Un bel opus spécial Japon pour Midnight Tales T. 3

11 juin 2019 2 commentaires
  • Un tome consacré au Japon, lieu particulièrement riche en légendes et traditions propres à alimenter l'imaginaire de Midnight Tales.

Contrairement aux autres tomes où les récits étaient indépendants, chacune des histoires courtes de ce recueil est en lien avec les autres -excepté la nouvelle écrite par Isabelle Bauthian qui se déroule pendant l’ère Meiji. Ce troisième tome peut donc se lire comme un seul grand récit par épisodes de longueurs variées et réalisés par des dessinateur.ice.s et scénaristes différent.e.s.

Une figure tutélaire se dégage, celle de la Midnight Girl Makoto, qui est présente en personne ou nommément dans chacune des histoires. Ce tissage entre les histoires et la variété des angles d’approche de la thématique du Japon font de ce tome le plus réussi de la série à ce jour.

Un bel opus spécial Japon pour Midnight Tales T. 3
Le trait raffiné de The Neb Studio qui fait son entrée dans la série © The Neb Studio

Le Japon est un pays complexe et contradictoire, où tradition et modernité se conjuguent au quotidien. Sont convoqués ici les kami et les yokai, les démons japonais traditionnels, mais aussi les kaiju, ces monstres destructeurs plus récents dont Gojira (Godzilla) est l’exemple le plus connu.

C’est une société très codifiée, où la pression est forte sur chaque individu pour se conformer aux attentes et faire honneur à sa famille. C’est aussi une société résiliente, qui a fait face à des catastrophes naturelles ou humaines sans précédents, les drames nucléaires en premier lieu. C’est le point de départ et une forme de fil rouge de ce volume.

Un kaiju radioactif ravage Hiroshima © Baptiste Pagani

Voici un bref résumé des cinq histoires et de la nouvelle de ce recueil.

- Mokusatsu, dessins de Baptiste Pagani et scénario de Mathieu Bablet
Le recueil s’ouvre le 6 août 1945 à Hiroshima sur des images de désolation. Le bombardement nucléaire historique est revisité sous l’angle de l’ésotérisme, la destruction étant causée par l’invocation par les troupes américaines d’un kaiju radioactif.

© Baptiste Pagani

Cette réécriture originale est l’occasion de traiter le sacrifice des soldats japonais -et celui des sorcières de l’ordre de Minuit-, dont l’histoire a montré que nombre d’entre eux n’étaient pas volontaires pour les missions-suicides de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La question du traumatisme de guerre et de la difficulté de la réinsertion des vétérans abordée dans le dossier inter-épisode rappelle P.T.S.D., le très bon album sur le sujet de Guillaume Singelin paru en mars 2019.

Yokai et jeu de go, emblématiques du Japon © The Neb Studio

- Parasites, dessins de Thomas Rouzière et scénario de Elsa Bordier
Ce récit traite de la dépression et des Hikikomori, ces japonais qui vivent reclus, un triste phénomène propre à la société japonaise. Le titre, ambigu, pourrait s’appliquer aux esprits néfastes pourchassés par l’Ordre de Minuit comme à la façon dont sont perçues ces personnes en retrait de la société. Il est également question de la difficulté des relations mère-fille dans une société où le devoir prime sur l’individu.

- Bâton de cendre, dessins et scénario de Florent Maudoux
Florent Maudoux est au scénario et aux pinceaux de ce récit au titre funeste, construit autour du tsunami de 2011 et de la catastrophe de Fukushima. Cet épisode joue sur deux narrations, celle de quatre Midnight Girls en route pour intervenir à Fukushima, et l’histoire enchâssée de l’une d’elle et son dilemme entre se conformer aux attentes de la société japonaise et conserver son indépendance. La transition entre les récits se fait par l’alternance entre la couleur d’un côté et de l’autre le noir et blanc ponctué de touches rouge cerise pour caractériser l’héroïne Sakura.

Un dessin tout en sensualité et en non-dits © Florent Maudoux

Le récit montre les craintes des jeunes femmes, leur solidarité, mais également leur volonté d’en découdre et de ne pas se laisser imposer une conduite. Le meilleur récit du recueil par la complexité des situations et des sentiments décrits, maintenant une narration rythmée dans les deux histoires. La tension va crescendo, portée par les dessins de Florent Maudoux, aussi à l’aise pour dépeindre les situations spectaculaires que la subtilité des relations entre personnages.

Le récit de Sakura aux couleurs opportunément choisies © Florent Maudoux

- Les Sœurs de Sélène, dessins de The Neb Studio, Scénario de Mathieu Bablet
La dernière nouvelle est dessinée par le collectif the Neb Studio, composé de Morgane Schmitt Giordano, Gabriel Amalric, JAF et Diane Ranville [1] qui se répartissent ou se partagent les dessins, le scénario et les dialogues.
Leur graphisme fin et délicat crée une ambiance radicalement différente des histoires précédentes, plus sombres et violentes dès les premières images. Ce récit met en scène la mystérieuse secte ennemie de l’Ordre de Minuit, dont les motivations restent toujours floues. Le rôle de l’Ordre et sa gestion de l’équilibre entre les esprits et le monde humain est mis en question de manière intrigante, entretenant le suspense qui a été créé dès le premier volume quant aux secrets de l’organisation.

Un refuge pour les esprits, une vision qui s’oppose à l’Ordre de Minuit © The Neb Studio

Nouveau venu au Label 619, le collectif the Neb Studio a sorti en 2018 sa première bande dessinée La Valise, remarqué par notre chroniqueuse Tahani Biennat.

Enfin, Mathieu Bablet nous gratifie d’un court épilogue qui apporte une conclusion douce et touchante à ce tome.

L’un des intérêts de Midnight Tales repose sur le spectre étendu des croyances et lieux légendaires traités, mais de nombreuses références resteraient obscures pour le lecteur sans les dossiers rédigés par Claire Barbe. Des croyances traditionnelles aux tensions de la société japonaise moderne, ces articles très accessibles résument les points essentiels pour comprendre le contexte des récits et dénoncer plus explicitement certains préjudices.

(par Lise LAMARCHE)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Midnight Tales 3, par Mathieu Bablet, Elsa Bordier, Baptiste Pagani, Florent Maudoux, The Neb Studio, Isabelle Bauthian, Claire Barbe
136 pages, 13.90 €
Parution : 24/05/2019

Lire aussi sur ActuaBD :
- L’interview de Mathieu Bablet : "Tous les dessins ne plairont pas à tout le monde"
- La chronique de Midnight Tales #1
- - La chronique de Midnight Tales #2

[1Les trois premiers seulement sont intervenus sur "Les Sœurs de Sélène"

 
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2 Messages :
  • Un bel opus spécial Japon pour Midnight Tales T. 3
    13 juin 10:57, par TheNEBstudio

    Hey !

    Merci pour ce chouette article =)
    On souhaitait vous préciser que le studio the NEB est composé de 4 auteurs : Morgane Schmitt Giordano, Gabriel Amalric, JAF et Diane Ranville.
    Sur cet opus de MidnightTales seuls Morgane, Gabriel et Jaf sont impliqués ;)

    Encore merci pour cet article (et également pour celui sur "La Valise" !) <3

    A bientôt !

    theNEB studio

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    • Répondu par Lise LAMARCHE le 13 juin à  11:04 :

      Merci pour ces précisions, c’est corrigé !

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