Arthur De Pins : « Zombillénium vit avec ses lecteurs grâce à sa publication dans Spirou »

2 novembre 2011 5 commentaires
  • Arthur De Pins revient dans les librairies avec le deuxième tome de {Zombillénium}, une série dont l’humour noir nous réjouit. À travers un parc d’attraction tenu par des morts-vivants et autres monstres, il brosse une caricature sarcastique du monde de l’entreprise.

Arthur De Pins : « Zombillénium vit avec ses lecteurs grâce à sa publication dans Spirou »Les personnages qui étaient à l’avant-plan dans le premier tome de Zombillénium ont moins d’importance dans « Ressources humaines ». Le parc d’attraction fait davantage office de personnage central dans cette histoire.

Exactement ! J’ai accordé beaucoup plus d’importance au directeur de Zombillénium, Francis Von Bloodt, et au squelette, Sirius, dans cette histoire-ci. J’ai veillé cependant à ce que les personnages du premier tome conservent leur rôle, tout en étant plus passifs. Beaucoup de lecteurs me demandaient si Aurélien et Gretchen allaient s’embrasser dans le deuxième album. Je voulais préserver le mystère. À partir du prochain album, les histoires seront axées sur ces quatre personnages.

Vous réalisez une satire du monde de l’entreprise. Non ?

À
aucun moment, je n’utilise le mot "enfer" dans Zombillénium. Je voulais que le lecteur devine par lui-même qu’une partie de cet endroit est l’enfer. Les travailleurs du parc l’appellent le « niveau -9 ». Il s’agit bien sûr d’une référence à l’Enfer de Dante. Cette partie du parc, située en sous-sol, m’a permis de régler une question qui avait été ouverte dans le premier tome : que deviennent les employés qui sont licenciés ? Les monstres ne peuvent pas mourir, puisqu’ils appartiennent au diable. Pourtant, c’est leur volonté à tous de mourir et d’être enfin libérés. S’ils font une faute professionnelle, et qu’ils sont remerciés, les monstres redescendent les échelons de l’entreprise pour se retrouver tout en bas. Ils parviennent dans un lieu qui ressemble à l’enfer décrit par le peintre Jérôme Bosch. On voit d’ailleurs les trois personnages du premier tome, qui ont été déclassés, pousser une roue…

Pour répondre à votre question : oui, c’est aussi une satire du monde de l’entreprise où les gens sont mis à l’écart, et parfois rétrogradés. Enfin, les personnes qui travaillent dans une société ne sont jamais vraiment libres. Des amis, employés, me disent souvent qu’ils n’ont pas le choix, et qu’ils ont envie de partir. Mais ils ne le peuvent pas, pour différentes raisons…

Zombillénium et « la Marche du crabe » sont des récits plus construits. Vous nous aviez habitués aux gags d’une à deux pages avec vos Péchés mignons. Vous sentez-vous plus à votre aise dans un 100m ou dans un marathon ?

Dans le marathon (Rires). J’avoue avoir eu énormément de plaisir à réaliser Péchés mignons chez Fluide Glacial ! Mais je me sens aujourd’hui beaucoup plus à mon aise dans des feuilletons comme Zombillénium. La Marche du crabe était l’adaptation d’un dessin animé que j’avais écrit quelques années auparavant. Son format était assez court, quelques minutes tout au plus, que je vais découper en trois volumes. Je n’étais pas vraiment confronté à de nouveaux défis. Zombillénium paraît dans Spirou, et cela crée une attente de la part des lecteurs. C’est très motivant ! La série vit avec ses lecteurs…

Qu’avez-vous appris en scénarisant cette série ?

J’ai enfin le temps de développer la psychologie des personnages, et surtout de jouer avec les attentes des lecteurs. Le troisième tome de Zombillénium évoquera des luttes de pouvoir au sein du parc. Le premier cycle constituera cinq albums, je pourrais continuer au-delà.

Zombillénium vous laisse également plus de liberté et d’inventivité pour la représentation des mouvements et autres expressions des personnages. Vous étiez plus dans la synthèse avec Péchés mignons.

Effectivement ! Les gags de Péchés mignons étaient découpés en douze cases carrées. Je ne pouvais pas faire preuve d’inventivité dans les cadrages. J’ai utilisé un langage plus cinématographique dans Zombillénium en jouant sur les angles de vue et les formats de cases. J’avais envie de souffler, de sortir ce modèle Kawaï qui me plaisait au moment où j’ai créé cette série.

Aviez-vous l’impression d’être prisonnier d’un registre avec Péchés mignons ?

J’ai beaucoup aimé. J’ai commencé en 2002, bien avant la publication de gags dans Fluide Glacial. Thierry Tinlot, le rédacteur en chef du magazine, m’avait contacté après avoir vu des gags dans Max Magazine. L’accueil a été encourageant et Thierry m’a demandé de réaliser d’autres blagues. Cela tombait bien car j’avais envie de parler de ce sujet à cette période-là. J’alternais mes planches avec des travaux publicitaires. Je n’avais pas le temps de m’investir dans une autre bande dessinée jusqu’à ce que Frédéric Niffle, le rédacteur en chef de Spirou, me propose de réfléchir à une série mettant des monstres en scène pour son magazine.

Vos couvertures sont très visuelles.

Nous avons repris celles effectuées pour le magazine de Spirou. J’utilise Adobe Illustrator pour dessiner mes planches. Je retravaille cependant mes dessins de couverture avec Photoshop afin d’avoir plus réalisme, de reflets, d’ombre et de lumière. Même s’ils sont retravaillés avec ce dernier logiciel, cela reste des dessins vectoriels, sans trait. Est-ce pour cette raison que ces couvertures se démarquent des autres ? Je ne sais pas. Le trait est extrêmement présent en bande dessinée…

Quels sont les auteurs qui vous inspirent ?

Ils sont plus dans le monde de l’illustration que dans celui de la bande dessinée. Ma référence absolue reste Kiraz. J’admire l’élégance de son graphisme. Il travaille à l’acrylique et à la gouache en évitant de cerner ses décors et objets par un trait. Il joue intelligemment avec les couleurs pour que ses personnages se détachent du décor. Sa façon de caricaturer les femmes était révolutionnaire pour l’époque. Illustrator, le logiciel qui a été popularisé par Monsieur Z, me permet de me rapprocher de ce type de graphisme.


N’avez-vous pas envie de réaliser un album en couleur directe, et ainsi mettre les mains dans le cambouis ?

… Si ! J’y pense souvent. J’ai réalisé dernièrement une tentative d’encrage à l’encre de chine pour les premières pages de La Marche du crabe. Je n’étais pas satisfait du résultat. Je les ai recommencées en vectoriel. Avant de travailler avec l’outil informatique, je travaillais beaucoup à l’encre, à la plume et à l’aquarelle. En acquérant un style avec Illustrator, j’ai perdu ma dextérité dans l’encrage traditionnel. Par contre, je continue à réaliser des aquarelles. J’aimerais réaliser un album en couleur directe, mais il faudra accompagner ce changement graphique par une histoire qui le justifie.

Quels sont vos projets ?

Je travaille actuellement sur le prochain tome de La Marche du crabe. J’enchaînerai ensuite directement sur le suivant, qui clôturera la trilogie. Ensuite, j’entamerai le troisième tome de Zombillénium. Je réaliserai sans doute un cinquièmePéchés mignons, mais ce n’est pas d’actualité pour l’instant. Je continuerai cependant à réaliser des illustrations épisodiques pour le magazine Fluide .G.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire la chronique du T2 et du T1.

Lire la chronique du T4 de Péchés Mignons (Avec Maïa Mazaurette)

Lire une autre interview de l’auteur : "Mes personnages sont des monstres de foire version 2010" (Septembre 2010)

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Le site officiel de la série

Photo : (c) Nicolas Anspach
Illustrations : (c) A. De Pins & Dupuis.

 
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