Intégrales et beaux livres de l’été (1ère partie) : Dargaud donne le ton

22 juillet 2021 1
  • Fort d'un catalogue imposant et diversifié, l'éditeur historique français est monté en régime ces dernières années sur le secteur des intégrales, de quoi tailler une croupière au leader jusque-là incontesté, à savoir Dupuis. Preuve par l'exemple avec la dizaine d'ouvrages parus ces dernières semaines et qui tombent à pic pour réviser ses classiques cet été, ou découvrir des séries que l'on aurait loupées.

Intégrales et beaux livres de l'été (1ère partie) : Dargaud donne le tonComme chaque année, nous dressons le bilan des intégrales et divers beaux livres parus ces derniers mois, histoire de vous conseiller pour vos lectures estivales si vous souhaitez (re)découvrir quelques séries avant la rentrée de septembre qui s’annonce très mouvementée (certainement deux fois plus imposante que d’habitude, mais nous vous en reparlerons).

Premier "arrêt sur images" avec Dargaud : il y a dix ans, l’éditeur français a relancé un ambitieux programme d’intégrales et de beaux livres, et après une montée en puissance progressive, on a ainsi pu profiter d’un vaste panel comme en 2014, 2015, 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020, aussi diversifié dans la forme que le ton.

Quelques figures tutélaires

Commençons ce passage en revue avec des formats hybrides, dont tout d’abord le tome 5 d’Undertaker dans cette édition couleur très grand format bien connue des amateurs. Un ouvrage déjà annoncé à plusieurs reprises, mais reporté à cause des modifications des plannings en fonction de la Covid. Finalement paru, ce tirage limité tient une fois de plus toutes ses promesses : l’on profite pleinement du trait de Ralph Meyer dans les pas de Giraud-Moebius, entre autres dans la thématique indienne et les labyrinthes minéraux. Mais Meyer ne se limite pas à cela bien entendu, en imposant ses propres codes, que cela soit dans l’action ou par exemple le traitement des ciels.

Autre héros moderne incontournable du catalogue Dargaud, Blacksad profite d’un journal de seize pages qui dévoile pas mal de coulisses autour de la série et du prochain opus à paraître le 1er octobre prochain. Les fans pourront d’ailleurs retrouver la couverture de cet album très attendu, huit ans après le précédent, ainsi que les quatre premières pages de celui-ci.

Avec près de cinquante ans de présence au sein du catalogue de Dargaud, F’murrr est un auteur que l’éditeur ne cesse de remettre à l’honneur, après le premier volume de l’intégrale du Génie des alpages paru en 2019. Cette fois, c’est Le Pauvre Chevalier qui profite d’une réédition au format originel, tel que paru en 1990 chez Casterman. Ce récit, qui nous détaille un Moyen Âge des plus fantasques, avait reçu le Prix du Meilleur Album d’Humour au FIBD d’Angoulême en 1991.

Après l’avoir réédité en 2003 dans un grand format qui n’était pas vraiment utile, l’éditeur revient donc à la taille d’origine. Une excellente occasion pour renouer avec la plume acérée de F’murrr. Surtout que cette édition compte une trentaine de pages de croquis et de storyboards inédits, histoire de mieux comprendre avec quelle minutie l’auteur travaillait.

Éditions en divers formats

Dargaud travaille également sur son catalogue plus contemporain, tout en cherchant à valoriser au mieux certaines séries, presque devenues des classiques, ce qui permet de les faire découvrir à un nouveau lectorat, et de les maintenir à l’esprit du grand public. Pas question ici de dossier ou de compléments divers, les ouvrages reprennent stricto sensu le contenu originel, mais sont agrémentés de nouvelles couvertures tout en trouvant également des formats valorisants.

Commençons par l’un de nos coups de cœur de cette sélection, la compilation des deux tomes d’Abélard et de ceux de sa "suite" Alvin, en un magnifique format qui tient bien en main. Le dessin de Renaud Dillies ne souffre pas du tout de cette petite réduction, ce qui renforce presque tout le charme qui se dégage de cette remarquable fable écrite par Régis Hautière. Un format parfait pour le glisser dans un sac ou sa valise, et profiter de la trêve estivale pour renouer avec ce conte qui n’a pas pris une ride. À ne pas rater !

Autre format plus traditionnel, la réussite de l’immersion du regretté Hubert et des Kerascoët dans le milieu de la prostitution des années 1930 méritait une nouvelle édition en plus de l’intégrale parue en 2015. Chacun des deux diptyques de Miss Pas Touche a été réuni dans un recueil un peu plus grand que le format originel, de quoi profiter de l’ambiance composée par les auteurs, tout en restant à un prix raisonnable de 21 € pour près de cent pages à chaque fois.

Dargaud semble également décidé à mettre à l’honneur l’un de nos scénaristes contemporains les plus prolifiques, à savoir JD Morvan. L’éditeur a publié deux intégrales au même format, profitant d’une présentation identique avec un bandeau enserrant la couverture et présentant le personnage principal sur fond argenté.

Dessinée par Bengal, la première rassemble les cinq volumes de Naja, cette tueuse professionnelle dont le réseau est en proie à de violentes dissensions internes. La seconde intégrale reprend les trois tomes d’Un Petit Monde : un Peter Pan transporté dans les favelas et servi par l’énergique dessin oriental de Toru Terada.

Retour à la Terre bien de chez nous, avec le second recueil de l’intégrale de cet exode urbain scénarisé par Jean-Yves Ferri et transposant l’installation de Manu Larcenet à la campagne. Avec le sixième tome paru en 2019, soit onze ans après le précédent, l’éditeur disposait d’un matériel nécessaire pour réaliser un second recueil, dans la même mouture que précédemment, et pour la plus grande joie des lecteurs, car cette édition à l’italienne propose un magnifique format de lecture à ces batifolages campagnards.

Les éditions complétées

Dargaud ne se contente de pas de rassembler plusieurs tomes d’une série, parfois ils rajoutent plusieurs éléments. Ainsi peut-on lire au début de l’intégrale de Paco Les Mains rouges réalisé par Sagot & Vehlmann : « Cette édition complète réunit et remplace les deux albums parus en 2013 et 2017. » Pour notre part, nous n’avons pas vu de modification en profondeur (toutes les planches sont présentes), mais nous laisserons les lecteurs minutieux comparer toutes les cases une à une pour s’en assurer. Notons toutefois que cette édition reprend la totalité des cahiers graphiques des éditions précédentes, moins quatre pages qui laissent la place au Président de l’association d’histoire pénitentiaires Fatalitas pour signer une belle introduction, ce qui parachève effectivement cette édition.

Notre deuxième coup de cœur de cette sélection va certainement à Sortilèges, la série réalisée par Dufaux et Munera. C’est la première fois que les quatre tomes sont rassemblés d’un seul tenant, dans un beau livre accompagné d’une jaquette. Le format très légèrement réduit ne gêne nullement le confort de lecture. De plus, l’éditeur a rajouté une histoire inédite de douze pages que les auteurs avaient réalisée spécialement pour le site de Dargaud en 2014. Pour notre part, nous aurions préféré la retrouver au milieu de l’ouvrage (entre les deux cycles), mais c’est déjà un plaisir de découvrir une intégrale au sens propre du terme. Un second album à certainement glisser dans votre valise pour vous évader dans le jeu des contes et du pouvoir.

Les recueils patrimoniaux

La dernière partie de cette revue s’adresse aux collectionneurs amateurs de dossiers, concernant des séries historiques. Sans égaler Dupuis qui reste au pinacle sur ce point, Dargaud continue à ne pas oublier les amateurs du genre. À commencer par ce qui en train de devenir une référence en la matière, à savoir l’intégrale de Snoopy & les Peanuts qui en est déjà au vingt-quatrième tome. En plus de l’intégralité des strips et des pages du dimanche réalisés par Charles M. Schultz, chaque volume profite d’une introduction signée par une personnalité différente, et c’est cette fois l’acteur et réalisateur américain Paul Feig qui s’y colle !

Changement d’univers avec le premier recueil d’une intégrale que nous appelions de nos vœux depuis plusieurs années, à savoir celle de La Jeunesse de Barbe-Rouge. Il est vrai qu’à l’époque, les cinq tomes édités entre 1996 et 2001 réalisés par Perrissin et Redondo n’avaient pas suscité l’enthousiasme du public. Le tirage était donc resté modeste, avant d’enflammer les amateurs sur le tard. Résultat : certains tomes se vendent à plus de cent euros en seconde main ! Entre la reprise des aventures de Barbe-Rouge et la fin de l’intégrale précédente, il était donc temps de rééditer cette série.

Voilà chose faite, avec ce premier tome qui rassemble les deux premiers titres, histoire de comprendre comment le corsaire malouin Jean-Baptiste Cornic devint le terrifiant pirate que l’on connaît. Un brin scolaire dans sa première partie, le dossier de Brieg Haslé-Le-Gall reprend les premiers éléments distillés par Charlier et Hubinon au sein de deux courts récits parus dans l’éphémère Super Pocket Pilote avant de résumer par le menu le contenu des cinq tomes !

Au lecteur qui ne voudrait pas être spoilé, nous conseillons de sauter directement à la seconde partie du dossier, qui reprend le contenu des rencontres avec les auteurs, en commentaires et en images. Perrissin raconte entre autres comment il a commencé à travailler sur la série en convaincant Fabrice Giger de lui en laisser les rênes, lorsque les droits appartenaient encore aux Humanos : passionnant !

Enfin, le dernier ouvrage est justement le dernier recueil de Tanguy et Laverdure que nous attendions depuis trois ans. Après Opération Tonnerre, ce dixième opus réunit les deux dernières histoires scénarisées Jean-Michel Charlier : L’Espion venu du ciel, dessin de Patrice Serres, et surtout le mythique et jusqu’à présent introuvable Survol Interdit, dessiné par Al Coutelis, qui n’avait pas été réédité depuis sa sortie en 1988 et dont l’album est également furieusement recherché par les amateurs.

Dans la première partie du dossier, Gilles Ratier revient en détail sur les turpitudes de l’époque : Serres dont le style ne convainc plus complètement, Al Coutelis qui reprend le dessin mais manque de scénario car Charlier est overbooké à cause de ses trop nombreuses casquettes. Cette page de l’histoire de Tanguy et Laverdure se révèle passionnante, relevée par les nombreux verbatim des intéressés.

Outre de nombreux documents de l’époque, on retrouve une interview d’Al Coutelis signée Patrick Gaumer, qui en profite pour nous livrer un passionnant article sur la presse de l’époque. De plus, ce dossier reprend diverses parodies réalisées par Al Coutelis lui-même, de quoi tirer en beauté le rideau sur une intégrale qui aura tenu toutes ses promesses !

Une fois n’est pas coutume, notre prochain article de cette série estivale consacrée aux intégrales sera une interview, à savoir celle de Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault, concernant le premier recueil de Boule et Bill. À suivre…

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Concernant notre dossier Intégrales et beaux livres de l’été, lire :
- la deuxième partie, l’interview de Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault : « Au contraire de Franquin, le public a une idée assez superficielle de la "patte" de Roba »

De ces ouvrages parus chez Dargaud, acheter :
- Undertaker T. 5 en grand format chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Blacksad : What’s News chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Le Pauvre Chevalier chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Abélard chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Miss Pas Touche premier diptyque chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Miss Pas Touche second diptyque chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Naja chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Le Petit Monde chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Le second recueil de Retour à la terre chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Paco Les Mains Rouges chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Sortilèges chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Snoopy & les Peanuts vol. 24 (1997-1998) chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- La Jeunesse de Barbe-Rouge vol. 1 chez BD Fugue, FNAC, Amazon
- Tanguy et Laverdure vol. 10 chez BD Fugue, FNAC, Amazon

 
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