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Ginette Kolinka : « Je déteste la bande dessinée ! (Je rigole) » [VIDEO]

Par Didier Pasamonik (L’Agence BD) Marguerite VALIERE le 11 octobre 2023                      Lien  
Elie Wiesel avait naguère formulé cet infaillible adage : « Celui qui entend la parole d’un témoin devient à son tour un témoin… » Quand Victor Matet et Jean-David Morvan se saisissent du témoignage de Ginette Kolinka, 98 ans aux chanterelles, c’est évidemment dans l’urgence, dans la prise de conscience que les témoins disparaîtront forcément un jour, mais que leur parole doit être préservée. Celui-ci est porté par une femme exceptionnelle, dont la vitalité sidère. La vitalité, et l’humeur aussi. Quand nous l’avons rencontrée, Ginette, il ne faisait pas trop chaud. Nous l’avons trouvée enjouée, racontant des blagues, mais aussi déterminée à témoigner.

Elle sait parler, alors elle parle. Elle nous a reçue dans son petit appartement -celui que sa famille occupait avant la guerre- avec une bonne humeur communicative. Alors oui, cette bande dessinée-là. Celle de Victor… Victor Matet, journaliste à France Info, qui a réalisé plusieurs reportages sur Ginette pour la radio. Et qui s’est demandé ensuite si cela ne pouvait pas faire l’objet d’une bande dessinée. Évidemment que l’on pense à Jean-David Morvan dans ce cas-là. Ce serait pour lui un prolongement à ses autres BD sur la Seconde Guerre mondiale : Irena, Simone, Madeleine Résistante, Les Amis de Spirou… Autant d’œuvres où le travail de mémoire est important, exemplaire. Des succès de librairies aussi. J-D hésite… trois secondes, assiste à une conférence de Ginette au Mémorial face à une centaine de profs, puis l’accompagne avec un groupe d’étudiants à Auschwitz / Birkenau !

Ginette Kolinka : « Je déteste la bande dessinée ! (Je rigole) » [VIDEO]

Birkenau ! Un camp de mise à mort nazi en Pologne, près de Cracovie, où Ginette et plusieurs membres de sa famille, dont son père et son frère, sont envoyés en 1944. Elle est aujourd’hui la seule rescapée de sa famille. Depuis quelques années, elle s’y rend avec des groupes pour témoigner, arpenter ce lieu dont les baraquements s’étiraient à perte de vue, où des milliers de gens se sont retrouvés en esclavage, et des millions d’autres se faisaient assassiner, parce que, comme Ginette, ils étaient juifs.

Le fil de l’album suit son récit fidèlement, accompagnant ses pauses, ses essoufflements, illustrant d’images les souvenirs -flash-backs précis- de son passage en enfer. Il n’y a rien de traumatisant dans ces images, on peut les mettre dans les mains des jeunes gens. Les dessins de Cesc et Efa, soutenus par une mise en couleurs de Roger tout en douceur, évitent les images choquantes, sans rien éluder cependant.


Lisez l’album après avoir vu ce film. La voix de Ginette viendra s’imprimer naturellement sur votre lecture silencieuse. L’entretien se termine, sans ennui. On a un peu de scrupules à fatiguer cette vieille dame. Fatiguée ? Que nenni ! Elle nous confesse cependant qu’elle n’ira plus à Birkenau. C’est trop d’énergie, il faut qu’elle se ménage. D’où le titre de l’album. On la comprend. Et, recueillant son précieux témoignage, nous prenons conscience qu’à notre tour nous devenons témoins.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

(par Marguerite VALIERE)

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Code EAN : 9782226465269

Ginette Kolinka : Adieu Birkenau : une survivante d’Auschwitz raconte… – Par Jean-David Morvan, Victor Matet (scénario), Cesc et Efa (Dessins) et Roger (Couleurs) – Dossier documentaire final « Ginette Kolinka, itinéraire d’une survivante » par Tal Bruttmann.

Albin Michel ✍ Jean-David Morvan ✏️ Cesc ✏️ Efa 🎨 Roger à partir de 13 ans
 
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