Bamboo investit dans la bande dessinée sentimentale

3 octobre 2012 13 commentaires
  • Paysages et créatures de rêve, soleil et intrigues sentimentales : l’éditeur Bamboo aurait-il entrepris de réhabiliter la BD sentimentale ?

Bamboo investit dans la bande dessinée sentimentaleBien que le genre ait connu une production modeste, il a toujours accompagné l’évolution de la bande dessinée depuis ses origines. Du comics de romance à la Joe Simon & Jack Kirby à la fin des années 1940, de The Heart of Juliet Jone (Juliette de mon cœur) de Stan Drake & Elliot Caplin dans les années 1950 à 13 rue de l’espoir de Paul Gillon & Jacques et François Gall, le strip sentimental a connu des hauts et des bas. Victime des modes et de choix éditoriaux, la bande dessinée sentimentale semble pourtant aujourd’hui refaire surface.

relooké en mode jeunesse il y a quelques temps chez Soleil avec les collections Blackberry et Strawberry, chassé par la porte, le romantisme nous revient par la fenêtre : par le biais d’un humour décalé voire un tantinet racoleur (chez Fluide.G), il mobilise parfois quelques productions éditoriales plus ambitieuses.

C’est particulièrement remarquable avec deux albums récemment parus chez Bamboo.

Dès la première page, on est ébloui par l’ambiance, et intrigué par le cheminement des personnages dans lesquels on se reconnaît
Une Nuit à Rome - Par Jim - Bamboo
Chez Vents d’Ouest, Jim coscénarise avec Delphine la vie d’une jeune célibataire et mère de famille.

Jim-Tehy : un auteur polymorphe

Tehy a débuté dans la bande dessinée adulte avec La Teigne et Gadel le fou. Un registre qui continue encore à le passionner, car outre le succès de Fées et tendres automates avec Béatrice Tillier ou la série Yiu, on a encore pu profiter plus récemment de son imaginaire avec Reign ou L’Ange et le dragon.

Pourtant, si l’auteur est également passionné d’écriture pour le cinéma, la télévision, le théâtre et les courts-métrages, le grand public le connaît mieux sous son pseudonyme de Jim. Nous sommes récemment revenus vers ces albums d’une apparente désinvolture, mais qui cachent un travail conséquent et un profond amour de la vie.

Outre ces livres cadeaux ou livres gags, on retrouve dans l’écriture de Jim une pertinente lecture sociale. Souvent son personnage est le narrateur et livre ses états d’âme, touchant souvent le lecteur en partageant des pensées intimes dans lesquelles on s’identifie rapidement. Le Dernier Socialiste en est un parfait exemple, de même que Petites Eclipses réalisé avec Fane, un roman graphique décrivant les dérives sentimentales de trentenaires légèrement cabossés par la vie, une vision plus rude et un peu plus désabusée.

En une grande planche, Jim nous fait ressentir la solitude de Raphaël, presque étranger à la fête qui est alors organisée pour lui.
Une Nuit à Rome - Par Jim - Bamboo
Le regard qui trahit la pensée... Quand l’image est plus forte que le monologue
Une Nuit à Rome - Par Jim - Bamboo

"Ce que j’aime quand je lis, ou regarde un film, nous confiait Jim, c’est être touché. C’est après ça que je cours. Je suis heureux si le lecteur peut également le sentir dans des albums d’humour plus traditionnels, car là-aussi, sous un emballage accrocheur, c’est souvent très proche de ma vie. Je pense que je cherche toujours à entrainer un sujet, vers ce que je suis, ou ce que je vois des gens qui m’entourent. J’essaie toujours d’y mettre de l’humain, de ces petits détails qui se glissent dans nos vies... Pas par obligation, mais parce que c’est ainsi que ça m’intéresse, que ça va me parler... Étant mon premier lecteur, il faut que je me sente touché par ce que je raconte..."

D’autres albums partent d’une idée un peu folle, un simple pari qui bouleverse la vie des personnages. Une fois de plus, l’identification fonctionne pleinement, et sans recourir à de grandes scènes d’action, le talent d’écriture de Jim, et sa facilité à toucher le cœur des lecteurs, permettent de nous entraîner dans les sentiments des personnages. Récemment, nous avons été séduits par Le Sourire de la baby-sitter, dont une intégrale complétée sous la forme d’un gros one-shot de 148 pages est attendue par les fans.

Mais sa plus grande réussite est sans doute Une Nuit à Rome, parue en mai dernier.

Une Nuit à Rome - Par Jim - Bamboo

Romantisme à la sauce quadra

Une Nuit à Rome décrit l’itinéraire nostalgique d’un quadragénaire à la recherche de son premier grand amour. L’élément déclencheur se résume à une cassette vidéo que Raphaël revoit le jour de son anniversaire. Dans ce message, la jeune femme lui rappelle une promesse faite vingt ans plus tôt : passer une nuit ensemble à Rome, et propose de l’accomplir pour leurs quarante ans !

Raphaël avait pourtant la vie qu’il avait toujours rêvée, avec sa compagne du moment. Mais il décide néanmoins de partir seul pour Rome, profondément troublé par ce message vidéo. Va-t-il prendre le risque de renouer avec ses premières amours ? C’est tout l’enjeu et le suspens de cette comédie sentimentale bien menée et graphiquement très réussie.

Ambiance solaire et sexy, le scénario du scénariste-dessinateur Jim a de quoi séduire et fonctionne plutôt bien même, s’il n’élude pas les clichés propres à ce type de littérature.

L’intrigue aussi mince soit-elle (le héros risque-t-il de tout abandonner pour revivre son premier amour ?) fonctionne parfaitement, la qualité du trait fait passer ce qu’on aurait tort de réduire à une mièvrerie sentimentale. Cette version branchée et romanesque de Vingt ans après interpellera sans doute les abonnés à la crise de la quarantaine et tous ceux qui un jour ou l’autre ont été tentés de revivre un amour de jeunesse.

"J’aime surtout traiter de personnages non finis, explique l’auteur, Des individus qui ne sont jamais dans le boulot qu’ils rêvaient, qui sont toujours en quête d’autre chose. Narrativement, cette instabilité me plaît bien, elle est idéale pour faire basculer le personnage dans l’intrigue. Et personnellement, c’est quelque chose que je ressens, comme beaucoup j’en suis sûr : comment être satisfait de nos vies, et ne pas chercher ailleurs ? Ne pas vouloir être quelqu’un d’autre, goûter à d’autres vies ? C’est aussi ces idées-là qui transparaissent dans ’Une Nuit à Rome’ effectivement."

La ligne directrice de ce diptyque en deux lignes tient (une fois de plus) dans les réflexions des personnages, leur cheminement personnel et cette douce folie qui étreint le lecteur. Le dessin de Jim, la simplicité de son trait et l’intelligence de son découpage donnent une dimension complémentaire à sa thématique, s’harmonisant parfaitement avec le ton de l’album. Enfin, les couleurs de Delphine parachèvent l’ensemble, pour faire d’Une Nuit à Rome une des réussites de cette année 2012.

Le retour de Nicaise sur un scénario de Bartoll

Changement de personnages et de milieu mais pas de décor. puisqu’avec La Tragédie grecque de Bartoll et Nicaise, on retrouve la Méditerranée, le soleil, de jolies femmes et des décors somptueux.

C’est l’ascension d’Aristote Onassis, bien avant d’épouser Maria Callas, qui nous est racontée dans ce premier tome. Le riche armateur n’hésite d’ailleurs pas à sacrifier celles qui avaient choisi de partager sa vie pour étendre son pouvoir. Luxe, amour, solitude et violence servent de toile de fond aux aventures, souvent dramatiques, de celles suivirent cette figure de ce qu’on appelait des années 1950 la Jet Set.

Raconter en BD la vie d’un des plus grands armateurs abonné à la rubrique people et aux pages éco des quotidiens internationaux constitue le fil rouge d’un récit sans complaisance, fort bien mené, et agréablement illustré par Viviane Nicaise.

Nous avions déjà pu apprécier l’élégance et la finesse de son trait dans le Cahier à fleurs avec Laurent Galandon, ou dans Sang-de-Lune scénarisé par Jean Dufaux. Dans une ambiance très glamour, voire presque kitch, ce récit nous plonge dans un univers attirant où l’on appréciera voir se mêler ces ambitions dévorantes, prises au jeu du pouvoir et des intrigues, ballotés au gré des enjeux financiers et souvent piégés par les passions amoureuses.

Au final, Bamboo publie dont deux ouvrages qui utilise avec brio les ressources et les atouts du récit sentimental pour nous offrir d’agréables récits aussi captivants qu’originaux.

(par Patrice Gentilhomme)

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Lire également notre interview de Jim - Téhy : « Je ne me vois arrêter ni l’un ni l’autre : J’ai besoin de ces deux facettes. »

 
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13 Messages :
  • BD sentimentale = Roman photo dessiné ?

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    • Répondu par guy le 3 octobre 2012 à  10:18 :

      Pour Jim, on peut dire "roman-photo décalqué".
      La plupart des images du livre donnent l’impression d’être le passage au "trait" d’une photo sous photoshop (décors, personnages).

      Pour l’histoire, je suis assez surpris de cette espèce d’ovation générale des spécialistes BD... Les personnages sont à baffer et évoluent dans une espèce de salade mêlant immaturité et nombrilisme.

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      • Répondu le 3 octobre 2012 à  11:46 :

        Les personnages sont à baffer et évoluent dans une espèce de salade mêlant immaturité et nombrilisme.

        un peu le reproche qu’on fait aux bloggers autobio. Comme quoi :o)
        L’esprit de Marc Lévy et Alexandre Jardin dégouline sur les bandes dessinées. Il n’y a pas de raisons

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        • Répondu par Bardamor le 3 octobre 2012 à  23:54 :

          Sauf que Alexandre Jardin introduit des partouzes avec des singes dans les sentiments pour qu’ils durent plus longtemps. C’est la petite touche parisienne.

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      • Répondu par OW le 3 octobre 2012 à  22:24 :

        Le dessin réaliste peut être très beau (Emmanuel Guibert), mais quand c’est de la photo décalquée ça n’a que peu d’intérêt, ce n’est plus que de la surface, le fond du dessin n’existe pas dans ce cas.

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        • Répondu par Bardamor le 4 octobre 2012 à  00:06 :

          Personnellement je trouve le dessin de Guibert macabre et très photographique (donc assez bien adapté aux histoires qu’il raconte, à l’arrière-goût de cendres). D’ailleurs la photographie n’est pas "réaliste", c’est un art complètement abstrait, un truc d’illusionniste. Pratiqué par des illusionnistes, pour satisfaire des illusionnistes.

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          • Répondu le 4 octobre 2012 à  14:57 :

            la photographie n’est pas "réaliste", c’est un art complètement abstrait,

            N’importe quoi.

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  • une réflection en passant, ce genre d’histoire en roman ou au cinéma ferait fuir les hommes parce que c’est du nunuche de première. Mais en bande dessinée, cela devient une belle histoire sensible. Pourquoi la bande dessinée rend subitement ce genre de bluette "acceptable" pour les hommes ?

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    • Répondu le 4 octobre 2012 à  17:43 :

      Parce qu’il y a statistiquement plus d’hommes que de femmes à acheter des albums de BD.
      Donc, il est en effet préférable de nous vendre de la soupe en prétextant des questions existentielles d’un quadra en introspection.
      Et puis là c’est bien vu : c’est du Marc Lévy pour homme de 40 ans .

      Pour revenir à Jim/Téhy, deux autres bouquins sont sur la même mouture : "petites éclipses" et "le sourire de la baby sitter"...

      A croire que le thème de l’infidélité, du "cocufiage" et du démon de midi dans le caleçon ,est une obsession chez lui.

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    • Répondu le 4 octobre 2012 à  23:09 :

      Pourquoi la bande dessinée rend subitement ce genre de bluette "acceptable" pour les hommes ?

      Parce que la bd est un plaisir "coupable". On a pas besoin de s’exposer publiquement et socialement à s’adonner à ce plaisir. C’est pourquoi c’est toujours un genre dépriécé largement : pas assez de contrôle social dans l’exercice de ce plaisir de lecture.

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    • Répondu par Oncle Francois le 4 octobre 2012 à  23:52 :

      Peut-être est ce simplement parce que ce genre de "bluette" comme vous dites a longtemps été inexistant dans la BD, qui privilégie d’autres genres : l’humour et l’aventure (sans soutien-gorge ni petite culotte : je ne veux pas dire que nos baroudeurs journalistes détectives sont adeptes du naturisme, mais simplement qu’ils n’ont pas le temps de s’occuper de cela ! Une chose primordiale, indispensable à l’équilibre psychologique de la majorité des hommes).
      Des BD érotico-pornos, il y en a beaucoup depuis 1968 environ, mais il faut avouer que la priorité est donnée à la représentation de l’acte, plutôt qu’à ses prémices : on échange un regard, un sourire, quelques phrases (conseil d’ami aux débutants : ne soyez pas trop rapides, sinon, vous allez vite vous retrouver largués !). C’est comme cela que fonctionne la séduction entre homme et femme. C’est un vaste domaine, banal mais universel. Et pourtant un thème quasiment inexploré en BD, genre plus que séculaire.

      De nos jours, la femme n’est plus le personnage secondaire esquissé par les grands auteurs des hebdos Tintin et Spirou. Elle revendique sa liberté de choix et ses envies. Le code a changé, et oui, mes bons amis ! Auparavant, c’était une proie facile, il suffisait de montrer sa carte bleue ou sa voiture. Maintenant, elles font comme les hommes, dont elles disposent à volonté... quand elles ont du charme ! Parfois ce sont elles les prédatrices (et je dois avouer que j’ai parfois été leur proie, même à mon corps défendant.

      La véritable aventure n’est pas la capture de gangsters, ou la découverte d’un hypothétique trésor. C’est celle d’une rencontre inopinée, entre un homme et une femme.

      Tout cela pour dire que ce n’est pas étonnant que des éditeurs exploitent ce nouveau créneau vieux comme Hérode !

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      • Répondu le 5 octobre 2012 à  09:22 :

        Peut-être est ce simplement parce que ce genre de "bluette" comme vous dites a longtemps été inexistant dans la BD

        Mouais... Je ne pense pas que ce soit un genre nouveau non plus.
        Je pense à Juillard , J-C Denis qui font parfois des histoires "sentimentales" (sans tomber dans du Marc Levy).
        Ce n’est pas neuf et c’est fait avec largement plus de talent.

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        • Répondu par Jim le 17 mars 2013 à  21:15 :

          Ah, permettez que je réponde.
          Je découvre l’article, que j’ai trouvé fort bienveillant. Merci à son auteur. Je me préparais tranquillement à choper la grosse tête, mais les commentaires ci dessus m’en ont empêchés. :-)
          En fait je répond sur deux choses, simplement : Marc Lévy, c’est ma première bd (sur 90 albums) où on me fait cette remarque. Ce n’est pas une affiliation que je revendiquerai, je pense que mes récits sont plus cassés, plus amers. Que ce soit Une petite tentation qui sort en avril, ou l’Invitation, ou Petites Eclipses... Si Marc Levy, ça veut dire populaire et humain, je veux bien. Si ça veut dire mercantile et neuneu, ne m’en voulez pas de ne pas y reconnaitre mon travail.

          Apres, décalquer des photos. Ca, c’est un débat plus intéressant, me semble t il. Mes 3 premiers albums étaient réalistes (la teigne). J’ai mis 3 ans par albums, et je m’y suis épuisé. Je me sens un scenariste qui dessine. Je n’ai jamais dessiné le scenario de quelqu’un d’autre et ça n’arrivera sans doute pas. Seule m’intéresse réellement l’histoire, les personnages, et plus encore la narration, comment le lecteur sera impliqué ou pas dans le récit. Là oui, je prend mon pied. Je ne vais pas a des cours de nu, je ne serai jamais Gibrat (que j’admire). Des dessinateurs meilleurs que moi, j’en prend mon parti, il y en aura des milliers. Je ne me place pas dans la course. Je n’ai qu’une vie et j’ai envie dans cette vie de me perfectionner dans l’écriture, dans les dialogues, dans les cours métrages, dans les longs métrages, dans la narration, le rythme, les vannes qui fusent, les scenes qui nous touchent...
          Mon précédent album, "le dernier socialiste", etait un essai dans un style graphique humoristique, portant une histoire avec des accents plus réaliste que d’habitude. Ca ne m’a pas tout a fait convaincu au final.

          Là, sur une nuit a Rome, j’ai eu besoin d’un vrai dessin réaliste. Et du coup, j’ai fait poser un pote, qui avait la tete du rôle. Ca a amené un certain réalisme, qui a défini le style. Et quand on commence, face a un personnage réaliste, on a envie de mettre un autre personnage réaliste. Je ne fais pas tout d’apres photo, je me fais des persos comme ça, ou parfois j’ai une base de visage, et je dessine un corps, ou je change des bras... Je crois qu’il faut quand même savoir un tout petit peu dessiner pour retranscrire une photo en bd.

          Enormément d’auteurs se servent de photos. Que ce soit Giraud pour les couvs de ses premiers blueberry, Tardi qui décalque ses décors, Tito et ses tendres banlieues, Boilet dont j’admire le travail depuis longtemps, Ponzio, Alex Ross... Et toute la nouvelle génération d’auteurs (humoristiques ou réalistes) qui bossent avec logiciels de 3D pour modéliser hélicos, batiments, et les decalquer ensuite... Et les habitués de la Sintiq... Décalquer des photos et les réinterpréter, fait parti du boulot pour certains d’entre nous. Et l’évolution du numérique aide à ce virage.

          Et puis, à titre personnel, pour ma part j’ai un rapport particulier avec la photo. J’ai fait deux albums de roman photo décalés (Ibiza Club), et j’ai adoré faire ça. C’est une particularité que j’assume donc, force est de reconnaitre que peu d’auteurs ont publier des romans photos. Et j’ai fait avec Philippe Fenech un album mélant photo, 3D, et retouches numériques.
          A côté je fais des courts métrages, j’écris pour des longs métrages... la photo m’intéresse autant que le dessin. Et j’adore la bd.

          Je ne suis pas le plus grand fan du mot décalquer, qui semble vouloir faire croire que tout est très facile... qu’il suffit d’un claquement de doigts. Mais une page bd c’est 50 % du scenario et du dessin. Et la partie dessinée, c’est autant des choix de cadrages, de grandeurs de cases, de juxtaposition ou non, de placement de bulles pour guider le regard, que du dessin pur. On doit reconnaitre les personnages, les decors, le sens du mouvement, de l’expression juste, etc. J’ai deux personnes qui posent régulièrement pour moi pour faire les deux personnages principaux, et apres je les adapte, je les denude ou les habille, je les fais vivre dans une ruelle ou sur tel canapé, etc. Ils me servent aussi a faire d’autres personnages parfois, je change les visages, les corpulences...
          Je vais a Rome régulièrement. J’aime parler de ce que je connais.
          La couv de nuit à Rome ? Une femme a posé. Mais il a fallu adapter le visage, le corps, concevoir le canapé sur lequel elle est installée, son design, le décor derrière, la table à côté, le cadrage, le trait, la lumière...
          Et je prend plaisir avec cette méthode, car elle me libère des contraintes du dessin. Je fais des tonnes de photos, et la création est aussi dans ce tri, dans tous les choix fait.

          Il me semble - mais je peux me tromper - que ce n’est pas juste décalquer au final. Maintenant, et je le redis, la palme des grands dessinateurs, je ne la revendique pas. Je ne suis pas un surdoué du dessin. Je prefere qu’on souligne un certain sens du cadrage, de la narration, un esthétisme qu’on peut apprécier ou ne pas apprécier, et je met principalement mon énergie à écrire, a découper, a essayer de rendre tout ça captivant et prenant. C’est d’ailleurs ce qui me plait (et me rassure) dans l’article ci dessus, qui met en avant ces qualités là.
          Si j’ai quelques qualités, j’ai envie que ce soit là qu’on les voit.

          J’ai besoin du dessin, pour raconter au mieux les histoires qui me travaillent et m’animent. Juste pour transmettre, partager, faire vivre, et donner à vivre...

          Rien de plus. Disons que je suis énormément investi dans mon travail (comme nombre d’autres auteurs bd), et qu’il me blesserait qu’on puisse croire que je fais mes albums par dessus la jambe.
          Je n’ai pas cette souplesse...

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