Livre-Paris 2019 : Résister sous l’Occupation

12 mars 2019 0 commentaire
  • Notre génération n’a pas connu d’occupation depuis près de 80 ans. Mais que ferions-nous si cela devait advenir demain ? Quelles sont les conditions pour prendre les armes ? Tout le monde a-t-il l'âme d'un résistant ? Quand commence la soumission puis la collaboration ?

Toutes ces questions seront au coeur du débat "Résister sous l’occupation" lors du salon Livre-Paris 2019.

Pour en parler, sera présent Émile Bravo, qui a abordé le sujet avec brio dans l’excellente première partie de "Spirou, l’espoir malgré tout" chez Dupuis. Il y décrit avec subtilité tous les ressorts de l’engagement, d’une résistance qui transcende les patriotismes pour défendre les formes les plis élémentaires de l’humanisme. Un antidote puissant face aux périls qui repointent du museau ces temps-ci, en Europe comme aux Amériques.

Livre-Paris 2019 : Résister sous l'Occupation
Emile Bravo en octobre 2018.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
© Belin

À ses côtés se tiendra Henry Rousso, historien de renom auteur de "Face au Passé. Essais sur la mémoire contemporaine" chez Belin, il est notamment célèbre pour avoir défini la notions de négationisme, soit le déni d’évènements historiques prouvés comme la Shoah, ainsi que celle de résistancialisme, qui désigne le mythe selon lequel la France, toute la France, avait été résistante.

Henri Rousso
Photo DR

Ils pourront échanger avec Vincent Dugomier et Benoit Ers, les auteurs des Enfants de la Résistance, dont le cinquième tome est paru en janvier dernier chez Le Lombard.

Nous avons pu nous entretenir avec Dugomier, le scénariste de la série devenue un outil pédagogique pour des enseignants : "Depuis le lancement des Enfants de la Résistance, Benoît Ers et moi voulions qu’elle ait une portée mémorielle axée sur la transmission, qu’elle explique aux enfants ce qui s’est passé en Europe il y a 75 ans, et les faire réfléchir sur le monde d’aujourd’hui. Dans le même temps, je voulais initier les discussions au sein des familles, car j’en ai bénéficié et je me suis basé sur beaucoup d’anecdotes familiales pour écrire le premier tome de la série. Un pari qui me semble réussi lorsque j’entends le public transgénérationnel qui vient ensemble aux séances de dédicaces."

Spirou, l’espoir malgré tout
© Dupuis / Dessin : Émile Bravo
Les Enfants de la Résistance T. 5
© Le Lombard

"En rédigeant mes scénarios, continue le scénariste, Je me suis rendu compte que je ne pourrais pas placer tous les éléments didactiques au sein des péripéties vécues par nos personnages, sauf à prendre le risque de sacrifier le rythme, la lisibilité voire même le plaisir de lecture. Dans le même temps, nous refusions d’abandonner les enfants face à des sujets trop complexes et pas entièrement bouclés : les dossiers en fin de récit se sont donc imposés comme une évidence ! Nous voulions surtout que la série puisse être lue par tous les membres de la famille. Même si nous n’avions pas la prétention de concevoir un outil scolaire, beaucoup d’enseignants s’en sont emparés à notre grande surprise."

Vincent Dugomier, scénariste des Enfants de la Résistance, et Sylvie Dujardin, qui a utilisé cette série comme outil pédagogique avec ses élèves.
Photo : Charles-Louis Detournay.

"Sylvie Dujardin, institutrice en 5e et 6e primaire (l’équivalent des CM2 et Sixième en France) de l’école de Blaregnies, dans l’entité de Quévy, juste à la frontière franco-belge témoigne : "De mon côté, je voulais traiter du regard des enfants sur la Résistance dans notre village pendant la guerre 1940-45, travailler avec le cercle historique de notre entité. J’avais trouvé des documents sur des Résistants, et fait des liens avec des habitants encore vivants qui avaient vécu cette époque. Pour aborder ce sujet, j’ai cherché un ouvrage qui permettait à mes élèves d’appréhender ce sujet et c’est ainsi que je suis tombé sur la série des Enfants de la Résistance, qui correspondait exactement à ce que je recherchais : le fait qu’il s’agisse d’une bande dessinée permet de s’adresser à tous les enfants, qu’ils soient lecteurs assidus ou non. La présence du dossier pédagogique nous a permis de travailler la période historique en parallèle aux histoires. Puis, nous avons pu travailler le sujet avec l’outil pédagogique réalisée par le magazine La Classe.

Par la suite, j’ai contacté Vincent Dugomier, qui est d’ailleurs venu deux fois en classe pour expliquer le contexte aux enfants. La bande dessinée a également permis aux enfants de faire la part des choses, en dépassant le préjugé du "Boche" pour se rendre compte qu’il avait des personnes plus gentilles et méchantes que les autres, que cela soit dans un camp ou l’autre. Et cela a été confirmé par les témoignages locaux que nous avons recueillis."

"Nous avons ensuite réalisé une pièce de théâtre avec les élèves, explique l’institutrice, En nous basant sur le récit de la bande dessinée, mais en les complémentant par des témoignages des habitants de notre village. Grâce à la bande dessinée, qui est finalement un petit théâtre avec ses dialogues, ses décors et ses bruits, nous avons pu recréer de nouveaux liens au travers du village : les enfants de l’époque, devenus les personnages âgées d’aujourd’hui, ont été rencontrées pour mieux saisir l’atmosphère du village et sont venus voir le spectacle de théâtre réalisés par nos élèves.

Comme la pièce jouées par les élèves était basée sur leur témoignage, on entendait dans le public les réactions des témoins émus : "C’est mon histoire...". Cela a généré un nouveau dialogue entre les générations, même dans les familles, car les élèves ont posé de nouvelles questions aux personnes âgées, comprenant de mieux en mieux ce dont ils avaient été témoins : "- Est-ce que vous écoutiez de la musique, et regardiez à la télé ?" ... "- Non, car il y avait le couvre-feu, et puis des télévisions, on en avait pas..." Etc."

Les Enfants de la Résistance
© Le Lombard / Dessin : Benoit Ers

"Nous sommes devenus parrains et marraines de tombes des résistants et résistantes du village que nous allons entretenir régulièrement avec les élèves. En tant que passeurs de mémoire , nous avons donc entrepris toute une série de recherches, et nous avons retrouvé un aviateur américain qui avait été caché dans notre village, comme cela est expliqué dans la bande dessinée. Grâce à Internet, nous l’avons localisé en Floride et, via sa petite fille, nous avons fait l’interview de ce ancien-soldat qui a maintenant 97 ans. Il nous a notamment expliqué comment il avait survécu grâce aux résistants de notre village. Tout cela grâce à cette bande dessinée !"

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

(par Vincent SAVI)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Salon du Livre de Paris - 15 au 18 mars 2019 - Porte de Versailles.

Le débat "Résister en temps de guerre" modéré par Thierry Lemaire aura lieu vendredi 15 mars 2019 de 15h00 à 16h00 sur la scène BD-Comics-Manga.

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A propos d’Ers & Dugomier, lire également :

Nos articles concernant la série des Enfants de la Résistance :
- tome 1 : Premières actions
- tome 2 : Premières répressions
- tome 3 : Les Deux Géants

A propos de Spirou, de la guerre et d’Émile Bravo :

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