SpyGames - Par Jean-David Morvan et Kim Jung Gi - Glénat

15 mai 2014 0 commentaire
  • La guerre comme un jeu vidéo, telle est l'histoire d'anticipation que nous propose Jean-David Morvan en duo avec le dessinateur coréen Kim Jung Gi, l'un des artistes les plus talentueux du Pays du matin calme.

Les historiens de la bande dessinée, plutôt que de faire leurs habituels entrechats sur les origines du médium, l’équivalent bédéphilique de la discussion sur le sexe des anges, feraient mieux de se pencher sur l’influence du Jeu de Rôle et de ses succédanés vidéoludiques sur le scénario de bande dessinée. Jean-David Morvan en est le pur produit, s’inscrivant par là dans une modernité qui mérite d’être saluée.

Lorsque les politiques et les entrepreneurs américains qui se penchaient sur l’avenir de l’informatique dans les années 1970 demandèrent quelle était la "killer application" qui ferait que cette nouvelle technique devienne une chose grand public, étape nécessaire pour le développement des PC, de l’Internet et de tout ce qui s’ensuivit, Nolan Key Bushnell, le fondateur d’Atari, répondit : "Hey guys, videogames are your killer application !" (Hé, les gars, les jeux vidéo sont votre atout majeur !).

SpyGames - Par Jean-David Morvan et Kim Jung Gi - Glénat

Il ne croyait pas si bien dire. Non seulement les jeux vidéo devinrent le moteur de ces nouvelles technologies, mais ils formatèrent rapidement jusqu’aux systèmes de pensée du monde moderne. Les logiciels de simulation de vol, de projection économique, de pilotage de missile furent conçus comme des dérivés des jeux de stratégie, des shoot ’em up et RPG issus de l’industrie vidéoludique. Un peu comme si ceux-ci, de Space Invaders à Gears of War, étaient une sorte d’apprentissage à la guerre inculqué aux mômes dès leur plus jeune âge.

Aussi n’est-on pas surpris par le traitement qu’en fait Morvan quand il imagine des forces spéciales occidentales opérant en Chine, le grand fantasme actuel de l’occidentalité déclinante, canardant à tout va, multipliant les tours de force impossibles et les audaces les plus ébouriffantes, comme dans les films d’action les plus récents.

Nous sommes totalement bluffés, en revanche, par l’incroyable virtuosité graphique de Kim Jung Gi dont le trait fluide charrie avec un art consommé la multitude de détails parfaitement observés dont il truffe ses cases. On reste un peu ébahi au bout d’un tel album, comme à la fin d’un haletant film ou jeu vidéo d’action. Mais avec cet avantage sur ces médias rapides : c’est que l’on peut reprendre l’album à son rythme et s’interroger sur la finalité de cette étrange chorégraphie meurtrière. Pour en tirer ce qui s’appelait naguère, à la fin d’une fable, la morale de l’histoire.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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