Quand le Marsupilami évite la fin du monde

15 décembre 2012 3 commentaires
  • Toutes les reprises de classiques de la BD ne sont pas calamiteuses. Il y en a même parfois qui sont de vraies réussites et qui étonnent par leur constance. Le Marsupilami en fait partie. Si nous échappons à la fin du monde qui, selon la légende maya, surviendra dans une semaine, c'est à lui qu'on le doit.

"Il en était autrement jadis ; or tout va en empirant" se plaignait déjà Guillaume de Lorris dans le Roman de la rose, au XVIe siècle. Voire. Si le propre de la bande dessinée est de se perpétuer de façon feuilletonesque, pour autant que l’auteur ait signé avec l’éditeur une "clause d’immortalité", il n’est pas certain que les successions soient déclinantes. Après tout, Franquin avait fait un Spirou meilleur que celui de Jijé, et sans le scénariste Dennis O’Neil et le dessinateur Neal Adams qu’en serait-il advenu de Batman ?

Quand Franquin prit son indépendance en extrayant le Marsupilami des aventures de Spirou, il affirma sa propriété sur le personnage. Cela se concrétisa par une spin of publiée par Marsu Productions en 1987, animée par Batem, un dessinateur choisi par le maître, sur un scénario de Greg, qui avait déjà travaillé sur quelques-uns des meilleurs Spirou. Le succès permit la pérennité de la maison monégasque. La série continua ensuite, toujours sous le crayon de Batem, mais avec divers scénaristes et pas les plus manchots : Yann, Éric Adam et Xavier Fauche ou Dugommier, avec parfois une baisse de forme. Mais depuis huit volumes, grâce aux scénarios de Stephan Colman, la série qui comprend aujourd’hui 26 volumes, n’a pas baissé, que du contraire.

Quand le Marsupilami évite la fin du monde
Marsupilami, T26 - Santa Calamidad - Par Batem, Colman, d’après Franquin
(c) Ed. Marsu-Productions

Car si l’on excepte l’album du film qui ne ressort pas d’une création originale, Stephan Colman -qui était un des dessinateurs préférés de Franquin et à qui l’on doit notamment la série à succès Billy The Cat (avec Desberg, chez Dupuis), nous offre des scénarios qui, comme au bon vieux temps, "ont du jus". C’est tout l’avantage d’avoir un scénariste-dessinateur qui manie le dialogue avec humour et pertinence mais qui peut aussi stimuler son partenaire graphique à donner le meilleur de lui-même.

La réussite est d’ailleurs là, car si l’argument du récit est aussi bateau que la caravelle du fier capitaine Juan Casimiro Bombonera y Caramelos (le Marsupilami va déjouer la malédiction de la fin du monde maya attendue le 21 décembre 2012...), les dialogues, finement amenés, ne font pas s’esclaffer que le marsupial palombien. Car si le rire est le propre de l’homme, celui du Marsupilami n’est pas dégueulasse non plus.

Stephan Colman en décembre 2012, juste avant la fin du monde.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Les auteurs s’amusent, et les lecteurs avec eux. La jungle de Palombie, avec sa faune luxuriante, offre à Batem quelques morceaux de bravoure où son dessin peut s’exprimer dans toute sa complexité, ainsi que Franquin aimait le faire. Notons au passage le remarquable travail de mise en couleurs de Cerise.

L’admiration commune de ces deux auteurs pour le dessinateur bruxellois et la parfaite connaissance de son travail sont, sans aucun doute, ce qui sauve sa succession. Nous ne sommes pas ici dans la vénération, dans l’embaumement, dans la conservation, ni dans le dogme, mais seulement dans le plaisir, simple et honnête. Et cela, c’est particulièrement communicatif.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Marsupilami, T26 - Santa Calamidad - Par Batem, Colman, d’après Franquin - Ed. Marsu-Productions

Curieusement, le site Marsupilami.com n’est plus mis à jour depuis la sortie du film de Chabat, "A la poursuite du Marsupilami" en avril 2012. Pensent-ils vraiment que la fin du monde est pour la semaine prochaine ?

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