La Vallée des Merveilles - T1 : Chasseur-Cueilleur - par Sfar - Dargaud

30 avril 2006 0
  • Et une série de plus ! Le prolifique Joann Sfar s'épanouit manifestement dans cette univers coloré, démesuré et riche en grosses bêtes, mais aussi intelligent et sensible. Du plaisir à l'état brut.

Nuit Des Câlins en a assez de manger du poisson tous les jours. Donc, Pot de Miel et son copain Grand Nez Qui Déniche partent à la chasse. C’est aussi simple que cela la vie de famille au temps de la préhistoire. Mais, à cette époque, la chasse est une aventure ; on y rencontre toutes sortes de congénères : des dragons, des dinosaures, des civilisés, un guerrier professionnel, des cultivateurs de courgettes...

Chez Joann Sfar, la science-fiction ne cherche pas à imaginer le futur mais à inventer le passé. La Vallée des Merveilles est un roman préhistorique où l’auteur ne s’encombre pas des vraisemblances historiques, ni d’une intrigue très complexe. La préhistoire de Sfar est à la fois enfantine et baroque, foisonnante et désinvolte, mais toujours emplie de poésie et d’anachronismes rigolos. Les personnages sont dotés de noms "premier degré" (Pot De Miel, Nuit des Câlins, Esprit des Ancêtres, Tigre, Grand Nez Qui Déniche, Astucieux Qui Rit) et sont à l’antipode des héros habituels de l’auteur, "plutôt compliqués, avec de fortes interrogations existentielles" [1]. Pot de Miel ne passe pas son temps à se demander le pourquoi du comment ou à s’interroger sur le sens de la vie. Il ne cultive pas la nuance, ce qui ne l’empêche pas de philosopher par-ci par-là : "un ami, c’est plus sacré que les Dieux", "un légume, ça doit pousser là où la nature l’a voulu. Sinon, c’est pas un légume biologique.", "La vie, c’est bien. La mort, c’est mal ! Si un Dieu dit le contraire, je le tue !"...

Le trait est aussi simple et facile que la vie des personnages. Les couleurs de Brigitte Findakly accentuent la chaleur et l’insouciance qui se dégage du récit. À la lecture, ou plutôt à la vision de l’instructive postface, on regrette tout de même le choix d’une mise en couleur informatique au détriment de rehauts à l’aquarelle. Dans ces quinze pages de "bonus", l’auteur révèle quelques détails techniques amusants, mais revient surtout sur le thème central du récit, l’autobiographie. Sfar ne cache pas la ressemblance des protagonistes avec sa famille et ses amis. Il écrit que faire des "carnets autobiographiques devenait comme une drogue. Les carnets c’est morbide. On essaie de sauver chaque moment de l’oubli. C’est une course contre la mort et c’est perdu d’avance. Si on arrive à décrocher c’est plutôt bien". Paradoxalement, c’est pour cette raison qu’il a mis "tout le monde à l’abri dans une histoire de fiction". Le papier d’emballage change, mais le cadeau reste le même. Tant mieux, parce que les bavardages ou les états d’âme de Sfar ne nous lassent pas. Bien au contraire...

(par Laurent Boileau)

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