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Les Trompettes de la mort, un récit écologique à mi-chemin entre Princesse Mononoke et Bambi

Par Louis GROULT le 12 novembre 2022                      Lien  
Paru à la rentrée dans une vague d'albums traitant de notre rapport au vivant, comme "Les Pizzlys", "La Dernière Reine" ou dans une certaine mesure "Hoka Hey", "Les Trompettes de la mort" a-t-il su trouver sa place ?

C’est le premier album que Simon Bournel-Bosson réalise seul après deux enquêtes dont il assurait le dessin en compagnie de Maxime Gueugneau qui s’occupait du scénario. Il faut donc juger Les Trompettes de la mort comme un premier récit qui, nous le verrons dans cet article, est très réussi.

Les Trompettes de la mort, un récit écologique à mi-chemin entre Princesse Mononoke et Bambi

Dans cet album, on suit Antoine, un jeune garçon qui se retrouve chez ses grands-parents à la campagne à cause d’un problème familial dont on ignore les tenants et les aboutissants. Il réside dans une grande maison qui est un superbe terrain de jeu en dépit de l’ambiance quelque peu angoissante qui y règne.

Cette angoisse vient surtout de son grand-père, un géant hostile qui part tous les jours chasser dans la forêt. Un jour, Antoine le suit discrètement et se retrouve dans le corps d’un faon après avoir consommé des trompettes de la mort, un champignon qui semble avoir des propriétés magiques dans le monde de Simon Bournel-Bosson. Débute alors une horrible partie de chasse qui sera l’occasion pour Antoine de grandir et de questionner sa place au sein du vivant.

C’est un véritable récit de suspense que nous offre l’auteur. Dans la première partie, on pourrait se croire projeté de nouveau dans l’horrible manoir du film Psychose de Hitchcock. La référence au cinéma se justifie par les outils cinématographiques qu’utilise Simon Bournel-Bosson pour nous conter son récit. La première chose qui saute aux yeux, c’est la forme des cases de son gaufrier : la plupart sont très allongées, façon Cinémascope, ce format d’image très utilisé dans le western.

La manière de mettre en images l’action est aussi révélatrice d’un goût pour le septième art : elle est très détaillée et use de zoom, d’inserts, d’ellipses, de travelling, de ralentis ou même de transitions. C’est ce mix très réussi entre la bande dessinée traditionnelle et les outils du cinéma qui donne à la récit son ambiance si réussie. Certaines cases sont à couper le souffle et l’on entend presque les bruits de la forêt tellement l’auteur nous immerge dans son récit.

Cette description de l’album donne l’impression d’un récit très terre à terre, réaliste et pourtant, le récit vire aussi plusieurs fois dans le symbolisme à la limite du psychédélisme. Ce pas de côté vient en grande partie de l’utilisation de la couleur de Simon Bournel-Bosson. Il s’éloigne complètement de la représentation naturaliste de la forêt pour nous emmener dans un monde étrange où une même chromie ne correspond jamais à un objet fixe. C’est grâce à cette ambiance posée par les aplats de teintes vives que l’album vire dans le fantastique ou le rêve, sans jamais perdre son lecteur qui savait depuis le début qu’il n’était pas exactement dans notre monde.

L’album est ouvert à de nombreuses lectures différentes grâce à sa richesse et à sa manière de ne jamais conclure. L’une des interprétations que l’on peut déployer si l’on s’intéresse à l’anthropologie et que l’on connaît les rites animistes, c’est celle du rêve permettant aux Hommes de comprendre les animaux et les plantes. En effet, chez les Indiens Achuar par exemple, on se projette parfois dans le corps des animaux. On peut aussi lire l’album comme un récit d’apprentissage, un suspens, ou comme un manifeste écologique. Cette pluralité de lectures est aussi possible car le récit n’est pas didactique, il est d’ailleurs très peu verbeux.

C’est donc un artiste très prometteur que Simon Bournel-Bosson qu’il faudra suivre dans ses futures réalisations.

(par Louis GROULT)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782490975624

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