YVES FRÉMION - Au quai Boumeurre (épisode 6) : La fête du Petit-miquet qui n’a pas peur des gros

8 décembre 2020 1 TRIBUNE LIBRE A... par Yves FREMION
  • (Flow de rap) : "Au quai Boumeurre - Où je demeure - Mes souvenirs s’y pressent - Comme pécheresse - À confesse - Ou à la messe... " À l’époque, la Fête de l’Humanité (le journal) était un événement majeur à la fois politique et culturel. Son succès était colossal. Donc, tout naturellement les quelques pages ronéopourries de mon fanzine se donnaient pour but de rivaliser avec l’organe du Parti Communiste ! L’idée de faire à notre tour une Fête du PMQNQAPPDG me traversa.

Immédiatement, n’ayant aucunement l’intention de me casser la tête à une telle organisation (faut des militants pour ça), j’eus l’idée de l’organiser à la même date et (surtout) au même endroit que celle de L’Huma. À savoir donc, à La Courneuve. Les visiteurs n’y verraient que du feu et passeraient allègrement d’une fête à l’autre. De plus, L’Huma fournissait à tous ses stands boissons, bouffe et tous ses services (chiottes, infirmerie, concerts, librairie, etc.) Parfait. N’y avait plus qu’à faire et prévenir. En même temps, pour les fans du PMQNQAPPDG, ils seraient prévenus. Pour les fans de L’Huma, autant leur faire la surprise, non ?

Nous étions en 1976. À la dernière minute, l’organe léniniste s’y étant opposé par crainte d’une captation de ses lecteurs au profit d’un fanzine, j’organisai ma fête dans une maison des jeunes de Soisy-sous-Montmorency. Pouquoi là ? Ce fut en effet avec la complicité de mes amis du fanzine Falatoff, qui allait devenir les éditions Artefact, et qui était installé dans cette banlieue.

YVES FRÉMION - Au quai Boumeurre (épisode 6) : La fête du Petit-miquet qui n'a pas peur des gros
Beau crobard de Manryka issu du Best of le PMQNAPPDG tome 1.
© Mandryka / PMQNAPPDG

Ils avaient insisté pour que je renonce à La Courneuve, pour une autre raison. Ils venaient en effet de publier le recueil de l’intégrale du PMQNAPPDG (tome 1), soit les 8 premiers numéros, ceux avant l’introduction de la couleur. Nikita Mandryka m’avait filé une poignée de crobards, superbes, inédits, dont je parsemai le volume entre les numéros. Gotlib fit la (double) couverture, que Zorin mit en couleurs. Donc, les Falatoffiens insistaient pour que la fête se fit chez eux. N’écoutant que ma bonté naturelle, j’acceptai et c’est ainsi que le Parti Communiste rata sa relance populaire et ne s’en remit jamais.

Or, dans le zine, j’avais entamé des rééditions de classiques du dessin : le carré blanc sur fond blanc de Malévitch et autres conneries. Une fois, je décidai que ce serait la ‘’Vache qui rit’’ de Benjamin Rabier et, gros consommateur de ce fromage, je collai à la main sur mes 100 exemplaires une étiquette de portion, détachée des boîtes de mon frigo. Corvée, mais ça me faisait rire, sur ces pages bleutées et mal imprimées, d’afficher « super réédition couleur de Benjamin Rabier » avec l’étiquette collée !

La réédition "couleurs" du PMQNAPPDG N°3

Sauf que, lorsqu’on dû rééditer ça dans l’album, en 1 000 exemplaires cette fois, mon frigo n’y suffit plus. La fromagerie Bel refusa de nous envoyer gratos 1 000 étiquettes sans fromage collé dessous (c’est ce que je raconte dans le journal, j’ai pas vérifié dans ma mémoire si c’était vrai). On acheta donc 1 000 portions de Vache qui rit, dont nous détachâmes les étiquettes et les collâmes sur tous les exemplaires, une par une. Il me semble que Sylvain Insergueix et Jean-Pierre Mercier furent mis à contribution et peut-être d’autres.

Ce n’était pas tout ça, mais que faire des 1 000 portions sans étiquettes qu’il me restait sur les bras ? Je tentai bien de les refourguer à une cantine, mais la loi empêchait qu’elle distribue un produit non étiqueté. Alors je les mis en amuse-gueule à la fête.

L’équipe d’Artefact éditrice des Nouveaux Petits Miquets, 1982.
Photo : Christine Poutout.

Celle-ci se déroula magnifiquement, même si je ne me rappelle plus exactement ce qu’on y fit, la salle étant pleine, avec des personnalités comme Gotlib et son épouse, l’animateur de radio Olivier Nanteau, Zorin et toute l’équipe de Falatoff ou de contributeurs du fanzine. Que ceux qui y étaient se manifestent. Ce fut assez drôle en tout cas.

Mais la Vache qui rit, pour pas désagréable en bouche qu’elle soit, lasse le gosier au bout d’un moment. Mille portions ne s’avalent pas comme ça. Nous dûmes leur trouver une fonction plus ludique. La salle se transforma donc en scène de pugilat, la plus grande bataille à la Vache-qui-rit de l’histoire de la fromagerie, où chacun se bombardait avec cette pâte sortie de son étui, qui s’écrasait sur les visages et les vêtements, qu’on pouvait réutiliser car elle sait rester compacte. Ce fut digne des plus beaux slapsticks et, sans doute, l’ancêtre des entartages de mon copain Georges Le Gloupier. Monumental. Au point que ce souvenir efface le reste dans mon cerveau délabré par 50 ans de mondanités parisiennes. Je n’ai pas souvenir de qui a nettoyé la salle.

Cet article n’est pas sponsorisé par La Vache qui rit, dont le lot de la fête est d’ailleurs devenu impropre à la consommation.
Photo DR

(par Yves FREMION)

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