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Nick Rodwell : « Trust but verify »

  • Il en a marre d’être le « punching ball » des tintinophiles, des tintinolâtres et autres tintinomaniaques. Nick Rodwell, timonier de « l’empire Moulinsart » qui gère le patrimoine de son épouse Fanny, légataire universelle de Georges Remi, le créateur de Tintin, va donner sa part de vérité par l’intermédiaire d’un livre qu’il est en train d'écrire et qui paraîtra en 2022. Son titre ? « Trust but Verify ».

La sentence signifie quelque chose comme « Croyez-le si vous voulez mais vérifiez quand même. » C’est une citation de Ronald Reagan qui l’empruntait à un proverbe russe énoncé par Lénine… Quelle lignée : un révolutionnaire et un conservateur ! Cette révélation, on la doit à Jérôme Dupuis, grand reporter à Paris-Match.

Sans doute dans cet opuscule, Nick Rodwell règlera-t-il ses comptes avec ses détracteurs de longue date qui le poursuivent de leur vindicte depuis qu’en 1991, avant d’épouser Fanny Remi, la seconde femme d’Hergé, il a repris en mains les affaires de Tintin. C’était il y a 30 ans...

Terminant avec rudesse les contrats de licence en cours, récupérant les droits audiovisuels, il essuya les foudres de la critique alors que sa gestion de l’univers d’Hergé, aux côtés de son épouse, ne souffre d’aucun reproche en ce qui concerne la fidélité à l’intégrité de l’œuvre, la défense du patrimoine artistique d’Hergé (quand on la compare ce qu’en ont fait les héritiers de Jacobs et même de Franquin…) et la conquête de nouveaux publics multipliant les expositions prestigieuses, créant -sur la cassette de Fanny que nous avons élue personnalité de l’année en 2011- un Musée Hergé qui constitua non seulement un geste architectural remarquable, mais aussi une belle réussite muséale. Il faut y ajouter la concrétisation d’un rêve irréalisé par Hergé : voir Tintin devenir une icône mondiale grâce à de grands réalisateurs anglophones comme Steven Spielberg et Peter Jackson.

Qui dit mieux ? Personne.

Nick Rodwell : « Trust but verify »
Benoît Mouchart, aujourd’hui directeur éditorial de Casterman BD, Benoît Peeters, biographe d’Hergé, Numa Sadoul, auteur d’un livre d’entretiens de référence avec Hergé, et Nick Rodwell en 2014. La question du jour : quel avenir pour Tintin ?

C’est évidemment la personnalité de Nick Rodwell qui détonne : fantasque, parfois brutal et incohérent, cause d’une relation en dents de scie avec Casterman, il assume ses travers avec désinvolture. Ses saillies à l’encontre des journalistes et des « tintinologues » de tout poil défraient régulièrement la chronique, et ils le lui rendent bien. Récemment, Le Figaro titrait à son propos : « L’Homme qui a confiné Tintin. ». Ambiance...

Sans aucun doute, il ne mérite pas l’indignité qu’on lui réserve. « Dans mon livre, déclare-t-il à Paris-Match, je vais expliquer comment on fait vivre un héros pendant des décennies sans la moindre nouveauté ! » Un plaidoyer pro domo en forme de bilan ? Prévu pour 2022, il répondra peut-être à cette question lancinante : après Fanny et Nick Rodwell -à qui l’on souhaite une vie longue et paisible- qui héritera de Tintin ? Trust but verify

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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36 Messages :
  • Nick Rodwell : « Trust but verify »
    18 janvier 21:39, par jacques Langlois

    D’accord sur le fond avec toi, cher Didier. Je n’ai dit pas grand-chose d’autre à Olivier Delcroix au Figaro samedi.
    Mais, fidèle à la tradition, une correction sur les dates. Nick a épousé Fanny en 1993 et pour moi, il était devenu administrateur de « l’Empire » dès 91. Cela ferait donc trente ans déjà et non vingt-cinq. En revanche c’est bien en 96 que le nom de Moulinsart s’est imposé.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 18 janvier à  22:57 :

      Cher Jacques-"le-procureur", Nous avons corrigé l’article. Merci pour ces précisions.

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  • Monsieur Rodwell étai-il déjà aux commandes lors de l’adaptation par Ellipse et Nelvana ?
    Cette série de dessins animés est atrocement réalisée. Pour la faire disparaître, une nouvelle adaptation ne serait pas du luxe !

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    • Répondu par nick rodwell le 19 janvier à  11:36 :

      Yes, I even signed the contract with many others. Each
      scenario was approved by Philippe Goddin and he did
      an amazing job. It was this Series, negotiated by Alain
      Baran that relaunched the interest in TINTIN. Sorry that
      you did not appreciate it.Will try to do better next time.

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      • Répondu le 19 janvier à  16:19 :

        À l’époque, on ne pouvait techniquement pas faire mieux en Europe. Il fallait sous-traiter en Corée… La musique du générique reste le point fort de cette adaptation. J’ai revu certains épisodes récemment, la mise en scène n’est pas à la hauteur d’Hergé.

        Depuis la fin des années 80, avec les évolutions technologiques et le niveau des techniciens de l’animation qui a progressé, il serait certainement possible de faire une bien meilleure adaptation en 2D et plus fidèle au chef-d’œuvre d’Hergé.
        Oui, je suis sûr que vous ferez mieux la prochaine fois !

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    • Répondu par Guérin le 19 janvier à  11:51 :

      C’est Alain Baran qui a signé le contrat avec Canal+ en 1989, avec l’accord de Fanny, avant son départ. A l’époque, Nick Rodwell était plutôt contre le projet.

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      • Répondu par nick rodwell le 19 janvier à  13:53 :

        Dear Guérin,
        You are telling a pack of lies ! As someone
        who met Tintin thanks to a TV animation series,
        I would have been instinctively for the Project !
        TRUST BUT VERIFY my friend....
        and I signed the Contract with other people.
        Best wishes
        Nick

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        • Répondu par Guérin le 19 janvier à  14:40 :

          Oh, I’m sorry, Mr. Rodwell. I’ve read that in books and interviewes. Ill-intentioned or ill-informed people, no doubt. We can’t trust nobody. Can’t wait to read your book. (By the way, thank you for making Spielberg’s film possible.)
          Best wishes.

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        • Répondu par Guérin le 19 janvier à  14:42 :

          P.S. : Your first comment was not yet visible when I wrote mine.

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    • Répondu le 19 janvier à  14:10 :

      cette série avait au moins l’avantage de rester aussi fidèles auer possible à l’esprit des albums, contrairement à la série B&M qui avaient osé des épisodes apocryphes et franchement mauvais

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  • Nick Rodwell : « Trust but verify »
    19 janvier 15:27, par Jacques Monard

    « Sans aucun doute, il ne mérite pas l’indignité qu’on lui réserve. »
    Parfaitement d’accord avec l’auteur de cet article ! Le "Nick-bashing" est de bon ton dans le milieu de la BD (et même dans le grand public) mais cet acharnement m’a toujours profondément énervé. Particulièrement quand on proclame à qui veut l’entendre que l’argent est sa principale - voire unique - motivation. Or, si Nick Rodwell et Fanny avaient tellement voulu se faire du pognon, il y a belle lurette qu’ils auraient autorisé la parution d’une suite à Tintin : c’était si tentant de succomber à cette tentation, de produire des ersatz de Tintin vite fait mal fait, et de vendre des millions d’albums à l’instar des ayant-droits d’un E.P. Jacobs ou d’un Jacques Martin (entre autres). La complaisance des journalistes à l’égard de ces derniers est telle qu’on feint de ne pas voir la piètre qualité des reprises de leurs séries (Blake et Mortimer, Lefranc, Alix)... C’est justement le piège qu’a réussi a éviter Nick Rodwell en préservant la qualité de l’œuvre d’Hergé contre vents et marées, tout en continuant à la rendre vivante par l’organisation d’actions d’éclat : expositions temporaires, commémoration de dates anniversaires, réalisation de documentaires TV, production de magnifiques figurines, adaptations cinématographiques, musicales ou théâtrales... sans oublier, bien entendu, la création du Musée Hergé dont le projet fut porté à bout de bras par Fanny ! Contrairement à ce que certains ont affirmé par le passé (et que l’on n’entend plus guère sur le sujet à présent), Tintin ne sera jamais relégué au rang d’une Bécassine désuète tombée dans l’oubli - loin s’en faut - et, rien que pour tout cela, je dis "chapeau et merci" à Nick Rodwell ! Bien sûr, je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il a fait ou a dit, mais comme on dit : "Dieu reconnaîtra les siens" et je gage que, sur la longueur (et à moins d’être complètement de mauvaise foi), on finira par lui reconnaître qu’il a "fait le job" et davantage encore...

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    • Répondu par Guérin le 19 janvier à  16:41 :

      Bien dit, Jacques. Il ne mérite pas non plus les propos haineux contre lui qui apparaissent tous les jours sur les réseaux sociaux (ni nous parce que nous le défendons, même si on n’est pas toujours d’accord avec lui).

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    • Répondu le 19 janvier à  22:00 :

      Tout ce que vous dites pourrait se tenir s’il n’y avait pas eu le film de Spielberg...
      On ne peut pas à la fois défendre "l’intégrité" de Tintin et ce film quand même ?! Si ce n’était pas signé Spielberg le truc aurait été descendu en flèche...

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 20 janvier à  06:23 :

        Comme dit le bon Claude de Saint-vincent, "Adapter c’est trahir". C’est un film qui a des défauts mais aussi des qualités et qui marquera l’histoire du cinéma... et de Tintin puisque c’est la plus forte introduction du héros dans le monde anglophone (et dans le reste du monde, par conséquent).
        Oui, quand on voit la qualité des reproductions (et de l’exégèse même si, là encore, il y a des critiques), en termes de gestion de patrimoine artistique, pour la BD, c’est le top.
        Pour la distribution des livres et la communication, en revanche...

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        • Répondu le 20 janvier à  09:37 :

          Puisque "traduire, c’est trahir" puisque "Traduttore, traditore" est une paranomase qui veut dire traducteur = traître, alors l’art d’adapter étant de passer d’un média à un autre, d’un art à un autre, d’un support à un autre, on peut affirmer comme ce bon Claude de Saint-Vincent qu’ "adapter, c’est trahir".
          Mais tout l’art consiste à bien trahir… Et avec les choix rigoureux de Nick Rodwell, Tintin n’a pas à se plaindre parce que c’est toujours la meilleure solution qui est choisie. L’adaptation de Spielberg est une bonne adaptation hollywoodienne.

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      • Répondu par nick rodwell le 20 janvier à  13:51 :

        Please understand that HERGE agreed to allow
        Spielberg ‘CARTE BLANCHE’. If there is one regret it
        is that the Film was neither a success in the US nor
        in Japan. In Japan, they were hoping for a $ 50 million Box Office and had $ 15 million.

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        • Répondu le 20 janvier à  14:52 :

          Peut-on comprendre que si c’était vous qui aviez eu à prendre cette décision, ( quand à l’adaptation de Tintin par Spielberg ) vous ne lui auriez pas tout à fait laissé carte blanche ?

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          • Répondu le 20 janvier à  17:02 :

            Ce que je comprends, mais je peux me tromper, c’est que Monsieur Rodwell a respecté la volonté d’Hergé. La création artistique est une chose, le succès commercial en est une autre. Parfois, les deux sont en rendez-vous , parfois non ou pas à la hauteur des attentes. Quand bien même, moi je l’aime bien cette adaptation de Steven Spielberg. C’est sa lecture et sa vision de Tintin.

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            • Répondu le 20 janvier à  17:54 :

              ...et moi je préfère cent fois le Mystère de la toison d’or de 61 ( injustement sous estimé à mon avis ) au machin de Spielberg...
              Un combat de grues...franchement...

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              • Répondu le 20 janvier à  18:21 :

                Moi aussi. Très largement.

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              • Répondu le 20 janvier à  19:27 :

                C’est une adaptation HOLLYWOODIENNE pas belge. Vous ne pouvez pas reprocher à un américain de ne pas être belge, c’est absurde. C’est une adaptation, la vision d’un autre artiste. Ce n’est pas produit et réalisé par Hergé.

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                • Répondu le 20 janvier à  20:05 :

                  C’est pas parce que c’est hollywoodien que ça doit être raté.

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                  • Répondu le 21 janvier à  06:50 :

                    Ce n’est pas à votre goût mais ce n’est pas raté.

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                • Répondu le 21 janvier à  06:57 :

                  Tout à fait mais on peut lui reprocher de n’avoir été à la hauteur ni d’Hergé, ni de Tintin ni surtout, de la ligne claire.

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                  • Répondu le 21 janvier à  08:05 :

                    Ben la ligne claire en images de synthèse avec des textures, c’était mal parti. Même si c’est surtout le scénario qui péchait.

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          • Répondu par nick rodwell le 20 janvier à  18:56 :

            This will be explained in TRUST BUT VERIFY.
            Let’s not be naive.....no Studio would finance
            a budget of $ 200 million if they felt that they
            might be blocked by LES AYANTS DROITS.
            And Spielberg would not undertake to make
            a Film if he felt that he might be blocked by the
            Studio !!! Welcome to Hollywood !

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        • Répondu par Nicolas le 21 janvier à  10:02 :

          Encore une fois, la personne qui connaissait le mieux Hergé est Fanny Rodwell ! Hergé a partagé plusieurs fois son admiration pour le travail de Spielberg, et qu’il verrait d’un bon œil une adaptation de son œuvre par ce jeune réalisateur. Il savait pertinemment qu’adapter une bande-dessinée au cinéma était un exercice périlleux, ne fut ce que par son expérience dans ce domaine (Belvision, Les oranges Bleues, …). J’imagine qu’Hergé a eu connaissance des adaptations désastreuses, comme par exemple le premier film autour de Gaston Lagaffe.
          Sur les forums et réseaux sociaux, j’ai l’impression que beaucoup pensent qu’Hergé aurait fait ceci, ou cela, dans telle ou telle circonstance.
          Je suis lecteur de Tintin, mais je n’ai pas connu Hergé. Et la seule à l’avoir connu intimement, à connaître la personne derrière l’artiste, le patron d’entreprise (car oui, Hergé lui-même était aussi un manager), c’est Fanny Rodwell.
          Elle seule sait ce qu’Hergé aurait voulu, ce qu’il aurait accepté compte tenu de l’évolution de notre monde. Et je suis certain que même si elle a confiance en Nick Rodwell, c’est elle qui toujours avalisé toutes les grandes décisions … Elle veut avant tout préserver l’œuvre et l’image de son premier mari.
          Je viens de lire des torrents de boue, des injures sans nom, à propos de Nick Rodwell sur les réseaux sociaux. Que l’on soit d’accord ou pas avec lui, c’est pathétique de déverser autant de hargne et de propos injurieux.

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          • Répondu le 21 janvier à  11:55 :

            "avant tout préserver l’œuvre et l’image de son premier mari"
            C’est précisément, selon moi, ce que le film de Spielberg ne fait pas...

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            • Répondu par Gilles Morysse le 18 mars à  11:33 :

              Le film ne respecte pas l’oeuvre d’Hergé ? Je ne pense pas que c’est possible d’imposer dans le détail ce qu’on veut voir dans le film Tintin. Si le réalisateur et le producteur avait cette close de contrat sur le dos (par exemple que Moulinsart S.A. aie le droit de publier ou pas le film, ou au minimum d’en modifier le contenu), je ne pense pas que le film se serait fait. En gros je pense que Spielberg à eu carte blanche, et le film s’est fait. Je trouve le début du film très bien, jusqu’a la bagarre a coup de porte conteneurs avec Rackham, la cela devient un peu n’importe quoi.

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  • Nick Rodwell : « Trust but verify »
    19 janvier 18:41, par Pascal Aggabi

    Une année sabbatique pour que "L’empire Tintin contre-attaque" : https://www.parismatch.com/Culture/Livres/L-empire-Tintin-contre-attaque-1720926

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  • Nick Rodwell : « Trust but verify »
    25 janvier 19:41, par Prof

    ... ses détracteurs de longue date qui le poursuivent de leur vindicte...

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  • Nick Rodwell : « Trust but verify »
    12 mai 08:13, par Hélène

    J’ai hâte de lire le livre de Nick Rodwell car je suis curieuse d’apprendre comment on gère un tel patrimoine. J’espère qu’il sera en français ?

    J’ai adoré apprendre que le film de Spielberg avait eu beaucoup de succès aux États Unis, pays où Tintin n’était pas connu. Imaginer des hordes de gamins découvrir Tintin m’a mis en joie. Indiana Jones étant un ersatz de Tintin, Spielberg était le plus à même il me semble pour mener cette belle aventure.

    Je déteste que des artistes sans intérêt puisse reprendre Tintin dans leurs œuvres (récent procès de Xavier Marabout, Peppone...). Par contre, que des fans ne puissent pas reprendre des images de Tintin dans leur fanzine où sur leur site, me choque.

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    • Répondu le 12 mai à  10:07 :

      Le film Tintin de Spielberg n’a pas été un grand succès aux États Unis, loin de là.

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      • Répondu par jbh le 12 mai à  19:34 :

        Certes. $77,591,831 aux USA.

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        • Répondu le 13 mai à  10:02 :

          Wikipedia : C’est à l’international, avec 295 000 000 $ de recettes (essentiellement en France avec 53 970 688 $, suivis par les écrans britanniques et espagnols) que le film rembourse son budget et réalise des bénéfices.

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