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Franquin en famille

Par Yves FREMION le 21 octobre 2022                      Lien  
Il n’était pas commun au siècle précédent de fouiner dans la vie privée des dessinateurs, qui, pour la plupart, avaient sur ces questions une posture pudique en harmonie avec un métier qui n’est ni de parole, ni d’écriture.

André Franquin était marié et père de famille. Madame Franquin ne le quittait guère, silhouette familière à ses familiers. Grâce à Isabelle, leur fille, vient de paraître à petit tirage aux Éditions CFC, un petit livre de 128 pages qui recueille ce qu’elle a pu retrouver des dessins privés de son père, destinés à sa famille : anniversaires, fêtes, Saint-Valentin et autres étaient l’occasion de futurs cadeaux présentés sous forme de « Bon pour… ». Il réalisait aussi les invitations de sa petite fille pour sa maman.

Franquin en famille

Ce qui, chez un autre, resterait de l’ordre de l’anecdote, prend chez Franquin une dimension différente. Chaque fois il y a un gag qu’il aurait pu réutiliser « pour de bon » dans un Spirou ou ailleurs. Parfois même du niveau du Trombone illustré. Puis il y a son dessin dont la virtuosité fascine autant que dans ses BD ‒ comme le faisait le moindre de ses cabochons dans son journal préféré.

Dans l’intimité, le couple Franquin s’appelait Ramonet et Ramonette - ne me demandez pas pourquoi - mais ces mots doux d’après-guerre montrent avant tout la solidité de leur union. On entre ainsi dans l’intimité d’un couple amoureux et de leur enfant unique et chérie. Ce pourrait être indiscret si le talent ne venait prendre la première place.

Ces images étaient naturellement inconnues et leur public se limitait jusque là à deux personnes. La publication d’Isabelle Franquin fait penser à ces trésors qu’on exhume d’un grenier, d’une malle ou d’une archive enfouie (comme c’est arrivé récemment pour Céline, Raymond Roussel ou les Incohérents).

Oui, elle a eu raison de livrer à ses fans ces petits bijoux crobardés par un géant. Un géant si malmené aujourd’hui par ceux qui croient avoir mis la main sur ses personnages et voudraient les livrer à des plagiaires. À ceux qui veulent transformer Franquin en pompe à fric, sa fille rappelle que son père était une pompe à tendresse, à générosité, à amour, dont le travail témoigne à chaque case. Cette claque vaut tous les procès du monde.

(par Yves FREMION)

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Code EAN : 9782875720818

Bon pour…, dessins de famille - Par Franquin - Éditions CFC - 17,5 x 21,5 cm - 128 pages couleurs - couverture cartonnée - parution le 21 octobre 2022 - 21 €.

Originaux exposés du 12 novembre jusqu’à la fin de l’année à la Maison CFC, 14 place des Martyrs, à Bruxelles.

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9 Messages :
  • Franquin en famille
    22 octobre 16:15, par Richard (Teljem)

    La plupart de ces dessins étaient déjà dans le Et Franquin créa la gaffe de Numa Sadoul, mais il restait donc quelques inédits.

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 22 octobre à  19:03 :

      Isabelle Franquin le précise dans sa préface : le livre de Numa Sadoul rassemble 12 de ces dessins. Ce nouveau volume en compte presque 60.

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  • Franquin en famille
    22 octobre 18:31, par grif

    J’aime beaucoup l’oeuvre de Franquin, mais de là a publier des dessins de sa vie personnelle, cela me pose question. Ne peut-on pas accepter qu’un auteur, aussi bon soit-il puisse conserver son intimité au lieu de la voir exhibée au grand jour et exposer ses oeuvres à encore plus de spéculations ?

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 22 octobre à  19:09 :

      La question mérite d’être posée. Isabelle Franquin y a pensé et y répond dans sa préface. Douze de ces dessins avaient été publiés dans le livre d’entretiens de Numa Sadoul en 1986, donc du vivant de Franquin. Ces dessins permettent surtout de contempler le talent de Franquin sur plusieurs décennies et quel que soit l’outil (stylo, Rotring, plume, pinceau, crayon), d’apprécier sa personnalité et de souligner son imagination.

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      • Répondu le 22 octobre à  19:46 :

        On a bien publié les chansons que John Lennon fredonnait dans sa salle de bain ou aux toilettes… sans parler de Joan Sfar qui, de son vivant, publie ses carnets intimes, gribouillages au téléphone et listes de courses de chez Leclerc.

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        • Répondu par Tsss le 23 octobre à  13:29 :

          et listes de courses de chez Leclerc.

          Non, chez Fauchon ou au Bon Marché rive gauche, c’est Sfar quand même !

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          • Répondu le 24 octobre à  17:39 :

            Qu’est-ce que viennent faire des commentaires sur Sfar sous un article consacré à Franquin ?
            Il n’y a aucun lien entre l’œuvre de ces deux auteurs. Ils sont même aux antipodes.

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      • Répondu par Robert le 22 octobre à  20:01 :

        Talent et imagination, c’est exactement ça. Certains dessins sont de véritables petits chefs-d’œuvre et une certaine forme de narration est souvent présente.

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  • Franquin en famille
    31 octobre 10:52, par JF.

    C’est un piètre travail éditorial. On s’en rend compte dès le dessin de couverture qui est flou et pixelisé !

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