"Jujutsu Kaisen" : Ki-oon frappe encore un grand coup dans l’univers du shonen

10 février 2020 0 commentaire
  • Nouvelle étoile montante du "Weekly Shonen Jump" depuis ses débuts en 2018, "Jujutsu Kaisen" débarque en France, aux éditions Ki-oon. Après "My Hero Academia", l’éditeur montre qu’il est définitivement armé pour jouer dans la cour des grands et rivaliser, dans le domaine des hits shonen grand public, avec les mastodontes traditionnels du créneau, les fameux trois A que sont Kana, Glénat et Pika. Car ne nous y trompons pas : Ki-oon vient de leur rafler, à leur barbe et à leur nez, ce qui devrait être la grosse nouveauté de l’année.

"Jujutsu Kaisen" : Ki-oon frappe encore un grand coup dans l'univers du shonen Ki-oon dans la cour des grands

On le sait, année après année, le Weekly Shonen Jump lance une grande partie des plus grands phénomènes manga à destination du jeune public. Et si tous ne fonctionnent pas en France au même niveau qu’au Japon, les titres d’aventure et d’action de l’hebdomadaire constituent globalement des cibles de choix pour les tenants du marché français. Mais il faut avoir des reins solides et proposer un plan de développement précis et ambitieux autour du titre pour, désormais, susciter l’adhésion des ayants-droits japonais et emporter le morceau.

Longtemps Glénat et Kana se sont reposés sur leurs lauriers – et leur assise financière (le cas de Pika étant un peu différent, puisque orienté vers l’éditeur rival de Shueisha, Kodansha, et son catalogue issu de la série des Magazine). Mais d’autres acteurs ont tenté, il y a quelques années, et avec succès, une entrée remarquée dans le domaine fermé des hits attendus : Kurokawa avec l’atypique One Punch Man et surtout Ki-oon avec l’évident My Hero Academia.

Nous vous avions présenté la stratégie ambitieuse établie par Ahmed Agne lors de l’acquisition et du lancement de My Hero Academia il y a bientôt 4 ans. Le voilà, avec Ki-oon, de retour pour quelque chose de similaire concocté à destination de Jujutsu Kaisen. Des annonces bien en amont, des dossiers de presse inventifs et bourrés de goodies, une soirée de lancement thématique, une campagne publicitaire soutenue, etc. Ki-oon a de la marge : la série est bien lancée au Japon (9 tomes), progresse de manière évidente au sein du sommaire du Jump et doit connaître une adaptation en anime cette année.

Un héros sportif et des monstres qui trainent sur les terrains d’entrainement
JUJUTSU KAISEN © 2018 by Gege Akutami / SHUEISHA Inc.

Une histoire d’exorcistes : encore ?!

Jujutsu Kaisen narre les aventures de Yuji. L’adolescent a tout pour lui : drôle, grand, athlétique, et doté d’une force herculéenne. Pourtant, au lieu de suivre la voie qui lui semble toute tracée, celle du héros sportif de son lycée (les entraineurs se l’arrachent !), le jeune homme préfère rejoindre le club de spiritisme. Pas vraiment par passion, plutôt par dévouement. Car le garçon n’a plus comme famille que son grand-père, hospitalisé, qu’il va voir quotidiennement. Il lui fallait donc un club dont les horaires étaient compatibles avec ceux de visite de l’hôpital où son grand-père vit ses derniers moments.

Mais bien évidemment son destin bascule et notre héros se découvre des aptitudes extraordinaires. Ses camarades du club d’exorcisme mettent au jour une vieille relique et en éveillent les pouvoirs néfastes. Des créatures monstrueuses font leur apparition, repoussées par un jeune exorciste que Yuji assiste. Absorbant les pouvoirs de la relique pour combattre, Yuji change de statut et intègre un monde trouble dans lequel il va devoir trouver sa place. Héros et menace à la fois – car ce n’est évidemment pas le tout venant des reliques qu’a ingéré notre héros – Yuji doit donner un sens nouveau à son existence.

Le thème de l’exorcisme – histoire des fantômes, de possessions et autres – constitue décidément l’un des sujets privilégiés du manga ces dernières années [1]. S’appuyant sur un fantastique folklorique dont les Japonais sont aussi familiers que friands, apportant un peu de noirceur et de tensions au récit, on comprend que le motif ait la cote. On pourrait craindre un effet de redondance ainsi qu’un souci au niveau de l’originalité. Mais il n’en est rien, pour différentes raisons.

Ryomen Sakuna, le démon qui cherche à prendre possession de Yuji
JUJUTSU KAISEN © 2018 by Gege Akutami / SHUEISHA Inc.

Un hit en puissance

La première chose qui frappe à la lecture du premier tome de Jujutsu Kaisen réside dans l’efficacité de son temps d’exposition. On le sait : les premiers temps d’une nouvelle série dans le Jump sont cruciaux. Il faut immédiatement attirer l’adhésion du public pour espérer survivre dans un univers très concurrentiel. Gege Akutami opère un choix assez audacieux avec un premier chapitre qui s’achève en plein cliffhanger. L’acte d’exposition dure en fait sur deux chapitres ultra efficaces qui posent le héros et le transporte dans un nouvel univers en nouant autour de lui une intrigue que l’on pressent déjà retorse, dans un univers dont on devine immédiatement la profondeur. Voilà qui est fort.

L’ambiance sombre, d’enquête dans un univers paranormal, peut évidemment évoquer un étalon du genre : le Yuyu Hakusho de Yoshihiro Togashi. D’ailleurs Gege Akutami ne s’en cache pas : le mangaka des personnages ambigus de Level E et des affrontements à base de pouvoirs complexes de Hunter X Hunter est l’une de ses références. Et ces deux facettes s’aperçoivent déjà dans Jujutsu Kaisen.

Mais le moteur narratif du manga demeure quand même calqué sur l’un des deux modèles de référence de notre période en matière de shonen nekketsu, et celui repris le plus volontiers par les jeunes auteurs depuis quinze ans : le Naruto de Masashi Kishimoto. Ainsi, très vite se trouve constitué un trio de jeunes héros d’une même promotion d’une école occulte. Un trio composé de deux garçons et d’une fille. Sous la tutelle d’un mentor protecteur mais distant, aussi puissant que mystérieux. Avec un héros qui s’empare au tout début d’un pouvoir qui ne devait pas lui revenir et qui se retrouve habité par une créature à dimension d’antagoniste qui cherche à prendre le contrôle sur lui. On le voit : le canevas de Naruto est bien présent.

De l’action, et pas qu’un peu, dès le premier chapitre
JUJUTSU KAISEN © 2018 by Gege Akutami / SHUEISHA Inc.

Mais cette structure semble reprise parce qu’elle a fait ses preuves. Elle fait l’économie de certaines fioritures (la rivalité entre les deux garçons n’est pas celle de Naruto et l’on oublie, merci bien, le caractère torturé de Sasuke) et permet de lancer efficacement une autre aventure, de nouveaux personnages, dans un nouvel univers. Sorte de rampe de lancement, elle met Jujutsu Kaisen sur les rails et lui offre la possibilité de déployer rapidement son potentiel.

Et ce potentiel a tout du hit, par lui-même. La caractérisation des personnages s’avère habile, entre jeu sur des archétypes et élaboration de véritables individualités. De fait, le trio et leur mentor se révèlent très vite très attachants. Le dessin, sombre et dynamique, sert parfaitement l’action. L’intrigue alterne ce qu’il faut d’enjeux ponctuels et de fil rouge intriguant. L’humour, enfin, ponctue la narration et s’insère dans les moments de calme mais aussi de tension.

Surtout, la mise en scène des affrontements avec les fléaux, ces créatures que combattent les exorcistes, promet déjà. Des environnements dantesques, visuellement aussi inquiétants que splendides, se déploient autour des héros, sous les yeux des spectateurs, et ouvrent la porte à nombre de surprises et de rebondissements. L’ambiance y est ténébreuse et sert une réelle dramatisation des combats.

Bien dans l’ère du temps, Jujutsu Kaisen s’affirme ainsi comme l’un des titres d’action qui devrait marquer le marché du manga en France en 2020. D’autant que la traduction de cela en anime devrait assurer à la série un surplus d’intérêt. Entre l’investissement d’un éditeur, les qualités intrinsèques et les perspectives ouvertes, tout est donc bien réuni pour qu’on assiste à l’émergence d’un joli phénomène.

La fine équipe de héros
JUJUTSU KAISEN © 2018 by Gege Akutami / SHUEISHA Inc.

(par Marc Vandermeer)

(par Aurélien Pigeat)

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Jujutsu Kaisen T.1. Auteur : Gege Akutami. Éditeur : Ki-oon. Traduction : Fedoua Lamodiere. 188 pages. Sortie : le 6 février 2020. Prix : 6,90 euros.

[1On pense notamment, dans la lignée de Bleach, à Blue Exorcist, Twin Star Exorcist, Soul Eater ou encore D. Gray-Man

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