’un New-Yorkais est un Afro-Américain parce que depuis tout petit, j’étais biberonné aux séries animées des Jackson 5 ou de Arnold et Willie. Puis, j’ai connu l’arrivée du hip-hop dans les années 1980 lorsque j’étais enfant et je voyais tous ces Afro-Américains en survêtements, casquettes, qui tournaient sur la tête. J’étais vraiment étonné, émerveillé par cette communauté-là ! Et donc, je voulais vraiment situer ma troisième histoire à Harlem. Je voulais aussi centrer l’histoire sur un personnage principal féminin car dans Giant et Bootblack, les femmes sont fortes mais ne sont pas les protagonistes, ce sont des personnages secondaires. J’ai donc commencé à me documenter sur le quartier de Harlem dans les années 1930, et c’est ainsi que j’ai découvert la Loterie clandestine, cette organisation criminelle de loterie de rue qui échappait à la municipalité. Et qui dit loterie clandestine à Harlem dans les années 1930, dit forcément Stéphanie St. Clair, cette immigrante originaire des Antilles françaises et qui s’est construit un empire. Stéphanie St. Clair était sans doute la femme afro-américaine la plus riche aux USA dans ces années-là.

Mikaël ("Harlem") : "Raconter l'histoire de Queenie est une manière de resituer aussi les femmes afros-américaines dans l'Histoire des USA"
Harlem T. 1/2
Mikaël © Dargaud

Dans ce récit, vous faites intervenir plusieurs personnages historiques tels que Ellsworth “Bumpy” Johnson, dont on peut découvrir les aventures dans la série télé Godfather of Harlem diffusée actuellement sur Epix et Disney+ (Belgique et France). Bumpy apparaissait aussi dans le film American Gangster de Ridley Scott, en tant que mentor de Frank Lucas, le personnage interprêté par Denzel Washington. On croise également le militant des droits civiques et auteur W. E. B. Du Bois (William Edward Burghardt Du Bois, NDLR). Il y a d’autres personnalités comme les mafieux Lucky Luciano, ainsi que Dutch Schultz qui est d’ailleurs l’ennemi principal de Queenie dans ce récit. À l’évidence, Queenie évoluait dans un monde d’hommes. Qui plus est, des hommes qui ont chacun à leur manière marqué l’histoire de Harlem, de New York et plus largement des Etats-Unis.

Tous les autres personnages historiques qui sont présentés dans ma fiction sont des hommes, en effet. Vu que l’Histoire est surtout écrite par des hommes, on a surtout gardé les traces des passages de Lucky Luciano, de Dutch Schultz, de Ellsworth “Bumpy” Johnson, mais pas trop celles des femmes telles que Stéphanie St. Clair. En plus elle s’est rangée tranquillement, donc, elle n’a pas fait de vagues et on a fini par l’oublier. C’était pratique pour les hommes parce qu’ils pensaient qu’en la mettant trop en avant, cela pourrait donner l’idée aux autres femmes de se lancer dans les affaires et de devenir importantes. Alors, il fallait passer sous silence ces personnages-là que l’on redécouvre aujourd’hui. C’est ce qui s’est passé un petit peu aussi avec Madame C.J. Walker quelques années auparavant. Elle était la première femme afro-américaine à devenir millionnaire en lançant des produits cosmétiques et des salons esthétiques pour les cheveux de la communauté afro-américaine. C’est intéressant, en tant qu’artiste, de remettre ces personnages-là, oublier de l’histoire, sur le devant de la scène.

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Mikaël © Dargaud

Vous citez C.J. Walker, qui a fait l’objet d’une mini-série sur Netflix il y a 3 ans. Bien que l’initiative de raconter l’histoire de cette entrepreneuse afro-américaine a été salué, cette série biographique avait néanmoins fait couler beaucoup d’encre à cause de certaines libertés dans l’écriture du scénario, jugées par ses détracteurs comme étant anachroniques et éloignées des faits réels. Ma question est donc de savoir quelle est la part de fiction et quelle est la part de réalité dans l’écriture du scénario consacré à la vie de Queenie ?

C’est la difficulté lorsque l’on écrit un biopic, surtout sur l’histoire d’un personnage historique qui n’est pas très bien documenté. On a très peu de témoignages, de choses réelles, sûres et avérées sur Stéphanie St. Clair. Par contre, c’est différent pour Mme C.J. Walker, qui avait été plus suivi par les médias à l’époque. J’ai croisé mes sources. J’ai lu ce qui est sorti à son sujet, notamment le livre de Raphaël Confiant, Mme Sinclair, Reine de Harlem. Une autre biographie de Shirley Stewart, intitulée The World of Stephanie St. Clair : An Entrepreneur, Race Woman and Outlaw in Early Twentieth Century Harlem et d’autres écrits autour de la Loterie clandestine.

On parle beaucoup de Stéphanie St. Clair, j’ai essayé de recouper ça afin de comprendre ce personnage pour pouvoir écrire une histoire avec quand même une intrigue avec des tenants, des aboutissants, des rebondissements qui génèrent de l’émotion. Après c’est un personnage tellement plus grand que nature, mais il y a des vides dans sa vie. En lisant le livre de Raphaël Confiant, par exemple, il dit qu’elle est arrivée en telle année sur tel bateau. Et moi, en faisant des recherches, j’ai vu que ce bateau là était mis en service beaucoup plus tard... Donc, lui aussi a dû combler des vides. Tout comme Shirley Stewart qui affirme qu’elle est née en Guadeloupe, alors qu’aujourd’hui, il y a un consensus sur le fait qu’elle soit née à Fort-de-France en Martinique. Bref, personne ne connaît vraiment sa vie. Elle n’a pas livré ses mémoires à la fin de sa vie, elle n’a pas raconté son parcours, donc on ne sait pas trop.

Moi, j’ai essayé de comprendre un petit peu cette femme et ce qui se dégageait pour écrire une histoire où des fois, on est obligé de tordre un peu la réalité historique. Mais est-ce vraiment la réalité historique ? Et de toute façon, l’histoire elle-même est racontée par des historiens ou des historiennes. Donc, c’est déjà une interprétation. après c’est vrai qu’il y a des personnages historiques qui sont très suivis où il y a des gens qui écrivent sur eux tout le temps.

Des personnages historiques comme Napoléon, par exemple, ou un roi de tel ou tel pays, pour lequel on sait vraiment ce qui s’est passé, quasiment ce qui s’est dit. Mais un personnage comme celui de Stéphanie St. Clair, qui peut savoir ce qu’elle disait ? Donc effectivement, j’ai pris des libertés.

Par exemple le surnom de “Frenchy”, ça c’est moi qui l’ai inventé parce que je voulais qu’on l’attaque sur trois points qu’elle ne peut pas trop changer. Bumpy Johnson l’appelle Frenchy, pour toujours lui rappeler qu’elle est une immigrante. Dutch Schultz, lui, la traite de tous les noms avec sa misogynie, qui lui vient de sa relation toxique avec sa propre mère. Et puis le policier, lui c’est envers sa couleur de peau. Donc des choses qu’elle ne peut pas changer intrinsèquement parce que c’est ce qui fait que c’est elle.

Donc oui, j’ai été obligé de prendre des libertés. après la part de la fiction versus la réalité, ce n’est pas évident. Pareil pour le parti-pris de raconter un biopic, je ne voulais pas raconter un biopic de sa naissance à sa mort. Je voulais cibler le récit sur une année précise sur un point charnière de sa carrière, qui est justement la volonté de la mafia blanche de prendre ce business qui est destinée à Harlem.

Quand j’ai découvert son combat, pour moi, les méthodes utilisées pour lui prendre son affaire, c’était du néocolonialisme ! C’est-à-dire que la communauté afro-américaine s’organise, elle a un business qui est pérenne -bien que illicite- qui fait vivre sa communauté. Mais ils (les mafieux) veulent tout prendre ! Et les capitaux ne seront pas réinjecter dans le quartier, ils vont les emmener ailleurs.

Petite parenthèse : je n’ai pas interprété le surnom “Frenchy”, que Johnson utilise pour s’adresser à Queenie comme étant un sobriquet. Je l’ai pris comme un surnom affectueux car il est son homme de confiance et aussi son amant. D’ailleurs, lui-même est surnommé “Bumpy” en référence à la bosse qu’il a sur l’arrière du crane... Donner des surnoms aux gens est une habitude aux USA. Nous avons moins cet usage sous nos latitudes.

Vous avez raison, les gens le prennent comme ils veulent. Moi, je l’ai pris comme une pique car je suis immigrant français au Canada. Et on nous rappelle souvent que nous sommes français, alors que ça fait quand même 15 ans que je vis dans ce pays. C’est vrai que ce n’est pas méchant, c’est jamais fait avec une mauvaise intention. Parfois, c’est même affectueux, mais c’est toujours nous rappeler que nous ne sommes pas du coin. C’est un petit peu une espèce de racisme systémique quelque part, toute proportion gardée... C’est ce que je voulais exprimer. Mais après, une fois qu’une histoire est lancée, chacun la lit avec sa propre vision, sa propre lecture, elle ne m’appartient plus.

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Mikaël © Dargaud

Mais là où vous avez raison, c’est justement dans ce rappel qu’elle est une étrangère. Et c’est particulièrement parlant dans le second tome, dans la séquence durant laquelle elle essaie d’éveiller les consciences des Afro-américains par rapport à la menace que Dutch fait planer sur l’économie de la communauté noire de Harlem. En effet, celui-ci cherche par tous les moyens à lui voler son business de Loterie. Or, Queenie réinjecte l’argent de la Loterie dans les commerces locaux. Mais malgré l’aide qu’elle apporte aux entrepreneurs noirs, celle-ci est méprisée par cette même communauté parce qu’elle est française. Cette xénophobie des Afros-Américains envers les autres noirs de l’étranger est souvent observée. Le comédien Eddy Murphy le dénonçait dans le 1er épisode du film Un Prince à New-York (1988), par exemple. Barack Obama aussi en a souffert lorsqu’il était candidat pour la première fois à l’élection présidentiel aux États-Unis. Au début, il était rejeté par une partie de la communauté afro-américaine, en particulier par les militants historiques des droits civiques tels que Jesse Jackson (un proche de Martin Luther King, il s’est présenté deux fois aux élections présidentielles dans les années 1980, NDLR), parce que son père était kényan, il n’était donc pas afro-américain et donc n’était pas porteur de toute cette histoire de lutte pour les droits civiques. Obama doit l’adhésion des Noirs-américains à sa femme Michelle qui est, elle, une Afro-américaine. Elle l’a rendu légitime à leurs yeux.

Bien sûr ! J’ai un dialogue comme ça où Bumpy lui dit : « Tu n’es pas d’ici ». Et elle répond « Oui, et alors ? Mes ancêtres n’ont pas sué sang et eau dans les champs de coton mais dans les champs de canne à sucre des Antilles ». Et malgré tout c’est ce que j’ai découvert à Harlem dans ces années là, il y avait quand même trois communautés d’origine africaine qui vivaient ensemble : il y avait les Afro-américains du nord, donc des descendants d’esclaves qui étaient déjà installés à Harlem à New York depuis plusieurs années. Ils formaient une élite intellectuelle. Citons des personnalités telles que W. E. B. Du Bois, le peintre Aaron Douglas, des dramaturges, etc. Ils ont dû faire face, depuis la fin du 19e et du début 20e siècle, à ce qu’on appelait “la Grande migration afro-américaine”. Des Afro-américains qui venaient des États du sud ségrégationnistes et qui cherchaient une vie meilleure en montant dans les grandes villes du nord telles que Chicago et New York. C’était souvent une population qui était moins bien instruite, souvent aussi illettrée et qui avait l’habitude de courber l’échine plus facilement que les noirs des grandes villes du Nord. Les Afro-Américains venant du sud se contentaient la plupart du temps d’emplois subalternes, ce qui irritait fortement ceux qui militaient pour l’égalité entre blancs et noirs dans le cadre des droits civiques.

Et à cela, s’ajoutait encore une migration afro-caribéenne, venant des Antilles françaises et des Antilles anglaises. C’était une population beaucoup plus éduquée, qui possédait une forte fibre entrepreneuriale. C’est ce que je montre avec la séquence chez le barbier. Lorsqu’un Portoricain ou un Jamaïcain débarque aux USA, la première chose qu’il fait lorsqu’il a un sou en poche, c’est de l’investir pour monter un business. Alors que les gens du sud se contentaient d’emplois subalternes. Ils vivaient au jour le jour et n’avaient pas vraiment de perspective à long terme. Cette situation créait des tensions au sein de la communauté afro-américaine. Et c’est ce que j’ai voulu montrer en toile de fond. Voilà comment ça se passait. La communauté n’était pas forcément unie. Et c’est exactement le point que vous souleviez au début.

Et ce que je voulais montrer aussi, c’était que, malgré tout, Stéphanie St Clair redéfinissait l’identité de l’afro-américain. Qu’est-ce que ça veut dire être afro-américain ? Est-ce qu’il faut absolument avoir eu des ancêtres qui étaient esclaves dans les États du sud ? Ou est-ce qu’on peut être afro-américain en ayant un parent venant d’Afrique directement, comme le père de Barack Obama qui était kényan ? C’est un sujet complexe. Moi je ne donne pas du tout de réponse, je n’ai pas de réponse d’ailleurs. Je n’ai pas la prétention d’avoir les réponses à cette question. Mais je montre les faits, ce qui existait à cette époque. Et je ne sais pas actuellement si c’est encore présent comme ça. Mais en tout cas dans les années 1920-1930, c’était très très marqué.

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Mikaël © Dargaud

Il y a un point que vous évoquez dans le premier tome de Harlem, mais qui n’est pas exploré : durant la traite transatlantique, nous savons que les Africains capturés pour être réduits en esclavage se sont battus pour leur liberté et leurs droits dès les bateaux négriers. Il y a eu également plusieurs révoltes de Noirs dans les plantations. Mais on sait aussi qu’il y a eu des alliés blancs (des hommes et des femmes) qui ont soutenu les Afro-américains dans la lutte contre l’esclavage et plus tard, pour les droits civiques. Parmi ces alliés, nous pouvons aussi citer des personnes issues de la communauté juive qui ont aidé dans cette lutte pour l’égalité, notamment dans la création de l’association de lutte NAACP (National Association for the Advancement of Colored People, fondée sur les bases du Niagara Movement des militants afro-américains W. E. B. Du Bois et William Monroe Trotter, NDLR).

Mais cette aide ne faisait pas l’unanimité chez les Afro-américains. Par exemple, Malcolm X critiquait cette collaboration entre Noirs et Juifs car selon lui, il était vital que les Afro-américains apprennent d’abord à se faire confiance pour travailler ensemble. Etant donné que les USA est un pays capitaliste et que la communauté afro-américaine était une des plus démunies de ce pays, il voulait que les Noirs s’unissent d’abord, qu’ils comptent sur eux-mêmes pour créer leurs propres entreprises et ainsi, qu’ils soient maîtres de leur propre économie. C’était, selon lui, le seul moyen pour que les Afro-américains soient respectés dans ce pays. Que pensez-vous de son point de vue ?

Il y avait aussi la communauté communiste qui luttait contre la lutte des classes et qui a aidé aussi la communauté afro-américaine à lutter pour l’égalité raciale. Effectivement, la communauté juive a été persécutée. Et il y a eu des ponts entre les deux communautés. Après, ce n’est pas évident de donner mon point de vue dans la mesure où je ne peux pas me mettre à la place d’eux (des Afro-américains, NDLR) puisque je n’ai pas ce background. Je n’ai pas d’ancêtres qui ont souffert dans les champs de coton. Donc, c’est très difficile. En fait, je comprends les deux points de vue. Je comprends le point de vue de Malcom X. C’est aussi un personnage que l’on retrouve dans la très bonne série dont vous avez parlé, Godfather of Harlem, avec Forrest Whitaker dans le rôle de Bumpy Johnson. À force de trop courber l’échine et de dire “oui”, ça ne marche plus, parce qu’on se fait toujours marcher dessus. Donc, il faut se faire entendre en tapant du poing. Il n’y a plus que cette solution-là. C’est ce que disait Malcolm X. Et son discours est tout à fait légitime. Tout comme l’est aussi la volonté de main tendue entre les communautés et de ne pas vouloir cloisonner les communautés. C’est vrai que les États-Unis, c’est une juxtaposition de communautés culturelles les unes à côté des autres, souvent avec peu de liens entre elles...

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Mikaël © Dargaud

C’est le salad bowl, comme ils disent.

Oui, c’est ça. Donc, ce n’est pas évident... Je ne peux pas dire : « oui, Malcom X a raison et pas les autres », ou inversement. Donc, chaque point de vue à sa légitimité.

D’ailleurs, ce point de vue-là, vous le présentez dans le séquence durant laquelle le journaliste (un homme blanc) va retrouver sa maîtresse (une femme noire). Dans un accès de colère, celle-ci dit que lorsque des Irlandais prennent les armes pour se révolter, tout le monde applaudit, mais quand c’est nous (les Afro-américains), on est juste bons à être pendus et à être lynchés.

Oui, c’est ça. C’est quelques mots résument bien la situation. On ne leur laisse même pas le droit de se révolter. Et malheureusement, quand on voit des images d’il y a quelques années -je parle du mouvement Black Lives Matter qui est quand même très récent- oui, des choses ont changé, mais il y a encore beaucoup de travail à faire aux États-Unis en tout cas.

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Mikaël © Dargaud

Avez-vous lu le livre de la philosophe française Elsa Dorlin, Se défendre. Une philosophie de la violence ? C’est une chercheuse française qui a fait une thèse sur l’histoire de l’autodéfense. Elle explique aussi, pour résumer sa thèse, que le droit d’utiliser la violence pour se défendre est un droit qui est accepté pour certains groupes de population, et dans le même temps il est refusé pour d’autres groupes de population. Et celles-ci sont diabolisées lorsqu’elles optent pour le recours à la violence pour défendre leurs droits fondamentaux humains. Elle donne différents exemples telles que celui de Rodney King, qui s’inscrit dans la (trop) longue histoire des violences policières aux États-Unis contre les Afro-Américains. Tout comme les violences policières dénoncées par le mouvement Black Live Matter, l’affaire Rodney King avait défrayé la chronique au début des 1990’s, car les policiers qui l’ont violemment battu à coups de matraques, et qui ont été filmés par des automobilistes, ont tous été innocentés par la justice. En effet, les avocats des policiers ont plaidé que Rodney King ne cherchait pas à se protéger des coups de matraques mais qu’il répondait à la violence des policiers, ce qui légitimait aux même policiers le droit d’utliser une violence excessive pour le “maîtriser”... Cette affaire rappelle comment le stéréotype de la grande force physique supposée des hommes noirs est un stéréotype raciste car il légitime la violence excessive contre eux.

Non, je n’ai pas lu ce livre mais, en effet, le combat des femmes, le combat des Afro-Américains pour l’égalité est souvent diabolisé ou décrédibilisé.

Vous nous aviez informé que Harlem est le dernier chapitre de cette série sur New York. Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Je travaille actuellement sur un livre qui sera publié dans la collection Signé des éditions du Lombard. Je travaille avec un scénariste, Tristan Roulot, qui a écrit les scénarios des séries Le Convoyeur et Chroniques Diplomatiques, entre autres. Ce sera un livre d’une centaine de pages. Ce sera encore un récit historique qui se déroule au début du XXe siècle, en 1914, dans un petit village de Nouvelle-Écosse, qui est une des provinces maritimes canadiennes. Ça fait très longtemps que Tristan et moi avons envie de travailler ensemble, mais nos calendriers respectifs ne nous permettaient pas de se lancer sur cette histoire. Finalement, les planètes se sont alignées. Nous nous sommes mis au travail l’été dernier. Là, j’en suis déjà à une bonne dizaine de planches de faites. Mais comme je disais, c’est un cent pages, donc cela me prendra deux ans à peu près. La sortie est prévue fin 2025, voir début 2026.

Harlem - serigraphie
Mikaël © Dargaud

Voir en ligne : Découvrez le dyptique "Harlem" sur le site des éditions Dargaud

(par Christian MISSIA DIO)

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Code EAN : 9782505116752

En médaillon : Mikaël
Crédit photo © DR

Diptyque Harlem, par Mikaël - éditions Dargaud.
T. 1/2 paru le 21 janvier 2022. 64 pages, 15,95 euros.
T. 2/2 paru le 18 aout 2023. 64 pages, 15,95 euros.

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