Ange : « L’origine de "La Geste des Chevaliers Dragons" remonte aux femmes »

14 janvier 2013 0 commentaire
  • Le célèbre couple de scénaristes revient en détail sur les deux derniers tomes de {La Geste des Chevaliers Dragons}, sans doute la série d'Heroïc Fantasy la mieux construite de ces dernières années. C'est également l'occasion d'évoquer l'avenir de {Jack Black}, de {Marie des Dragons}, du {Collège Invisible} et quelques autres séries en cours.

Ange : « L'origine de "La Geste des Chevaliers Dragons" remonte aux femmes »Le tome 14 de La Geste revient à l’essence-même du mythe des dragons et des vierges, seules capables de les approcher pour les tuer. Cette histoire était d’ailleurs annoncée depuis longtemps. Vous employez un langage ’préhistorique’. Était-ce pour bien montrer que l’origine de La Geste remontait à celle des hommes ?

Pour montrer, en tous cas, que le monde de la Geste a été structuré, changé depuis longtemps par l’arrivée des Dragons. La présence - intermittente - de "la Bête" a profondément influencé l’histoire de cet univers et ce, depuis le début des temps, ou presque. Mais l’origine de La Geste ne remonte pas à celle des hommes, elle remonte à celle des femmes ! (rires)

Un petit plaisir également en pensant à Rahan ?

Et comment ! N’oublions jamais Rahan : l’inventeur de l’œuf dur et un des chefs d’œuvre patrimonial du catalogue Soleil ! D’ailleurs, j’en profite pour faire un peu de pub : si vous n’avez pas vu le joli livre sur Rahan qui est sorti il y a quelques mois, foncez !

Malgré un babil lancinant, le tome 14 revient avec intérêt sur les origines du combat contre les Dragons.

Concernant le tome 15 de la Geste, sorti peu avant les fêtes, comme vous l’évoquiez précédemment, cet album se concentre sur l’aspect politique de votre univers : guerre contre les Sardes, alliance au détriment des sentiments de loyauté ou familiaux. Étaient-ce spécifiquement ces sentiments que vous vouliez dégager ?

En effet. Un des thèmes récurrents de La Geste est la responsabilité. La responsabilité des Chevaliers, des Matriarches, de l’Ancienne au Fort... La responsabilité des rois (dans le tome 13), des prêtres, des empereurs, des simples citoyens... Le T15 met en opposition deux femmes, toutes les deux responsables et loyales à leur parti, l’Impératrice et la Matriarche. Le problème est que leurs responsabilités s’opposent... et le fait qu’elle soit sœurs ne facilite pas les choses, mais cela ne les empêchera pas de faire leur devoir, qui consiste à trahir l’autre.

Cet épisode 15 revient également plus sur la position de la femme, incarnée par l’ensemble des Chevaliers Dragons. Vouliez-vous mettre en avant la difficulté qu’il peut y avoir à être une jeune femme dans un monde assez violent et plutôt dominé par les hommes ?

Du Harem, le titre du tome 15 devient L’Enemi, plus vague et oppressant

Même si c’est un point de vue du thème fondateur de la Geste (les femmes comme seuls remparts contre tous les maux), finalement ce versant-là (les femmes victimes de la brutalité des hommes) n’est pas très utilisé. Ellys dans le tome 1, la petite Eléanor dans le 3, et oui, en effet, Saraï dans le tome 15, ont à subir la domination masculine. Seulement trois sur quinze tomes... Et si on regarde bien, Saraï se venge de manière atroce, Ellys se rattrape dans le tome 12 et Eléanor est devenue la sympathique sociopathe que l’on découvre dans le tome 2.

Quant aux Chevaliers dans les autres tomes... Eh bien, ce sont elles les brutes !, ce sont elles qui dominent, à tort parfois. Mais c’est aussi le but de l’Ordre qui forme des bataillons de « Wonder Woman »…

Il y a finalement très peu de victimes féminines dans la Geste. Et d’ailleurs, pas mal d’albums - le 15 en fait partie - montrent que les Chevaliers Dragon (les femmes) ne sont pas les "gentilles" de l’histoire... Elles abusent de leur pouvoir. Comme tout le monde...

Comment avez-vous fait la connaissance de Patrick Boutin-Gagné, le dessinateur de ce tome 15, et quelles sont les directives que vous lui avez données pour réaliser cet épisode ?

C’est notre directeur éditorial qui nous a proposé de travailler avec Patrick. On a bien regardé ce qu’il faisait, pour chercher ses failles, peu nombreuses, et ses qualités, importantes. Après, les directives pour la Geste sont toujours les mêmes : Se donner à fond, donner le meilleur, une Geste, ça ne dure que 46 pages et c’est dense. Et la plupart du temps, ces « directives » sont bien comprises. Enfin, ce n’est pas une science exacte non plus… Le truc, c’est que dans l’inconscient des dessinateurs, et parfois des lecteurs qui ne connaissent pas la série, une Geste, c’est des filles qui tapent sur des dragons pendant 46 pages. Pourtant les scènes avec les dragons ne doivent pas dépasser 46 pages cumulées en 15 tomes (il faudrait calculer pour s’en assurer)... Donc La Geste, ce sont la plupart du temps des personnages forts, des intrigues, de l’émotion, de la violence et pas forcément de l’action… (J’ai l’impression de vous faire une bande annonce pour un film des années 1950…)

Le tome 15 met en opposition deux femmes, deux soeurs, toutes les deux responsables et loyales à leur parti : l’Impératrice et la Matriarche.

Cela n’était pas facile de réaliser un album entièrement dans un harem, sans tomber dans la facilité ou l’ennui. Patrick a-t-il été capable de relever ce défi ?

Tout-à-fait ! Nous pensons avec l’objectivité, le recul et la modestie qui nous caractérisent, que c’est un putain de bon album ! Même s’il n’apparaîtra jamais sur une liste de prix, que ce soit à Angoulême ou ailleurs. Et il faut aussi féliciter Stéphane Paitreau, le coloriste attitré de La Geste. Il a fait un boulot de fou sur ce tome 15. Sur les autres aussi, mais là, encore plus.

Quels sont les futurs récits à paraître au sein de La Geste ? Comment avance l’album maritime de Christian Paty ? Et la Guerre des Sardes par Vincent Vax ? Et celui réalisé uniquement par des dessinatrices ?

Alors… On retrouve Brice Cossu pour le tome 16 dans un album traitant d’un sujet à la mode : la religion (oui, de temps en temps, on rappelle des dessinateurs des tomes précédents, on a le droit, on écrit nous-mêmes les règles du jeu). Ensuite, ce sera le diptyque 17-18 de Vincent Vax sur la Guerre des Sardes. On a vu les pages : Vincent a bien avancé, et c’est déjà une énorme tuerie. Littéralement.

Fin 2014, donc, ce sera soit l’album maritime de Christian Paty, dont on prend les embruns dans la face à chaque page, soit l’album nordique et glacial d’Alexe qui rejoindra la petite famille de dessinateurs de la Geste quand elle aura terminé Lancelot. « Winter is coming », c’est rien par rapport aux engelures qu’elle va se faire en dessinant tant de froid…

Quant à l’album collectif réalisé par des dessinatrices, il est toujours sur le feu. À feux doux. Il mijote. On a un peu honte de ne pas avancer dessus plus vite… mais on est sûrs que si on attendant encore un peu, on pourra confier des pages à une dessinatrice qui n’était pas née quand on a eu l’idée de cet album…

Avez-vous de nouvelles envies que vous voudriez prochainement concrétiser avec la Geste ?

Oui, bien sûr, il y a des dessinateurs avec qui on voudrait faire un tome, mais pour certains, ce ne sont sans doute que des doux rêves… Enfin, on peut toujours essayer : "Vincent, si tu t’ennuies entre un tome du Grand Mort et le nouveau Quête de l’Oiseau du temps, n’hésite pas à appeler…"

Quelles sont vos futures actualités en bande dessinée ? La suite de Jack Black ? Aura-t-on la chance de voir la fin de Marie des Dragons malgré la forte occupation de Thierry Demarez sur Alix Senator ?

Disons que Jack Black est probablement sorti à la mauvaise période. On a coutume de dire que les albums ne rencontrent pas leur lectorat, mais là, c’est réciproque. Album et lectorat ont dû se croiser, une nuit sans lune dans le brouillard et se sont bien manqués. C’est dommage, la plupart de ceux qui ont lu l’album ont compris ce qu’on voulait raconter et comment on voulait le raconter, (Thierry M. de chez Delcourt en face, si tu te reconnais, merci !). Une suite serait possible, mais la déforestation fait des ravages en Amazonie et autant ne pas aggraver les risques écologiques…

Habituée aux combats les plus rudes, notre héroïne est pourtant prisonnière d’un harem.
Par le biais de récits de ses consoeurs, elle tente alors de distinguer lesquelles de ces courtisanes forcées pourraient l’aider lors d’une rebellion

Ok, coup dur. Et pour Marie des Dragons ?

La meilleure nouvelle de l’année, c’est que Thierry est en train de le terminer entre deux voyages dans le temps de la Rome Antique. Et comme il n’est pas genre à dessiner à un train de sénateur, l’album sortira fin 2013 ou début 2014.

On termine aussi le prochain tome du Collège Invisible pour la fin du printemps, avec Cédric Ghorbani. C’est un nouveau départ pour le Collège, Cédric a pris ses marques, il s’est vraiment approprié la série et les personnages et dans ces cas-là, ça pousse les gentils scénaristes à se bouger les neurones et les doigts sur le clavier. Et vous pouvez aussi compter sur le troisième tome de Tibill le Liling, Laurent Cagniat s’est attaché à sa table à dessin et ne se détache que pour envoyer les pages chez Soleil !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Lire nos deux dernières interviews d’Ange, les scénaristes de la Geste :
- « Sans leurs sentiments et leurs souffrances, les personnages seraient en carton-pâte. » (Janvier 2012)
- « Marie des Dragons n’a rien à voir avec la Geste » (Novembre 2009)

Ainsi qu’un article général présentant la Geste : Entre Ange et Ténèbres, Soleil continue de privilégier l’Héroïc-Fantasy.

Lire également nos chroniques précédentes des tomes de La Geste :les tomes 2 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; 14 & sa version manga (les tomes 10, 11, 12 et 13 sont évoqués dans les interviews et article dont vous trouvez les liens ci-dessus)

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