Baru : « Ce Grand Prix à Angoulême, ça me donne la frite ! »

  • L’Académie des Grands Prix d’Angoulême a distingué {{Baru}} lors de l’édition 2010, pour l’ensemble de son œuvre. L’auteur de {L’Enragé} sera donc le président de la prochaine édition du Festival. Nous avons recueilli ses premières impressions peu de temps après la cérémonie de clôture. Visiblement ému et heureux, il esquisse avec nous ses souhaits pour l’édition de 2011.

Baru : « Ce Grand Prix à Angoulême, ça me donne la frite ! »L’Académie des Grands Prix du Festival de la BD d’Angoulême vient de vous distinguer. Que représente pour vous cette récompense ?

C’est un moment très important ! La carrière d’un auteur se termine lorsqu’il a posé ses pinceaux et s’arrête de travailler définitivement. Ce prix ne récompense donc pas ma carrière, mais les livres que j’ai réalisés jusqu’ici. Angoulême m’a accompagné depuis le milieu des années 1980 [1] et ce lien s’achève aujourd’hui avec cette récompense. Je ne vois pas ce que le Festival va pouvoir m’apporter de plus après l’édition 2011 ! Une telle récompense décuple ma motivation et mon énergie pour raconter des histoires et les dessiner. J’en suis heureux, pour moi et mes lecteurs. Ce prix me donne la frite !

Cela faisait plusieurs années que l’on citait votre nom pour les probables Grands Prix. Il semble que cela ce soit joué de peu à chaque fois…

Effectivement. J’ai éprouvé une grande déception de ne pas avoir été élu la première fois que l’on a cité mon nom. Après, j’ai pris les choses avec plus de philosophie. Que vouliez-vous que j’y fasse ? Cela viendrait un jour ou l’autre, ou pas ! Et puis, savoir que mon nom avait déjà été mentionné plusieurs fois dans les débats pour sélectionner le Grand Prix, c’était largement suffisant à mes yeux. Cela m’était déjà très important de savoir cela.
C’est même mieux de recevoir aujourd’hui le Grand Prix car je ne l’attendais plus trop. C’est une divine surprise. À vrai dire, j’ai eu les jambes coupées pendant quelques secondes quand Kathy Degreef, l’attachée de presse des éditions Casterman, m’a annoncé la nouvelle. Elle était nerveuse (Rires). J’ai alors directement rejoint les Présidents qui étaient en train de casser la croûte. Ils me l’on annoncé officiellement. C’est un honneur et un plaisir de rejoindre ces auteurs. J’admire le travail de beaucoup de membres de l’Académie des Grands Prix. Certains m’ont même donné envie de faire de la bande dessinée. J’ai plus de soixante ans, mais je suis encore un gamin par rapport à eux !

Baru et le fauve symbolisant son grand prix.
(c) Nicolas Anspach

Ce grand prix est une reconnaissance pour vous ?

Oui. Et surtout une manière de souligner que la bande dessinée peut aborder les problèmes du monde. C’est très encourageant pour moi-même, bien sûr, mais aussi pour les auteurs qui s’inscrivent dans la même démarche. Le terme « BD engagée et sociale » n’est pas adapté à notre pratique. C’est une expression prétentieuse. Mais le fait que cette forme là de bande dessinée soit reconnue aujourd’hui, c’est formidable. Je suis fier d’avoir contribué à cela !

Quels ont été les auteurs qui vous ont donné envie d’être auteur de BD ?

Le premier d’entre eux est Reiser. Grâce à lui, j’ai perçu que l’on pouvait aborder le monde avec des dessins. Le second, qui m’a beaucoup marqué au point de vue du vocabulaire graphique, c’est José Muñoz. Je suis très content d’être avec lui dans l’Académie.

Est-ce votre milieu social que vous mettez en valeur dans vos histoires ?

Oui. Je fais la bande dessinée pour donner le premier rôle aux miens, c’est-à-dire les « gens de peu », les ouvriers.

Avez-vous déjà une idée de la tendance que vous insufflerez à l’édition 2011 du Festival de la BD d’Angoulême ?

Lorsque Blutch a reçu le Grand Prix du Festival, l’année dernière, je me souviens l’avoir entendu dire que l’édition 2010 serait « Brésil et bossa nova ». Pour ma part, ce sera « Rock’n Roll » ! L’édition 2011 ne sera pas influencée par l’Union Soviétique (Rires). Dans un pays on l’on a un Président de la République que je n’aime pas beaucoup, nous allons essayer de sourire un petit peu malgré sa présence ! Je n’ai jamais caché que l’élection de Nicolas Sarkozy était, pour moi, une catastrophe. Une catastrophe personnelle, même ! Depuis qu’il est au pouvoir, je n’ai pas passé un seul jour sans songer à me tirer une balle dans la tête. Grâce à ce Grand Prix, j’ai gagné un an de survie !

Vous parliez d’une édition Rock ’n Roll, qu’entendez-vous par là ?

Pour beaucoup d’auteurs, la bande dessinée est aussi une affaire de musique. Certains en jouent, d’autres pas. Mais la musique est importante dans leurs œuvres. Les « auteurs musicaux » seront peut-être un des axes du prochain festival. À vrai dire, vous me demandez dans cette interview beaucoup de choses auxquelles je n’ai pas encore réfléchi. Je vais essayer de ne pas faire chier le monde. C’est quand même la chose la plus importante. Il y aura donc un minimum de sérieux dans le prochain Festival de la BD d’Angoulême. Mais cela restera un festival. Il ne deviendra pas un pensum !

2011, un festival moins glamour et plus rock & roll ?
(c) Nicolas Anspach

Pensez-vous déjà à une manière de transcrire votre engagement social dans l’édition 2011 du FIBD ?

(Rires). On verra ! Je ne peux pas imposer ma manière de voir les choses au Festival. Mais je vais faire en sorte que les auteurs de BD qui ont le même goût que moi pour parler du monde soient visibles. J’espère que le Festival 2011 sera aussi sympathique et gai que l’édition menée par Blutch. Son édition, et la cérémonie de clôture et de remise des prix étaient le must !

La charge de travail que demandera votre implication dans le festival ne vous fait-elle pas peur ?

Non. Angoulême est une histoire de plaisir. Employer le mot « travail » sera donc inapproprié. Fais péter les basses Bruno !, mon prochain livre sortira aux éditions Futuropolis en septembre. Je l’aurai donc terminé bien avant pour me consacrer pleinement au Festival.

Quelle sera la thématique de votre prochain album chez Futuropolis ?

Ce sera un album plus léger. La forme de celui-ci sera un hommage au Cinéma de Série B de Georges Lautner. L’histoire parlera d’un gamin clandestin qui débarque d’Afrique pour jouer au football. Il est obligé de se planquer. L’histoire sera traitée sur un mode très légère. Ce livre de 130 pages paraîtra chez Futuropolis. J’espère que cette BD sera à la hauteur. Ce n’est pas évident de réussir à être juste. Mon éditeur, Claude Gendrot, me dit que pour l’instant cela va… J’espère qu’il ne me raconte pas de salades !

(par Nicolas Anspach)

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Photos : (c) Nicolas Anspach

[1Baru a reçu deux fois le prix du meilleur album pour Le chemin de l’Amérique (1991) et L’autoroute du soleil (en 1996).

 
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