"Le Petit Derrière de l’Histoire" : la fesse cachée des grands inventeurs

22 novembre 2020 2 commentaires
  • La scénariste la plus prolifique de la bande dessinée érotique livre (enfin) un projet sur lequel elle travaille depuis plus de dix ans, au scénario et au dessin. Un humour polisson, mais qui autorise cette question : une femme se cachait-elle pas derrière un grand homme ? Et celle-ci aussi : saurez-vous retrouver le "grand homme" en question ?

Dimitri Kennes en a fait son mot d’ordre : n’interdire sa maison d’édition à aucun genre. C’est pourquoi il a imaginé depuis la fondation de sa société d’ouvrir son catalogue à la publication de bandes dessinées érotiques. Une première étape était franchie dès janvier 2017 avec StarFuckers, un polar qui évoluait dans le milieu du strip-tease et qui dévoilait les formes avantageuses de son héroïne.

Le rachat d’une partie du catalogue des éditions Joker (P&T Productions)->art21688] fin 2017 marqua une seconde étape, en particulier avec "Les Blagues Coquines" de Dany repris en intégrale récemment (nous vous en reparlerons). Un positionnement renforcé par la publication dès 2018 d’Ange et Démon, une série très réussie de Mirka Andolfo qui mêle humour et érotisme.

Kennes y revient en cette fin d’année, avec la publication du premier tome du Petit Derrière de l’Histoire, un récit joliment troussé par l’experte du genre Katia Even, louvoyant habilement entre gag et intrigue au long cours, humour et érotisme de bon aloi.

"Le Petit Derrière de l'Histoire" : la fesse cachée des grands inventeursCe premier tome nous conte les pérégrinations de Marie, une jeune femme accueillante sous tous rapports, qui se retrouve catapultée aux temps préhistoriques dans le lit malodorant d’un homme des cavernes. Pas sotte, Marie comprend vite qu’elle est victime d’un mauvais tour : la voilà assimilée à un cobaye pour la machine à remonter le temps que son amant d’un soir se vantait d’avoir inventée. Comment se sortir de là ?

Bon gré mal gré, Marie tente d’adapter son nouvel environnement aux besoins de femme moderne qu’elle est : elle crée des peintures sur les murs pour s’occuper, et surtout fait du feu pour éviter de mourir gelée. Une fois la déco de la grotte refaite et le feu maitrisé, Marie repart aussitôt dans les couloirs du Temps. Destination :
le lit des grands inventeurs ! En effet, Marie se rend progressivement compte qu’elle quitte une période temporelle dès qu’elle pu instiguer dans l’esprit de ces grands hommes une invention qui va modifier le cours de l’humanité. Mais pourquoi atterrit-elle au moment le plus intime ?...

« Cet album vous propose de redécouvrir ces grands inventeurs sous un angle coquin, plus ironique qu’historique, explique Katia Even, Car derrière [ces hommes], il y a souvent une femme. Une maîtresse qui inspire, une muse, une femme qui motive, parfois aussi une femme dont on vole l’idée. Bref, une femme. »

« En partant de cet adage connu, Marie va se retrouver à faire des cabrioles avec Johannes, Benjamin, James... des hommes qui ne vous évoquent peut-être rien tant que leur nom de famille n’est pas dévoilé. Voilà donc un album pour voyager sans avoir à faire ses valises, mais avec un bagage obligatoire ! »


De bagage culturel, il en faut un effectivement, car l’autrice ne dévoile pas directement l’inventeur que l’on visite. Parfois un prénom, ou un nom glissé en fin de période historique, mais pas obligatoirement ! La dessinatrice et scénariste du Petit Derrière de l’Histoire construit donc un jeu avec le lecteur : saura-t-il deviner de quel grand homme elle parle grâce aux indices qu’elle sème ? Un jeu d’ailleurs pas si innocent que cela, car avec cette héroïne aux mœurs élastiques, Katia Even explique surtout que si l’on a souvent retenu les noms des inventeurs, c’est en oubliant celui d’une femme qui a sans doute participé à ces grandes découvertes.

C’est sur ce pitch que Katia Even lance début 2019 sur une campagne de financement sur Ulule, un pari gagnant car plus de trois fois la mise requise fut réunie. L’autrice explique d’ailleurs en détail la genèse de ce projet sur lequel elle travaillait depuis dix ans, ainsi que son partenariat avec la colorise Marina Duclos.

Une partie de l’explication du projet pour la campagne d’Ulele

L’album une fois publié via les Éditions du Chat et envoyé aux contributeurs d’Ulule, c’est Kennes Editions qui a été choisi pour l’édition grand public, avec une couverture un peu différente, mais dont l’esprit reste le même : un récit bien rythmé avec globalement un gag par invention et période historique, un dessin attractif et grand public auréolé des couleurs de Marina Duclos.

En définitive, sans parler d’une révolution, ce premier album est assez agréable. On rit, on s’instruit et on réfléchit tout en suivant les courbes d’une héroïne bien dans sa peau, ce qui change avantageusement des clichés du genre. Un récit qui ne s’intéresse pas seulement au passé, car il prédit aussi l’avenir : le second tome est déjà annoncé ! Les "grands hommes" n’ont qu’à bien se tenir, Marie va révéler leurs secrets sans complexe !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

 
Participez à la discussion
2 Messages :
  • Si j’ai bien compris : un album où des hommes volent des idées à des femmes, dessiné par une femme au style trèèès inspiré par Arthur de Pins. (J’ai d’abord cru que l’article lui était consacré à voir les images.) Amusante mise en abyme qui montre que le genre n’entre pas en compte dans la pratique du larcin.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Katia Even le 24 novembre à  22:01 :

      Savez-vous que le style SD vient du manga ?
      En gros, le SD, ou Chibi, a été inventé avant même qu’Arthur et moi ne venions au monde. Bref.
      Quand aux inventions, avant de crier aux feminazis, car c’est votre propos, lisez un peu l’histoire dans cet album. Au moins les femmes se renseignent avant de parler, elles.

      Répondre à ce message