Marion Montaigne (Présidente du jury d’Angoulême 2020) : « Ce nouvel intérêt pour la science est lié au développement d’Internet. »

6 décembre 2019 0 commentaire
  • Marion Montaigne revient en cette fin d'année avec un nouveau tome de sa série scientifico-humoristique "Tu mourras moins bête". Elle est aussi la présidente du jury du prochain Festival International de la Bande Dessinée 2020. Rencontre.

C’est le cinquième titre de la série "Tu mourras moins bête", et vous, est-ce que vous mourrez moins bête ?

J’espère ! En tout cas, je suis hyper curieuse, je veux savoir comment les trucs marchent et partager la connaissance que j’ai acquise. Peut-être que je m’ennuie dans la vie… mais apprendre que notre corps humain peut se guérir de lui-même et qu’il peut agir sur le thymus, cœur du système immunitaire, ça me fascine !

Comment construisez-vous un scénario de BD scientifique pour que cela ne soit ni trop compliqué, ni trop simpliste ?

Il faut que je sois, moi-même, en mode apprentissage. Je lis un maximum au point de me retrouver sur des sites improbables ! Par exemple, en ce moment je m’intéresse à la transpiration…. J’essaie d’aller plus loin qu’une simple explication, je m’attarde sur ce qui m’étonne. De façon inattendue, c’est le sang qui produit de la sueur, de fil en aiguille j’en arrive aussi à comprendre aussi la transpiration d’autres espèces animales. Au bout d’un moment, je me suis tellement documentée que je sature, alors je laisse reposer et j’y reviens plus tard pour en extraire l’essentiel.

Marion Montaigne (Présidente du jury d'Angoulême 2020) : « Ce nouvel intérêt pour la science est lié au développement d'Internet. »
Dans "Tu mourras moins bête" Marion Montaigne s’intéresse à tous les sujets, mais toujours avec humour !
Le dernier tome (T. 5) de la série "Tu mourras moins bête" par Marion Montaigne (Delcourt)

Abordez-vous la science dans tous ses domaines ?

Je préfère la biologie à la physique, par goût et c’est aussi plus facile à transmettre. On a tous un corps auquel se référer et on est tous tombés malade un jour.

Quelles sont vos sources scientifiques ?

J’adore aller en bibliothèque chercher et recouper les infos. Je vais d’abord lire les vulgarisations les plus simples et je remonte le niveau de difficulté jusqu’aux thèses de recherche en français ou en anglais. Il y a des auteurs que j’apprécie beaucoup comme Bill Bryson et Marie Roach.

Les Américains sont de bons vulgarisateurs. Bill Bryson n’hésite pas à avouer son ignorance et cherche à comprendre, il ramène de l’humain en évoquant les coulisses de la recherche et les travers de certains grands noms.

Marion Montaigne
Photo : L’Agence BD

Marie Roche est incroyable ! Elle se fait cobaye et entre dans des chambres froides, chaudes, des IRM…, elle assiste même à des dissections de cadavres humains. Elle est dans le détail des expérimentations, si elle explique l’histoire de la ceinture de sécurité, elle raconte comment le frein à main mal placé poignardait les gens et moi j’aime bien le côté touchant de l’Homme qui se trompe, qui ne comprend pas toujours et cherche encore et encore….

La science n’est-elle pas plus vulgarisée de nos jours qu’auparavant ? On pense aux émissions de Jean- Claude Amesen, "La Tête au carré", "Les Savanturiers"….

Oui et ce nouvel intérêt pour la science est lié au développement d’Internet. Cela a vraiment décloisonné les communautés et permis aux gens qui font et à ceux qui vulgarisent de communiquer. Je rencontre des chercheurs plutôt jeunes car ils ont moins d’appréhension à vulgariser le savoir. Je grossis le trait et, pour certains chercheurs, c’est difficilement acceptable, je comprends très bien cette crainte que la simplification ne trahisse des travaux qui ont exigé des années d’étude.

« Tu mourras moins bête », c’est aussi des séries TV sur Arte. Travaillez-vous de la même façon pour le papier et les animations ?

Je m’investis beaucoup en amont des épisodes TV, mais plus la fabrication avance, moins je suis présente. Mon cursus à l’école des Gobelins et ma connaissance de la chaîne me permettent néanmoins d’anticiper le résultat final du film. Je vais aussi aux enregistrements, car voir les acteurs comme François Morel jouer, c’est super sympa ! Et puis, il y a un sujet avec la voix.

Le lecteur du livre lit la voix off puis regarde l’image, tandis qu’en animation la voix off et l’image sont simultanées. Cette différence change tout : avec le papier on peut créer un effet de surprise, un gag. Pour atteindre l’équivalent en animée, il faut de très bons comédiens. Ils enregistrent le texte sans le support de l’image et parce qu’ils savent mettre les bonnes onomatopées, on arrive à croire à la course-poursuite d’un crocodile. Ça inspire même le dessin réalisé à la suite de l’enregistrement vocal !

Depuis 2016, "Tu mourras moins bête" est diffusée en série animée sur Arte.

Pourquoi la BD a-t-elle longtemps été décriée ?

Je me le demande aussi ! D’un côté, il y a la littérature perçue comme le cerveau, de l’autre la peinture, le plaisir des yeux, mais pourquoi dès qu’on mixe les deux, on passe pour des ploucs ! Le cinéma fait aussi cela, non ? C’est sans doute l’image enfantine associée à la pratique qui inspire du mépris...

Qu’est-ce que la BD apporte par rapport à l’essai ?  

La BD propose une mise en scène au lecteur, une retranscription visuelle du sujet. Par exemple, quand Thomas Pesquet, dans l’ouvrage que je lui ai consacré, explique une entrée atmosphérique, il faut que je réinterprète la scène visuellement. Je ne veux pas que le dessin me représente en train de l’écouter béatement, ce serait rébarbatif.

Quelles sont les BD que vous lisez ?

Cette année, je fais partie du jury d’Angoulême, alors j’en lis pas mal. Personnellement, j’apprécie la SF ou les BD indé, c’est très différent de ce que je fais. Je lis quelques confrères aussi bien sûr. Mais, d’une façon générale, j’ai toujours tendance à lire en analysant le mode opératoire des auteurs, je suis toujours au travail ! Finalement, je ne me détends vraiment qu’au cinéma !

"Dans la combi de Thomas Pesquet" le grand succès de Marion Montaigne.

Propos recueillis par Virginie Duchêne-Alliot

(par Virginie DUCHENE)

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