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Intégrales et beaux livres de l’été (5) : L’État morbide de Daniel Hulet

  • Daniel Hulet a tiré sa révérence il y a exactement dix ans, à l’âge de 66 ans. Il laissait derrière lui une œuvre qui a marqué le catalogue classique des années 1980-1990 : "Pharaon" (huit volumes chez Glénat), "Les Chemins de la gloire" (quatre volumes chez Glénat), "Immondys" (trois volumes chez Glénat), "Extra-Muros" (trois volumes chez Casterman) et "L’État morbide", trois volumes chez Glénat qui forment cette intégrale qui vient de paraître pour le dixième anniversaire de sa disparition. Un recueil qui caractérise bien cet artiste singulier.

Il avait fini ses jours à Ostende, comme disait James Ensor : « Face à la mer et cul à la Belgique artistique et littéraire ». On l’imagine bien prendre le vent sur les longues plages de la côte belge, vers Mariakerke et Middelkerke, suivant ces nuages noirs saillants comme des récifs que Léon Spilliaert savait dessiner comme personne. Les masques de « Sir James », on les retrouve d’ailleurs dans cet album sulfureux qui utilise tous les ressorts du fantastique.

Dans sa longue introduction, une véritable monographie de l’artiste détaillée comme un décor de Bob De Moor, le spécialiste de la BD et par ailleurs éditeur de l’artiste chez Glénat, Paul Herman, contextualise bien les inspirations et les sources profondes de l’œuvre. Elle est marquée par une longue lignée d’écrivains belges qui racontent le roman national belge : Charles de Coster, l’auteur de Thyl Uilenspiegel, et ses successeurs qui dérivent vers les terres du fantastique : Franz Hellens, Thomas Owen (on pourrait y ajouter Michel de Ghelderode) et surtout Jean Ray, tous réunis dans la collection Fantastique des éditions Marabout, dirigée par Jean-Baptiste Baronian dont il est évident que Daniel Hulet a dû être un fervent lecteur.

Intégrales et beaux livres de l'été (5) : L'État morbide de Daniel Hulet

On retrouve dans cet album les procédés mis en place par l’auteur de La Cité de l’indicible peur et de Harry Dickson : l’ancrage dans un lieu, ici une rue sombre à Bruxelles qui fait face à la rosace de l’Église Sainte-Catherine ; la description de ses aspects curieux qui ouvrent au fantastique comme cette « Vierge noire » qui donne son nom à une rue adjacente ; une sarabande de personnages lugubres et inquiétants ; et les pérégrinations du narrateur comme du lecteur dans un écheveau de tunnels et de chausse-trappes cauchemardesques. C’est quelquefois gore, ricanant et grand-guignolesque, digne d’une ballade du Grand Macabre.

Une œuvre esthétiquement forte en tout cas, jouant de la puissance de ses images, que ce soient les lames du tarot, les cadavres ne décomposition, les milieux urbains d’un vert glauque, ou encore l’entourage clairement punk qui entoure le personnage principal. Un voyage fantasmatique, une singulière expérience.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Concernant notre dossier Intégrales et beaux livres de l’été, lire :
- la première partie : Dargaud donne le ton
- la deuxième partie, l’interview de Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault : « Au contraire de Franquin, le public a une idée assez superficielle de la "patte" de Roba »
- la troisième partie : Les aventuriers à l’honneur au Lombard
- la quatrième partie : Dupuis à fond la forme !

 
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