O. Sulpice (Bamboo) : « Nous arrivons à toucher des personnes qui ne lisent généralement pas de BD ! »

21 mars 2008 2 commentaires
  • Bamboo a dix ans ! La maison lancée par {{Olivier Sulpice}}, initialement pour éditer ses propres histoires, rivalise aujourd’hui avec les grands éditeurs. Bamboo est l’un des leaders incontestés dans le registre de l’humour. Son animateur, toujours aux commandes, fait le point avec nous sur son parcours en compagnie de {{Arnaud Plumeri}}, son responsable de la communication.

Dix ans !

O. Sulpice : Je vis un rêve depuis dix ans, et j’espère ne pas me réveiller de sitôt. Lorsque j’ai créé les éditions Bamboo en octobre 1997, je n’aurais jamais espéré être là aujourd’hui…

O. Sulpice (Bamboo) : « Nous arrivons à toucher des personnes qui ne lisent généralement pas de BD ! »Bientôt la crise de l’adolescence ?

O. Sulpice : Nous avons déjà vécu quelques crises. Nous employons aujourd’hui entre quinze et vingt personnes. Dans les années à venir, le pôle principal de Bamboo restera l’humour. Celui-ci sera articulé autour de deux collections : les métiers et les sports. Nous allons également développer une collection axée sur les filles. Nous avons publié Triple Galop qui parle d’équitation, et nous allons éditer Sister, une série qui traitera de la relation entre deux petites filles. Les auteurs y aborderont des sujets qui les concernent : journal intime, maquillage, etc.

Le public féminin semble attirer beaucoup d’éditeurs…

A. Plumeri : Le Shōjo [1] a sensibilisé ce public à la bande dessinée…

O. Sulpice : Nous avons intégré Triple Galop à la collection Sport. L’accueil de ce livre a été favorable, ce qui laisse supposer qu’il y a un public pour ce type de livre. J’ai effectivement appris que plusieurs éditeurs lorgnaient vers ce public. Tant mieux ! Mais chez Bamboo, nous n’éditeront de nouvelle série dans ce créneau que si les histoires nous plaisent.

Autre nouveauté conceptuelle : les Fondus …

O. Sulpice : Cette série est née de deux envies : parler de passions et travailler avec des auteurs qui ne souhaitent pas s’engager sur des longues séries. Nous sortirons trois titres par an dans cette série. Ceux-ci seront consacrés à une thématique différentes : Les Fondus de la Cuisine (par Saive, Cazenove & Richez), les Fondus de la Pêche (par Seron, Cazenove, Richez), les Fondus du Jardinage (par Di Martino, Cazenove, Richez), etc.

On l’a vu sur notre forum, certains considèrent que vous n’avez pas le droit de cité, que vous livres ne peuvent pas être chroniqués… Comment vivez-vous ces attaques ?

O. Sulpice : Ces personnes devraient comprendre que nous ne souhaitons pas multiplier les coups éditoriaux, mais plutôt publier des séries. Nous essayons de travailler en privilégiant la qualité. Je suis tolérant et j’accepte que l’on ne puisse pas aimer notre travail. Mais ce qui me chagrine, c’est que les personnes auxquelles vous faites référence n’ont probablement pas lu les bouquins qu’ils critiquent…

Vos livres se vendent plutôt bien

O. Sulpice : Toutes nos séries ne sont pas rentables. Mais nous réalisons un important effort pour les pousser car nous y croyions… Nous allons rechercher des partenariats dans les réseaux parallèles : des magasins de sport ou des fédérations sportives par exemple. Beaucoup de nos lecteurs ne lisent pas de BD classique, et découvrent nos autres univers suite à un album acheté sur leur passion ou leur métier.
Nous allons signer avec un sportif connu qui voulait écrire une série. Nous n’allons pas réaliser une série en le reprenant comme personnage principal, mais par contre, nous allons l’intégrer dans une autre en tant qu’invité. Comme une star hollywoodienne qui se voit être l’hôte d’un épisode d’un feuilleton télévisé…

Comme Lewis Wingrove…

O. Sulpice : Il est coscénariste de « Plan Drague – Nouvelle Génération ». Nous cherchions un scénariste qui avait l’habitude de draguer sur Internet. Il avait publié Des souris et un homme, un best-seller, où il racontait son expérience. Il écrit cette série avec Cazenove

Et le sportif est...?

A. Plumeri : Il s’agit de Richard Virenque qui sera accueilli, en guest-star dans les Vélomaniacs. Julié et Garréra réalisent actuellement le quatrième album de cette série qui est planifié pour le mois de juin. Nous publierons également, en juin, les Zathlètes, une série d’humour qui met en scène Stéphane Diagana. La BD est scénarisée par un journaliste sportif de France Télévision, Giga. Diagana apporte son expertise du milieu de l’athlétisme à cette BD. Le tout dessiné par Bloz.

Votre tentative de vous imposer dans les comics s’est soldé par un échec…

O. Sulpice : Nous arrêtons d’en publier ! Beaucoup de lecteurs et critiques ont reconnu la qualité de ceux que nous avons édités. Mais malheureusement Panini et Delcourt ont récupéré la majorité des licences, et il n’y avait pas de place pour un autre challenger. Nous n’avons aucun regret. Jean-Marc Lainé, qui dirigeait la collection, a fait des choix judicieux. Mais les ventes moyennes oscillaient entre 1000 et 1500 exemplaires. Ce n’était pas suffisant. Nous aurions du en vendre le double. Nous avons essayé différentes solutions pendant un an et demi pour fédérer les lecteurs, mais cela n’a pas marché …

Arnaud Plumeri
Photo (c) Nicolas Anspach

Et votre collection Doki Doki ?

A. Plumeri : Nous éditons des mangas depuis avril 2006. Nous avons doublé les ventes sur l’année 2007. Notre catalogue est reconnu par sa qualité tant au point de vue des choix éditoriaux que de la fabrication. Notre best-seller est Full Ahead ! Coco, un divertissement d’aventure. Il met en scène un gosse qui décide de s’embarquer avec des pirates. Ensuite, nous avons la série humoristique et sexy GTU et puis Aya, Conseillère Culinaire qui a de très bonnes retombées. Cette série a la particularité de pouvoir être lue par des lecteurs de BD franco belge ! Nous publierons une soixantaine de titres sur 2008…

Vous publiez également des récits réalistes dans la collection Grand Angle et Angle de Vue…

O. Sulpice : Elles vont être fusionnées au sein d’une même collection. Beaucoup de nos lecteurs confondaient nos collections. Nous allons simplement créer une collection séparée qui s’appellera Focus. Son slogan est on ne peut plus clair : la BD qui zoome sur Grand Angle. Nous allons y accueillir Stephen et Philippe Desberg qui ont co-écrit Sienna pour Chetville. Le premier tome de cette série paraîtra en septembre. Nous allons également y publier la prochaine série de Rodolphe et Marchal

Exit les récits plus introspectifs à l’instar de la trilogie de Ribera ou le Style Catherine ?

O. Sulpice : Non, pas du tout. Nous continuons toujours à travailler selon nos coups de cœur. Nous publierons des BD sociales écrites par Laurent Galandon. Nous sortirons dans la collection Angle un peu plus de vingt titres en 2008. C’est un sacré challenge pour nous d’accueillir deux auteurs reconnus comme Stephen Desberg et Rodolphe.

Olivier Sulpice
Photo (c) Nicolas Anspach

Beaucoup d’auteurs humoristiques font leur arrivée chez Bamboo : Krings, Peral, Saive, ou Seron par exemple …

O. Sulpice : Oui. Il y a beaucoup d’envie. Mais certains de nos auteurs vont également travailler à la concurrence. Je leur conseille d’ailleurs de ne pas travailler exclusivement pour nous. Il est parfois sain de travailler pour d’autres afin de voir comment cela se passe ailleurs. Les auteurs ne nous appartiennent pas, et il est inutile de vouloir les forcer à rester chez nous…

Que représente aujourd’hui Bamboo ?

O. Sulpice : Nous devons représenter 4,5 % du marché hors manga, et 3% si on tient compte de ce dernier genre. J’ai lu dernièrement dans un rapport Ipsos que nous étions le premier éditeur humour devant Vents d’Ouest et Dupuis. Mais pour être honnête, j’ai l’impression que qu’ils n’ont pas tenu compte des séries classiques de Dupuis pour établir leur classement. Notre chiffre d’affaires a augmenté de 30%. C’est encourageant !

Trouvez-vous toujours le temps d’écrire des scénarios ? Vous êtes crédité comme étant coscénariste des Gendarmes et de Plan Drague notamment …

O. Sulpice : Toujours. C’est un vrai bol d’air. Christophe Cazenove vient dans les bureaux de Bamboo tous les trimestres durant trois jours. Nous nous isolons pour travailler sur ces séries. J’ai besoin d’écrire, et de mettre mes idées sur le papier. Je n’ai aucune envie de laisser cette activité sur le côté, même si de nouveaux projets me tiennent à cœur. Nous allons, par exemple, créer, dans les deux ans, une école de BD à Paris…

Quel est votre objectif à moyen terme ?

O. Sulpice : Continuer à asseoir nos collections humour, et à en faire une référence ! Le manga continue à progresser, et nous allons accroitre nos efforts pour maintenir le cap. Mais avant tout, je souhaite que Bamboo conserve cet esprit particulier que les auteurs adorent. Nous voulons publier des livres de qualité, sans être prétentieux et « se prendre la tête »…

Vous cultivez un certain esprit de groupe, un esprit de famille …

O. Sulpice : Oui. Je tiens à ce que les auteurs aient toujours accès au patron ! Il n’y a jamais de barrage. Bien sûr, je les ai moins souvent au téléphone qu’il y a cinq ans, mais je tiens à rester disponible pour eux en cas de problème…

Vous n’avez pas peur que le succès de votre maison vous isole des auteurs…

O. Sulpice : Non. Je m’occupe toujours à 100% de la direction éditoriale des collections humour. Je ne lâcherai pas cette activité. Pour le réalisme, je valide les planches. Hervé Richez sélectionne et accompagne les projets réalistes. Je laisse Arnaud Plumeri gérer le manga. Certains employés de Bamboo sont de plus en plus autonomes, et ils ont donc moins besoin que je m’implique dans leur travail… Pour l’instant, tout fonctionne bien …

Avez-vous un agent au Japon pour repérer les mangas potentiellement éditables par Bamboo ?

A. Plumeri : Le directeur de collection, Sylvain Chollet, habite à Tokyo. Il nous envoie une première sélection de manga, accompagné d’un résumé de l’histoire. Nous regardons si cela correspond à notre politique éditoriale.

O. Sulpice : Il est certain que des sociétés telles que Kana, Glénat ou Pika réussissent à acheter plus facilement les séries à succès. Mais d’un autre côté, nous ne sommes pas armés pour commercialiser des séries comme Death Note ou Naruto. Nous n’avons d’ailleurs ni l’ambition, ni la structure pour défendre pour l’instant des séries best-sellers telles que celles-là. Par contre, nous attendons de Sylvain qu’il détecte dès la sortie d’un premier tome les séries qui ont du potentiel. Les petits et moyens éditeurs Japonais éditent souvent de très bons mangas !

(par Nicolas Anspach)

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[1Manga destiné aux adolescentes.

 
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