Elie Semoun : « L’Instit Latouche est un personnage qui aurait pu être dans “Les Petites Annonces” ! »

5 février 2020 2 commentaires
  • Rares sont les adaptations cinématographiques de la BD franco-belge à parvenir jusqu'à un troisième opus. Outre Astérix, on compte dorénavant le Ducobu 3, qui se place aux antipodes de son fameux 0/10. Analyse avec les auteurs, acteurs, réalisateur et producteur de ce long métrage qui sort ce mercredi 5 février.

Ils étaient près d’une dizaine d’acteurs et d’intervenants du film Ducobu 3 à avoir investi le stand du Lombard sur le FIBD d’Angoulême ce dimanche. Il faut dire que le casting était attendu, à commencer par Elie Semoun qui incarne le fameux Instit’ Latouche, car le festival accueillait pas moins de deux avants-premières en quatre jours.

Ne pouvant tendre nos micros à tant d’invités, nous avons réalisé une interview collective d’Elie Semoun, acteur mais également réalisateur de ce troisième opus, à son producteur Romain Rojtman ainsi qu’aux créateurs de la bande dessinée, le dessinateur Godi et le scénariste Zidrou.

Elie Semoun : « L'Instit Latouche est un personnage qui aurait pu être dans “Les Petites Annonces” ! »
Elie Semoun et Zidrou se prêtant au jeu de l’interview croisée

Alors Monsieur Latouche, histoire de nous mettre dans le bain : combien font six fois sept ?

Elie Semoun : 42 !

Magnifique, vous n’est pas tombé dans le piège ! Plus sérieusement, comment vous êtes-vous tous répartis l’écriture de ce troisième film ?

Elie Semoun : J’ai laissé Godi et Zidrou continuer à se focaliser sur la bande dessinée ! Pour ma part, je me suis associé à Marc de Chauveron et Guy Laurent qui avaient déjà écrit les deux premiers films de Ducobu, ainsi que Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?.

L’écriture a elle-même débuté sur les chapeaux de roues : j’ai directement trouvé les idées générales avec le producteur Romain Rojtman, avec nous aujourd’hui. C’est d’ailleurs dans sa cuisine qu’on a imaginé ce film plus musical. Romain a retrouvé ses toutes premières notes, qui restent finalement assez proches du rendu final.

Il vous fallait pourtant vous assurer le concours de quelques partenaires.

Elie Semoun : Oui, j’ai dit à Romain que si TF1 était d’accord pour se lancer dans l’aventure, on pouvait foncer. Et dès que la chaîne a donné son accord sur le principe, on est partis comme sur des fusées ! On a écrit assez rapidement, et tout s’est finalement passé si vite que j’ai l’impression que le film est né il y a trois semaines.

Le producteur Romain Rojtman et le dessinateur Godi.

À travailler dans l’urgence, vous auriez pu vous casser la gueule !

Elie Semoun : On a pu aller vite parce qu’on connaît bien l’univers de Ducobu, donc c’était plus facile : les personnages sont bien existants, le cadre défini… On a laissé libre cours à notre imagination pour le reste. Tout s’est fait avec une grande énergie.

N’est-il pas compliqué d’adapter une bande dessinée comme Ducobu ?

Elie Semoun : Non car nous nous appuyons sur une base importante : les personnages. Pour le reste, on ne s’est pas du tout inspiré des albums. À part pour les stratagèmes de triche !

Romain Rojtman : Les albums du Ducobu sont effectivement formées d’un gag par page. Et quand on adapte Ducobu, on doit inventer une histoire qui tient la route pendant une heure et demie, ce qui représente un vrai travail de scénariste de cinéma. Ce qui nous intéresse, ce sont les personnages.

Zidrou : On ne le dira jamais assez, mais la clef de toute histoire, tout film, toute bande dessinée, tient dans les personnages.

Elie Semoun : On a eu besoin des BDs que pour trouver des idées de triche, mais une fois qu’on a les personnages, on a imaginé tout ce qu’on voulait autour.

Romain Rojtman : Et puis, ce qui est génial, c’est qu’il y a maintenant des personnages créés dans le premier film qui ont rejoint la BD. Donc, le film se sert de la BD, mais la BD se sert aussi du film !

Complicité entre Elie Semoun et Leeloo Eyme incarnant Léonie Gratin.

Dans la façon d’écrire, vous avez donc tenté de suivre la bande dessinée dans son ton ?

Elie Semoun : Bien sûr ! La bande dessinée est burlesque, mais dotée également de beaucoup de poésie... Comme le film ! Et puis, de deux côtés, il y a un gag toutes les minutes.

Romain Rojtman : Elie a entièrement raison : nous avons voulu suivre le rythme de la bande dessinée, pour que cela ne retombe jamais. On rentre dans le film, on est dedans pendant une heure et demie, puis on redescend à la fin.

Elie Semoun : Nous avons traqué toute possibilité de ventre mou, pour retirer ces temps morts. Il faut pas laisser les enfants respirer, les tenir en haleine du début à la fin.

Et cette fois-ci encore, c’est un nouveau casting, avec de nouveaux Ducobu et Léonie Gratin !

Elie Semoun : Je ne les avais pas choisis dans les deux premiers films. Cette fois, j’ai fait un casting très serré, très précis. Dans un film, le moteur, le véhicule le plus important, ce sont les acteurs. Si on a un bon scénario avec des mauvais acteurs, c’est compliqué.

Là, ils ont porté l’histoire, et je les ai aidés. Je les ai coachés. J’ai été très vigilant sur leur jeu d’acteur. Une scène par exemple a totalement disparu parce qu’ils n’étaient pas au top : une confrontation entre TGV [1] et Ducobu. Et on l’a enlevée : on a été impitoyables pour éviter tout relâchement dans le film.

Les deux acteurs incarnant TGV et Ducobu à l’écran.

M Semoun, vous rempilez donc, à nouveau, pour le rôle de L’Instit Latouche ? Au point de réaliser ce troisième film ?

Elie Semoun : Oui, c’est une chance, pour un comédien, de rencontrer un personnage. Bien sûr, je suis vachement attaché à Latouche, car cet instit’ aurait pu se retrouver dans Les Petites Annonces, au sein de mes propres spectacles ! Je me le suis approprié. Évidemment, j’ai respecté les créateurs, mais je l’ai également un peu mis à ma sauce. Je l’ai rendu lâche, castré par sa mère, ridicule devant Mademoiselle Râteau, autoritaire devant les enfants où il retrouve un peu sa virilité… Mais finalement, il est un enfant parmi les autres. Pour moi, Latouche est un ancien cancre !

On s’éloigne donc parfois un peu de la bande dessinée ?

Zidrou : Dans la bande dessinée, c’est un peu différent, bien sûr. Mais pensez à cette scène du film où il dit : “Maman, je suis un homme !” Et la façon dont il le dit… Voilà ce qu’Elie a apporté à ce personnage : cette espèce de lâcheté, et une texture complémentaire.

Elie Semoun : Je me souviens que pour le premier film de Ducobu, j’avais engagé des coachs. On avait creusé l’histoire de Latouche, et ils m’avaient demandé : “Qui est Latouche selon toi ? Qui est sa famille ? Qu’est-ce qu’il a vécu dans sa enfance ? Son père a-t-il de l’importance à ses yeux ? Comment le vois-tu lorsqu’il était quand il était petit…” Tout ce qui m’a vachement aidé, et qui apporte maintenant l’épaisseur nécessaire au personnage pour les spectateurs y croient.

Elie Semoun

Pourquoi avoir choisi de tourner en Belgique ?

Elie Semoun : En hommage, on ne pouvait pas le tourner ailleurs !

Zidrou : Bien sûr !

Godi : Et puis, l’école du tournage témoigne parfaitement de cet univers : elle est vraiment dans cet état-là. Même moi, j’étais étonné : j’étais en train de dessiner, et je me suis dit, je dois rajouter des vitres cassées, des petits éléments de décors parfois décrépis.

Romain Rojtman : Il n’y en a plus beaucoup, des écoles comme ça. Quand on faisait des repérages, on en a vu beaucoup d’autres où tout était blanc, avec des tableaux à feutres et plus de craies ! Les écoles des années 1970, assez modernes, sont impossibles à filmer !

Le producteur Romain Rojtman et le dessinateur Godi.

Et cette idée d’incorporer des chansons dans le film, d’inclure de la musique… D’où vient-elle ?

Elie Semoun : On s’est dit qu’il fallait trouver une situation d’urgence pour générer ce rythme au film. Et l’idée était que Saint-Potache tombait en ruine. Comment peut-on sauver l’école ? On s’est alors inspirés de ces émissions de télé-crochets, pour en inventer une autre, appelée le Mini-conservatoire, à laquelle on peut gagner une bourse pour sauver son école. Et voilà ! ça nous a semblé logique. Et puis, ça nous a permis de placer les musiques qu’on aime. Pour ma part, Cool and the Gang représente ma génération.

De g. à d. : Godi, Elie Semoun et Leeloo Eyme incarnant Léonie Gratin (en pleine séance photo).

Godi, Zidrou, vous n’avez pas eu d’appréhension en laissant une telle carte blanche à Elie ?

Zidrou : Bien sûr que non ! On laisse le champ libre à une incarnation parfaite de Latouche. C’est sa classe, ses élèves, on va pas intervenir toutes les cinq minutes pour regarder au-dessus de son épaule ! Surtout quand on les voit trimer comme des bêtes sur le tournage…

Romain Rojtman : Adapter, c’est trahir ! Pour les scénaristes du film eux-mêmes Pouvoir abandonner la bande dessinée est important, de ne pas y être trop collés.

Zidrou : C’est pour ça que je n’ai pas scénarisé les adaptations de Ducobu, même le spin-off BD qui se focalise sur Latouche !

Romain Rojtman : Des adaptations très fidèles ne font pas forcément des bons films… Il fallait trahir, tout en restant fidèle à l’esprit des albums.

Elie Semoun : C’est pour ça que je ne me suis pas inspiré de la bande dessinée pour écrire. Même si j’adore les albums ! Je les ai certes un peu relu, mais encore une fois surtout pour les triches.

De g. à d. : Elie Semoun, Godi et Zidrou.

Cela a l’air compliqué d’imaginer des stratagèmes de triche ?

Elie Semoun : Oh oui ! On s’est creusés la tête.

Zidrou : Pour moi aussi ! Parfois, je trouve une idée, puis j’appelle Godi, et il me sape le moral en m’expliquant qu’on l’a déjà faite, celle-là ! Pourtant les gamins en redemandent…

Elie Semoun : De mon côté, j’ai demandé autour de moi, pour savoir comment mes copains et copines trichaient lorsqu’ils étaient en cours. Une ami m’a donné l’idée de "Grugex", ces mouchoirs en papiers sur laquelle on écrit les réponses ! Elle l’a testé... et s’était d’ailleurs faite avoir, exactement comme dans le film ! Elle avait un rhume, elle s’est mouchée, et toute l’encre s’est imprimée sur son visage…

Zidrou : Du coup, on a embauché un staff de 45 scénaristes pour trouver des moyens de tricher (rires).

De nouveaux stratagèmes ? Vous pensez déjà à un quatrième film ?

Elie Semoun : On vous confirme ça à la fin des vacances scolaires (rires) ! Si le film marche… Réponse dans un mois !

Romain Rojtman : En tout cas, je pense que c’est le meilleur des trois ! On en est très fiers : c’est un beau bébé.

Propos recueillis par Pierre Garrigues & Charles-Louis Detournay.
Photos : Cédric Munsch.

(par Charles-Louis Detournay)

(par Pierre GARRIGUES)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Ducobu 3, un film de et avec Elie Semoun, produit par Romain Rojtman, et inspiré des bandes dessinées de Zidrou & Godi aux Editions du Lombard.

Sortie en salle : mercredi 5 février.

Notre chronique du film.

[1TGV est un autre enfant qui défie Ducobu à la triche.

 
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