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Tuniques Bleues N°64 : Où est Arabesque ? Par Willy Lambil et Raoul Cauvin – Éditions Dupuis

  • On s’en doute, cet album est à la fois un coup de cœur et un crève-cœur car c’est le dernier de Raoul Cauvin, décédé en août dernier à l’âge de 82 ans. Nous reviendrons pas sur les hommages faits au grand scénariste pour mieux nous pencher sur la nature de ce dernier tour de piste avec le fidèle complice Willy Lambil qui, lui aussi, aborde la retraite -ce terme militaire !- tout doucement. On sait que les Tuniques bleues détiennent déjà leurs repreneurs, tant au niveau du dessin que du scénario. Mais penchons-nous sur celui-ci.

On connaît le principe : il est simple. D’un côté nous avons le Sergent Chesterfield, soldat et fier de l’être, de l’autre le Caporal Blutch, foncièrement anti-militariste. C’était le cas de Raoul Cauvin qui avait un frère aîné militaire. Tout tient sur des situations et des dialogues qui rendent la guerre, certes compréhensible, mais surtout ridicule. Normal pour un homme né en 1938, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale.

Cette génération-là se méfiait des idéologies qui avaient mené l’Humanité au désastre, à la Shoah et à la bombe atomique. Elle ne s’intéresse qu’au distractif, à ce qui a d’éternel dans la comédie humaine. En outre, la Loi française sur les publications pour la jeunesse avait formaté la production des éditeurs jeunesse soumis, comme Dupuis, à cette censure qui ne disparaîtra qu’au milieu des années 1970.

Qui est Arabesque ?

C’est le cheval de Blutch qui a une caractéristique particulière : au premier coup de feu dans une charge, il s’écroule comme s’il était touché par une balle, et son cavalier avec lui. Après, les deux n’ont plus qu’à faire le mort jusqu’à l’issue de la bataille. Pas très courageux, mais salutaire, et cela fait 64 albums que ça marche, à la fureur du sergent va-t’en guerre mais qui a fini par comprendre l’utilité de la chose…

Or, Arabesque a été réquisitionnée par erreur à la faveur d’une restructuration du front et Blutch, fou de rage et d’une colère redoutable, part à sa recherche. Tout tourne autour des dialogues et des punchlines entre les protagonistes. La discipline militaire en prend pour son grade, pourrait-on dire. Cela donne un album drôle, rythmé, étonnamment tonique quand on sait dans quelles conditions il a été écrit, pas forcément très drôles.

Lambil est au dessin, solide comme à l’accoutumée, mais avec quelques signes d’essoufflements. Sa succession étant également assurée, les scénaristes Kris ou encore les BeKa reprenant le scénario de la série tandis que le dessin est assuré en parallèle par Munuera, il est possible que, comme Arabesque, il aspire à quitter la ligne de front.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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