Quinze Italiens investissent Paris

18 janvier 2012 2 commentaires
  • Découvrir un panorama de la BD d'auteur italienne dans un lieu splendide, deux excellentes raisons de visiter l'exposition graphicnovel.it à l'Istituto Italiano di Cultura de Paris. Le travail de 15 artistes, d'un grande variété de ton et de style, y est présenté. Un bon moyen de toucher du doigt le dynamisme de la production transalpine.

Qui se souvient de la dernière exposition collective de dessinateurs italiens à Paris ? Que les plus érudits d’entre vous lèvent le doigt. À l’heure où le rapport de Gilles Ratier indique qu’en 2011, 63 auteurs transalpins travaillent directement pour le marché franco-belge, soit, et de loin, le plus fort contingent de bédéastes ni français ni belges, Graphicnovel.it a toute sa légitimité (même si l’intitulé en anglais est certainement un peu surprenant). Que ce soit l’Istituto Italiano di Cultura de Paris qui en ait eu l’initiative est d’une grande logique.

La mission d’un tel établissement est en effet de promouvoir, comme son nom l’indique, la culture italienne à l’étranger. On peut en revanche féliciter l’institut d’avoir choisi la bande dessinée comme un des vecteurs de cette culture. L’idée a encore besoin d’être martelée. Le choix de la thématique et du panel représentatif des auteurs est en outre assez remarquable car d’une grande cohérence. C’est loin d’être le cas de toutes les manifestations liées au 9ème art qui allient souvent la facilité au manque global de vision.

Quinze Italiens investissent Paris
L’entrée monumentale de l’Istituto
Le début de l’exposition

L’idée développée par Paola Bristot, la commissaire de l’exposition, tient en trois lignes directrices : présenter le travail d’artistes italiens vivants, publiés en France et auteurs de romans graphiques. Certes, l’expression « roman graphique » est un peu fourre-tout, Paola Bristot considérant les albums concernés comme « des livres qui conjuguent l’écriture verbale et visuelle dans des récits de longue haleine ». Ce flou artistique se retrouve d’ailleurs dans la tentative un peu bancale de diviser l’exposition en sections (genres narratifs, reportage, autobiographie, roman historique, conte/philosophie, tranche de vie). Disons que l’institut a choisi de présenter des chansons à textes plutôt que de la variété.

En excluant la notion de patrimoine pour se concentrer sur l’art italien d’aujourd’hui, accessible dans les librairies au public français. Un joli travail de vulgarisation d’une certaine bande dessinée qui « a en commun de photographier un territoire italien constitué de villes et de réalités provinciales ». Toujours cette cohérence.

Un public nombreux pour le vernissage
La squadra azzura (de gauche à droite) : S. Ricci - F. Cattani - P. Macola - G. Nanni - D. Toffolo - M. Fior - A. Tota - L. Mattotti - S. Colaone - G. Giandelli

Les auteurs invités sont au nombre de 15, placés sous la figure tutélaire de Lorenzo Mattotti (c’est en voyant le travail de l’auteur de Feux et Caboto, exposé jusqu’au 4 février à la galerie Martel, que Manuele Fior a décidé de se lancer dans la bande dessinée), l’un des aînés de l’exposition avec Vittorio Giardino et Igort, plaque tournante de la BD italienne, créateur de nombreuses revues et de la maison d’édition Coconino Press.

Le reste de la distribution alterne entre auteurs remarqués comme Gipi (Le local, Ma vie mal dessinée), Manuele Fior (Mademoiselle Else, Cinq mille kilomètres par seconde), Davide Toffolo (Le roi blanc, Pasolini), Alessandro Tota (Fratelli, Terre d’accueil) ou Sara Colaone (En Italie, il n’y a que des vrais hommes), et auteurs encore confidentiels dans l’espace francophone comme Gabriella Giandelli (Intérieur), Piero Macola (Aller simple, Dérives), Davide Reviati (Etat de veille), Giacomo Nanni (Chroniquettes), Leila Marzocchi (Niger, La ballade de Hambone), Francesco Cattani (Barcazza) et Stefano Ricci.

La plupart sont pourtant quarantenaires et publient souvent depuis les années 1990 dans leur pays d’origine.

Sara Colaone
Alessandro Tota
Giacomo Nanni

Lors du vernissage, 11 des 15 auteurs étaient présents, un certain nombre habitant d’ailleurs à Paris, ce qui fit dire à Toffolo que le public avait sous les yeux « la Nazionale de la BD » [l’équipe de football italienne]. Le trait d’esprit n’est finalement pas si anodin car l’esprit d’équipe était très présent. « Tous les gens que j’aime lire sont à côté de moi », confia Manuele Fior. Piero Macola enfonça le clou : « Quand je vois des BD qui me parlent, elles sont souvent dessinées par des Italiens. Je me dis qu’il y a peut-être une école italienne ou du moins une sensibilité. »

Il y a en tout cas une grande variété stylistique dans toutes les planches originales accrochées à l’institut. Couleurs ou noir et blanc, trait fin ou charbonneux, réalisme ou abstraction, il y en a pour tous les goûts. Les néophytes ne seront pas perdus pour autant car chaque auteur voit son espace accompagné d’un cartel fort bien fait le présentant ainsi que son œuvre.

À noter enfin l’excellente initiative de présenter l’ensemble des albums dans leur version française et italienne. Un panneau qui permet de voir que les couvertures et même les formats diffèrent au passage de la frontière. Une somme d’informations dans un cadre superbe, voilà une belle façon de découvrir la richesse de la production transalpine.

À venir dans les prochains jours sur ActuaBD, l’interview de Manuele Fior et Francesco Cattani.

En haut, les publications en français, en bas en italien.
Vittorio Giardino
Davide Toffolo
Manuele Fior
Sara Colaone
Francesco Cattani
Davide Reviati
Gabriella Giandelli
Leila Marzocchi
Giacomo Nanni
Piero Macola
Stefano Ricci
Gipi
Lorenzo Mattotti
Alessandro Tota

(par Thierry Lemaire)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Graphicnovel.it
Istituto Italiano di Cultura di Parigi
73 rue de Grenelle, Paris 7e
Jusqu’au 17 février
Entrée libre

 
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2 Messages :
  • Quinze Italiens investissent Paris
    19 janvier 2012 12:27, par la plume occulte

    Tout ça exhale le ciblage bien à propos,l’entre-soi, et le dandysme snob.On a aussi une belle sélection de planches "plastiques" ,"accrochables",qui pourraient ,et de fait donnent, à certains l’impression que la bonne BD c’est ça.C’est ça surtout !

    On flatte qui de droit.

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    • Répondu par Vincent S le 20 janvier 2012 à  10:08 :

      Voilà un commentaire constructif.

      Citez-moi une expo qui ne soit pas du copinage. Une seule. C’en est le principe même : exposer des gens qu’on aime et avec qui on se reconnait des affinités.

      Apprenez à vraiment aimer la BD, vous verrez, ça fait du bien.

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