Romans Graphiques

Sống : le Vietnam, terre de mémoire et de transmission

Par Kelian NGUYEN le 11 janvier 2023                      Lien  
Quelles sont nos racines ? Qui sont nos ancêtres et que faisaient-ils ? La meilleure manière de le découvrir est de les questionner. C’est donc en accumulant, petit à petit, des bribes de souvenirs et de témoignages de sa mère que Hai-Anh est remontée aux sources de son identité mixte : dans le maquis vietnamien.

Ce n’est pas tant grâce à de longs entretiens que Hai-Anh a fait parler sa mère sur son passé, mais bien en additionnant, au fil des années, une multitude d’anecdotes qu’elle accumulait « comme dans une valise ». C’est après avoir récolté suffisamment de pièces du puzzle et lu Maus de Art Spiegelman que la jeune femme à la formation de cinéaste a décidé de faire de l’histoire de sa vie une BD.

L’autrice nous confie : « Quand j’ai vu le lien que Spiegelman avait avec son père, je me suis rendue compte des similitudes avec ma relation avec ma mère. Et avec toutes les histoires qu’elle m’avait déjà racontées, je savais que je pouvais et que je voulais en faire une BD. » Avant de continuer : « À l’époque je lisais énormément de BD et quand j’en ai parlé à ma mère, elle m’a répondu que jamais son histoire n’intéresserait les Français. »

Sống : le Vietnam, terre de mémoire et de transmission
Pauline Guitton (g.) et Hai-Anh (d.) présentent leur ouvrage entre cinéma et BD au forum des images
© Kelian Nguyen

Sur la Guerre du Vietnam, il existe une bibliothèque complète de documentation, mais l’histoire de Viêt Linh est plus singulière : partie dans le maquis contre les Américains, pour rencontrer son père, c’est finalement de son oncle qu’elle fut la plus proche. Avec lui, elle apprend la réalisation de films documentaires, la survie, le jardinage…

Linh se rappelle : « Ce livre débute grâce à de toutes petites choses. Par exemple, un jour j’étais dans le jardin, Hai-Anh était petite, j’ai arraché une feuille et l’ai mangée. Elle m’a évidement demandé pourquoi je faisais cela et je lui ai répondu : ‘dans le maquis on peut manger ça’. », avant de terminer sur un conseil avisé : « Méfiez-vous des enfants, ils gardent tout dans leur tête. ».

Hai-Anh et sa mère se sont fait le même tatouage
© Kelian Nguyen

La cuisine, le bruit des avions, le cinéma, la vie de femme dans le maquis… c’est toutes ces petites choses qui font le grand tout de Sống. Sans pour autant que cette BD soit une reconstitution historique, sa mission première est plutôt la transmission : celle de toutes ces petites anecdotes qui font le quotidien d’une jeune femme en pleine adolescence dans la résistance communiste vietnamienne.

C’est un projet profond, un projet familial et amical. Les liens forts entre les différentes actrices en font sa force. Outre la transmission mère / fille, l’ouvrage est porté par une transmission entre sœurs de cœur. Pauline Guitton illustre l’histoire de Hai-Anh, son amie d’enfance. Ensemble, elles sont parties vivre un an à Hô Chi Minh-Ville, avant que Hai-Anh ne s’y installe définitivement. Ses liens d’amour servent bien évidemment la plus importante des transmissions : la transmission avec le lecteur.

Dans ce premier roman graphique touchant, pas question de chanson... mais de cinéma et avant tout de vie et d’amour aux frontières d’une identité mixte.

(par Kelian NGUYEN)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9791033516958

Sống - Par Hai-Anh & Pauline Guitton - Éd. Ankama

Ankama ✍ Hai-Anh ✏️ Pauline Guitton à partir de 10 ans Autobiographie Histoire intimiste France Vietnam 🛒 Acheter 📖 Feuilleter
 
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4 Messages :
  • Graphiquement, ça a l’air très beau. Pas si fréquent chez une dessinatrice européenne adoptant une influence asiatique dans son travail. La synthèse a l’air de bien prendre.

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    • Répondu par Milles Sabords le 26 janvier à  07:48 :

      Avec un petit côté Vivès dans le style.

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      • Répondu le 28 janvier à  16:05 :

        C’est vraiment une obsession chez vous. Vivès a en effet très tôt intégré lui aussi une influence asiatique dans son dessin, même bien avant Last Man. C’est cette influence (chinoise plus que japonaise), qui est visible aussi ici, mais elle ne doit rien à Vivès.

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        • Répondu par Milles Sabords le 4 février à  15:12 :

          Dans l’une de ses interwiews, Vivès a déclaré avoir été très influencé par Gotlib, Edika, Blutch ou Corbel. De plus, aux Gobelins, il s’est formé au court-métrage, d’où ce style fluide et dépouillé. Nous sommes loin de l’Asie.

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