Gaston, le gaffeur magnifique

28 février 2007 2
  • Le 28 février 1957, il y a exactement cinquante ans aujourd’hui, le gaffeur faisait son apparition dans le journal de Spirou sous le crayon d'André Franquin. C’était un jeudi et est-ce un hasard si, de 1945 à 1972, ce jour était le jour de repos des écoliers ?

Gaston est une bande dessinée exemplaire à bien des points de vue. D’abord, parce c’est un sommet graphique, son auteur étant considéré par ses pairs, Hergé le premier, comme le meilleur dessinateur de sa génération. Ensuite parce que Gaston, une bande dessinée racontant la vie (fantasmée) de la rédaction d’une revue de bande dessinée, était en même temps une réflexion sur le processus créatif, ce qui en fait une œuvre éminemment moderne.

Gaston, le gaffeur magnifique
Gaston Lagaffe : pas si gaffeur, finalement
(c) Dupuis/ Marsu-Productions

C’est aussi une bande dessinée qui reflète parfaitement son époque, ces « trente glorieuses » qui avaient vaillamment assuré le relèvement de l’Europe meurtrie par la guerre et qui offraient le plein emploi à chacun. L’Exposition Universelle de Bruxelles qui eut lieu l’année suivante promettait des lendemains qui chantent grâce au tout-atome et au tout-plastique. On avait perdu de vue qu’ils seraient plutôt irradiés que radieux… Gaston est la bande dessinée du tertiaire triomphant, gentiment contestataire, pas franchement vindicative. Mais elle révèla assez vite la névrose de cette génération, cristallisant ses angoisses dans des thèmes quasi visionnaires : les dérives absurdes de l’autorité, la guerre destructrice et aveugle, le capitalisme sans vertu, la terre souillée par ses consommateurs,… L’énergie toute enfantine de Gaston muta en « bof-attitude », cette mollesse apathique caractéristique de l’adolescence, avant de se transformer en révolte mobilisatrice pour les grandes causes.

Si chez les Existentialistes des années cinquante, l’homme accède à l’existence par ses actes, chez Gaston, il se définit par la liberté de ne rien faire. Une véritable attitude philosophique qui annonce aussi bien les théories de la croissance zéro, voire négative, comme le prônait l’économiste Sicco Mansholt, que celles du droit à la paresse et des vertus des loisirs dans la réalisation de l’être contemporain. Gaston, cette oeuvre drôle qui place le gag au rang des Beaux-Arts, induit cette réflexion dont la centralité s’affirme de jour en jour : que restera-t-il de notre liberté dans le monde de demain ?

Bon anniversaire, Gaston !

Une merveilleuse page de Gaston Lagaffe par Franquin
(c) Dupuis / Marsu-Productions

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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2 Messages :
  • Gaston, le gaffeur magnifique
    28 février 2007 18:55

    Faut arrêter de scanner la première apparition de Gaston dans l’album 0 des années 80 - dans un zèle excessif de restauration le studio Léonardo a supprimé la bouche du personnage, pensant sans doute qu’il s’agissait d’une tache. Depuis l’erreur a été corrigée

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