Jirô Taniguchi, l’homme qui fit aimer les mangas aux Français

12 février 2017 0 commentaire
  • Jirô Taniguchi (1947-2017) est décédé hier, le 11 février à l’âge de 69 ans. L’auteur de "Quartier lointain", du "Gourmet solitaire" ou de "L’Homme qui marche" a fait plus que de séduire une génération d’adolescents biberonnés aux dessins animés : il a conquis un large public constitué de non-lecteurs de mangas. Outre le fait de faire entrer la bande dessinée japonaise dans le grand public en France, il a été un des meilleurs ambassadeurs de la bande dessinée européenne au Japon.
Jirô Taniguchi, l'homme qui fit aimer les mangas aux Français
Quartier Lointain, le grand succès de Taniguchi
© Casterman

On doit à Frédéric Boilet –son premier adaptateur français- le privilège d’avoir découvert en France cet autodidacte qui avait été l’assistant de dessinateurs réputés, notamment Kazuo Kamimura, le créateur de Lady Snowblood, un dessinateur-esthète qui avait justement fait l’objet d’une exposition remarquée au dernier FIBD 2017.

Plébiscite

Taniguchi conciliait les vertus de la bande dessinée franco-belge : précision, documentation, véracité des décors, et le mode de narration en temps réel propre à la bande dessinée japonaise. Cela lui conférait un rythme et une poésie aux qualités littéraires évidentes qui ont su séduire le public français et au-delà : l’ensemble de ses titres au moment de sa venue au festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2015 se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires.

Quartier Lointain
© Casterman

Ce succès avait été précédé, il faut le dire, par une longue suite de distinctions : Prix du scénario au festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2003 pour Quartier Lointain, Prix de la Meilleure BD adaptable au cinéma au Festival Cinéma et Littérature de Monaco en 2004 qui aboutit à une adaptation de ce titre par un producteur européen, ce qui valut à l’auteur japonais la médaille de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 2011. Taniguchi a fait l’objet de grandes expositions successivement à l’Abbaye de Fontevraud en 2012, à Angoulême en 2015, à Versailles en 2016 et à Erlangen en Allemagne la même année.

© Casterman

Émotion

Comme il l’expliquait à Nicolas Anspach sur ActuaBD, l’émotion était au cœur de ses préoccupations : «  Lorsque j’écris, je ne suis pas dans une perspective de me dire que le lecteur va être ému, voire pleurer, dans une scène particulière. Je ne recherche pas cela en construisant mon histoire. Il m’est beaucoup plus important de construire des récits où les émotions progressent de manière naturelle, fluide et sans anicroche. J’ai besoin, pour cela, d’accorder une attention particulière à la manière dont je vais exprimer et représenter les émotions des personnages. Il est facile de partager une émotion de manière exagérée et simplifiée comme par exemple la colère. Je préfère jouer sur la subtilité, et de ne pas représenter cette émotion telle quelle. Je fais en sorte qu’elle soit mêlée à une autre émotion. C’est-à-dire qu’un personnage éprouve une émotion en pensant également à autre chose ou à quelqu’un … Le personnage manifeste une émotion que le lecteur peut ressentir, et en même temps d’autres sentiments sont présents dans ce récit. Il faut apporter une certaine nuance dans l’état intérieur des personnages… »

Cette subtilité va nous manquer.

Carnet de voyage pour Venise
© Louis Vuitton

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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