Mattéo : la balade de Gibrat

9 janvier 2014 0 Actualité par Morgan Di Salvia
  • Trop souvent catalogué auteur de "beaux dessins", Jean-Pierre Gibrat prouve avec Mattéo, une saga familiale croisant les révolutions du vingtième siècle, qu'il est également un raconteur d'histoire de grand talent.

Mattéo, pacifiste et fils d’anarchiste, une trogne et un idéal, celui d’une société plus juste, plus solidaire. Elevé à gauche au début du vingtième siècle, le jeune homme a tâté de toutes les révolutions de son temps. Celle de Russie l’a contraint à déserter et aller casser des cailloux à Cayenne, le temps d’une génération ; car entre les volumes 2 et 3 de la saga déployée par Jean-Pierre Gibrat quinze années se sont écoulées. En France, le Front Populaire de Léon Blum incarne le changement, distille l’espoir et initie les congés payés : une révolution. Une de plus pour Mattéo et quelques compagnes et compagnons de route, qui décident de prendre leur quinzaine à Collioure, à un jet de pierre de l’Espagne, où les derniers échos semblent annoncer une guerre civile. Pris entre des révélations sur son passé et l’envie de participer au changement en marche, Mattéo se retrouve bien vite à la croisée des chemins.

Mattéo : la balade de Gibrat
Un extrait de "Mattéo" T3
© Gibrat - Futuropolis

Il est attachant ce Mattéo. Un peu couillon, et tributaire de ses déboires amoureux. On ne sait pas vraiment à quel point il ressemble à son créateur, mais si on relit l’entretien que Gibrat nous avait accordé il y a trois ans, on se dit que la parenté de pensée est évidente. Depuis « Le Sursis », classique instantané des années 1990 et album de la résurrection, Gibrat s’est installé avec un plaisir et un talent manifeste dans les drames romantiques avec les guerres en toile de fond. On pourrait croire à une routine, mais de tout évidence, « Mattéo » lui permet d’élargir son propos. Car en 1936, plus encore qu’en 1968, « tout était possible, même le meilleur ». Pour figurer ces multiples aspirations, Gibrat campe des personnages de gauche contrastés : Paulin, le coco pur et dur, Augustin, l’intello socialo, Amélie, l’infirmière idéaliste. Puis en face, des bourgeois tantôt veules, tantôt sans scrupule.

Dans les tranchées, en Russie, ou en congés payés, il y a un mot qui revient en filigrane de la vie de Mattéo : l’espoir. Que raconte Gibrat sans complaisance et avec finesse.

(par Morgan Di Salvia)

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Mattéo T3 – Par Jean-Pierre Gibrat – Futuropolis

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A propos de Jean-Pierre Gibrat, sur ActuaBD :

>« Beaucoup de mouvances d’extrême gauche ont soutenu les Bolcheviks en pensant qu’ils partageraient le pouvoir. » (Entretien en novembre 2010)

> « On peut prendre position en décrivant des personnages ! » (Entretien en octobre 2008)

> Les Années Goudard

> Les Gens Honnêtes T1

> Mattéo T2

> Le Vol du Corbeau T1, T2