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Intégrales et beaux livres de l’été (3e partie) : Les aventuriers à l’honneur au Lombard

  • "Le vrai héros de tous les temps" (sur un air archi-connu) ! Bob Morane est bien entendu à l'honneur au Lombard, mais il n'est pas le seul : Martin Milan, Odilon Verjus, Vlad, Larry Max et Celui qui est né deux fois, tous des héros, dans leurs styles et leurs différences. De quoi renouer avec des lectures qui vont vous transporter, quels que soient vos goûts.

Après les intégrales de Dargaud, et le lancement des recueils de Boule et Bill chez Dupuis, il est temps de passer à une autre des figures marquantes et historiques du franco-belge, à savoir Le Lombard. Un éditeur qui est également monté en régime depuis une dizaine d’années, comme son acolyte de Média-Participations, tout en restant sans doute un peu plus mesuré, respectant la ligne éditoriale de Gauthier Van Meerbeeck, à savoir un nombre de sorties limitées afin de mieux les accompagner.

À l’image de l’Histoire de la maison d’édition créée par Raymond Leblanc, les intégrales parues ces derniers mois mettent les héros à l’honneur, comme cela a pu l’être pendant la période du Journal Tintin ou par la suite au sein par exemple de la collection Troisième vague.

Intégrales et beaux livres de l'été (3e partie) : Les aventuriers à l'honneur au Lombard Le premier héros que nous voulons honorer aujourd’hui est bien entendu Bob Morane, en hommage au regretté Henri Vernes qui nous a quittés il y a quatre jours. Aucun calcul de la part du Lombard, qui a relancé cette intégrale en 2015, et dont nous avons très souvent parlé en six ans (utilisez le moteur de recherche en haut à gauche de votre écran). Nous tenions pourtant à revenir sur les deux derniers volumes parus il y a quelques mois, terminant ainsi l’intégrale forte de dix-sept recueils et d’environ quatre mille pages de bande dessinée, qui a regroupé non seulement les albums parus au Lombard, mais également ceux de Marabout, Deligne, Dargaud et de Lefrancq, à savoir presque l’intégralité des adaptations en bande dessinée.

Parus respectivement en octobre 2020 et en janvier 2021, ces seizième et dix-septième recueils ne comportent aucun dossier introductif. Ce qui ne nous déçoit qu’à moitié. En effet, la teneur des précédentes introductions nous avait paru largement en deçà des possibilités de la série mythique et des capacités de l’éditeur. Parfois, il vaut mieux être seul que mal accompagné. D’un autre côté, Henri Vernes était encore présent lors de la réalisation de ces dossiers, et cela aurait été une dernière occasion de revenir avec lui sur des aventures mythiques. À la différence de ses héros, pas de possible retour en arrière dans le temps.

Il ne faut pourtant pas rester sur un regret, car nombreux sont les amateurs à ne pas posséder les derniers albums parus au Lombard. Tirées à peu d’exemplaires (la série était en perte de vitesse), ces dernières adaptations se revendent maintenant à prix d’or parmi les collectionneurs (près de cent euros pour le dernier titre). Avouons que ce ne sont pas les meilleurs albums de Coria ; son implication restait assez inégale, tel l’avant-dernier titre Le Matador qui reste malheureusement nettement en deçà des précédents et du suivant, nettement plus réussis.

Mais les amateurs ne bouderont pourtant pas leur plaisir, car ces derniers volumes adaptent certains titres mythiques des romans qu’ils ont dévorés étant jeunes : on pense notamment à Sur la piste de Fawcett, la troisième aventure de Bob Morane publiée en 1954 ; ainsi que Les Dents du Tigre, le seul diptyque de la série initiale.

Les fans de "L’Aventurier" trouveront donc là matière à compléter leur collection. Tandis que pour ceux qui redécouvriraient cette adaptation en bande dessinée, ils n’ont que l’embarras du choix parmi les dix-sept volumes, afin de renouer avec des aventures qui ont eu su les faire vibrer. Pour notre part, nous vous conseillons les recueils 7 et 8 qui regroupent la quintessence de William Vance, même si son album le plus graphique reste L’Empreinte du crapaud.

La preuve par trois

Créée en 1999, la collection Troisième Vague du Lombard a su prodiguer un nouvel élan à l’éditeur bruxellois historique, lui forgeant une autre identité grâce une nouvelle génération de héros (Niklos Koda, Alvin Norge, James Healer, etc.) tout en regroupant certaines séries qui venaient de débuter, dont Capricorne et Alpha.

L’une des premières séries à introniser cette collection, qui reste un fer de lance de la maison d’édition, a été Vlad, un thriller sibérien d’anticipation servi par le scénario nerveux d’Yves Swolfs et le dessin calibré de Griffo. Pour ceux qui auraient raté cette saga parue de 2000 à 2006, Le Lombard vient de publier son intégrale en deux volumes. Pas de dossier, mais un prix attractif de 22,50 € par volume, soit 45 € pour les sept tomes, nettement moins chers qu’en seconde main.

Rappelons le cadre de cette série, qui débute à Kiev, 2050. L’ex-officier de l’Armée rouge Vlad doit retrouver son frère jumeau, Igor, ce qui ne l’enchante guère car les deux hommes n’ont pas franchement le même caractère. En effet, ce frangin remuant a disparu en embarquant avec lui une mallette dont le contenu a déjà coûté la vie au président russe. Avec ce pitch attractif, Swolfs & Griffo nous entraînent dans un road movie à la découverte de cette Russie à la fois belle et violente. Menée sans temps mort, la série débute sur les chapeaux de roues avec ce premier volet de quatre tomes, tout en bénéficiant d’étonnant personnages, entre oligarques russes jusqu’au-boutistes et rescapés d’un accident nucléaire.

Le second volet passe du mode Mad Max à un thriller qui prend progressivement des proportions mondiales. Après le président russe, ce sont les américains qui entrent en jeu, sans oublier des altermondialistes décidément bien entreprenants. Voilà donc un récit au couteau qui se mâtine de western futuriste, dans une histoire décidément aussi bien ficelée qu’efficacement dessinée. Une belle occasion de s’évader avec une série complète.

Autre héros né en même temps que Vlad au sein de la collection Troisième Vague en 1999, Larry Max a connu plusieurs déclinaisons à côté de sa série I.R.$. Après l’intégrale en deux volumes d’I.R.$ - All Watcher parue il y a deux ans, c’est maintenant au tour de du spin-off footballistique I.R.$ - Team de bénéficier d’une publication en recueil de deux cents pages.

Que vous soyez fan de la série-mère ou n’ayez jamais lu une page d’I.R.$, cela ne vous empêchera pas de vous passionner pour ce thriller financier qui s’intéresse aux dessous (sales) du ballon rond, avec une enquête mouvementée qui débute dès la première page. Certes, on ne retrouve pas Bernard Vrancken, pilier de la série principale, mais bien Marc Bourgne et Daniel Koller qui dessinent en équipe pour parvenir à ce but commun avec le scénariste Stephen Desberg : passionner, instruire et divertir le lecteur par la même occasion.

Nom d’un goupillon

Plus éphémère que Troisième vague, la collection Troisième Degré avait pour but de réunir des séries humoristiques et souvent plus caustiques. Une place rêvée pour Les Exploits d’Odilon Verjus, la série de Yann et Laurent Verron desservie par le positionnement en rayon jeunesse des quatre premiers tomes.

Le second recueil qui vient de paraître marque d’ailleurs la jonction avec cette collection, en rassemblant les trois derniers tomes de la série. Souvent iconoclaste, mais toujours très drôle (ah, cette parodie d’Obélix dans Breiz Atao !), Odilon Verjus est une magnifique série que vous devez absolument découvrir si ce n’est pas déjà fait.

Et pour vous aider à mieux décoder les coulisses et les clins d’œil qui parsèment cet univers, Patric Gaumer a rédigé un double dossier du premier recueil, soit vingt-quatre pages à la place de douze. Il brosse tout d’abord le portrait des deux auteurs au diapason en terme d’humour et d’action, en revenant en détail sur le parcours de chaque membre du tandem.

Outre une grande quantité d’informations passionnantes, le dossier bénéficie également de quelques illustrations inédites en albums, ainsi que de tous les éléments que l’on aurait souhaité y trouver (la fresque de Bruxelles, l’hommage récent dans Blake et Mortimer, dans un dossier aussi bien ficelé qu’équilibré. À découvrir sans délai, tant pour son humour que pour sa vision acerbe des années 1930.

Les couvertures bénéficient d’un rehaut doré, qui passe mal à la photo, mais du plus bel effet en réalité.

Plumes et pinceau

Le premier tome est paru en 1983

Changement d’univers et changement de collection avec Celui qui est né deux fois, qui fut l’un des points d’orgue du label Histoires et légendes avec Histoire sans héros et À la recherche de Peter Pan.

Rappelons tout d’abord que l’auteur de cette saga indienne, sans doute l’une des plus belles de la bande dessinée réaliste, est le Suisse Derib, également dessinateur d’une autre icône du genre, Yakari. C’est bien dans le style réaliste et au pinceau que le jeune auteur avait fait ses modestes débuts en 1963. Mais lorsque Peyo l’intègre dans son atelier en 1964, il lui demande de troquer ses pinceaux pour la plume, et en guise de nature, lui confie le village des Schtroumpfs.

Après un décollage laborieux, Derib a collaboré au fameux Schtroumpfissime, mais il a également découvert chez Peyo, au sein de vieux journaux Tintin, le jeune amérindien Wapi dessiné à l’époque par Cuvelier. De quoi lui donner envie de s’impliquer dans cette culture qui l’a toujours passionné.

La suite est connue : à la fin des années 1960, il crée Yakari avec Job, puis Go West avec Greg. Et après avoir vu Jeremiah Johnson au cinéma, il se lance en solo dans Buddy Longway, une saga qui va durer 33 ans, en présentant les aventures de ce trappeur blanc qui s’est marié avec une belle indienne.

Dix ans après le lancement de Buddy Longway, une série qui comptait déjà dix tomes, Derib décide d’aller plus loin dans sa démarche, et lance une nouvelle série en se concentrant sur un seul indien, dont il raconte toute la vie. Le choc est immédiat ! Graphiquement parlant, Derib est sans doute au faîte de son art. Quant au récit, il impose son mode de narration dès les premières pleines-pages muettes. La vie, l’amour, le conflit, la violence, la compréhension de soi, des autres et du milieu qui nous entoure, tout cela est rassemblé dans cette trilogie. Près de dix ans avant Danse avec les loups, Derib fait preuve d’ouverture d’esprit, d’audace et de talent dans cette belle saga en hommage à la culture indienne, décimée par les Blancs.

La très belle couverture de cette nouvelle intégrale bénéficie d’une impression à chaud

Certes, les trois albums avaient déjà bénéficié d’une intégrale en 1989, puis ils avaient rejoint Red Road dans l’intégrale de quatre cents pages publiés par Le Lombard en 2007. Mais la force de Celui qui est né deux fois méritait largement une édition à part ! Un vide comblé par l’éditeur avec un format légèrement plus grand que celui initial, de quoi profiter pleinement des superbes planches de Derib, surtout qu’un cahier graphique de seize pages complète ce tirage. Même si on comprend que les introductions initiales aient pris un coup de vieux en près de quarante ans, il nous reste le regret que les illustrations de ces dernières n’aient pas pu trouver une place dans le dossier graphique. Quoiqu’il en soit, cette édition reste l’un de nos gros coups de cœur au sein de cette sélection !

Sacré Martin, sacré Godard

Enfin, terminons ce passage en revue par l’autre volume, qui est certainement le plus intéressant de cette sélection à nos yeux, à savoir le quatrième et dernier recueil de l’intégrale Martin Milan. Le dossier est encore et toujours signé par Patrick Gaumer, pour notre plus grand plaisir. D’une part, car il s’obstine à retrouver toutes les pépites disséminées au gré des publications et des magazines, et d’autre part car son approche humaine permet de vraiment comprendre dans quels cadres ces séries historiques ont été réalisées.

Ce dernier volume regroupe certains des albums les plus recherchés, comme "La Goule et le biologiste".

Ainsi bénéficions-nous (même si elles sont en petit format) des planches parodiques réalisées pour Soleil, ou des hommages et autre cadavres exquis. Mais surtout, le lecteur profite cette fois d’une nouvelle publiée dans Tintin Sélection en 1972 et inédite en album. Il faut dire que Christian Godard n’est pas seulement auteur de bande dessinée, il a été romancier, comme le dossier le distille, ainsi que scénariste pour bon nombre d’auteurs : belges, français et suisse. L’énergie avec laquelle Godard explique comment il a été amené à scénariser pour les autres, entre autres en se lançant à l’eau lors des fameuses réunions de rédactions de Pilote post-Mai 1968, est aussi passionnante que truculente.

Voilà d’ailleurs là le second va-tout de Patrick Gaumer : profiter d’une vraie relation avec Godard (que dis-je, d’une véritable amitié) pour la concilier avec sa passion de la bande dessinée, afin de retracer avec professionnalisme et chaleur le parcours de cet auteur incomparable. On rit donc, on s’émeut et l’on apprend, aux côtés de Christian Godard, comment il a fait évoluer un héros à nul autre pareil. Martin Milan dont l’éditeur aurait d’ailleurs tellement voulu que ce personnage ne change jamais, mais son auteur a éperdument continué à suivre sa voie artistique, pour le plus grand bonheur des lecteurs, imposant ainsi (et pour longtemps) un héros qui nous surprend et nous émeut à chaque relecture !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Concernant notre dossier Intégrales et beaux livres de l’été, lire :
- la première partie : Dargaud donne le ton
- la deuxième partie, l’interview de Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault : « Au contraire de Franquin, le public a une idée assez superficielle de la "patte" de Roba »

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Toutes les illustrations sont : © Le Lombard.

 
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