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François Bourgeon, au naturel [VIDEO]

Par Didier Pasamonik (L’Agence BD) François RISSEL Kelian NGUYEN le 19 janvier 2023                      Lien  
À moins que le Festival ait l’idée de l’honorer comme il avait pu le faire pour Bretécher ou Uderzo qui, en leur temps, n‘avaient aucune chance d’emporter un Grand Prix d’Angoulême, à l’occasion d’un anniversaire (le 50e, ça le ferait…), Bourgeon ne sera jamais Grand Prix. Mais rien n’empêche de le célébrer, ce qu’ActuaBD ne manque pas de faire. De saluer un bel artisan (il a fait des études de facteur de vitraux), un artiste d’une probité implacable et une œuvre forgée dans la passion. Nous l’avons rencontré pour vous dans son atelier dans la région de Quimper, son jardin (très) secret. Il nous parle non seulement de son dernier livre des Passagers du vent, Le Sang des cerises, volume II, mais aussi de son travail de documentation, de son trait, de sa méthode de travail, de ses couleurs. Un témoignage unique.

Quand on entre dans l’atelier de François Bourgeon, on entre dans un temple de la Connaissance, avec un grand C. Les livres de référence abondent : dictionnaires, encyclopédies, précis d’histoire, de marine ou de grammaire. C’est que ce fils de journaliste est né dans la culture. Toutes les cultures, d’ici et d’ailleurs, savante ou populaire. Dans cet entretien, il pousse la chansonnette : un air d’Aristide Bruand que Bourgeon vous décrit arpentant Montmartre avec une femme à chaque bras. Son héroïne croise Louise Michel, Elisée Reclus, le jeune Erik Satie, Steinlein. Rien n’est au hasard chez Bourgeon, il l’explique bien dans son entretien. Résultat : il lui faut quatre ans pour faire un livre. Pas vraiment de saison lorsqu’on voit des auteurs reconnus, comme dans le domaine des mangas, sortir jusqu’à six tomes par an.

François Bourgeon, au naturel [VIDEO]

Chaque bateau a sa maquette... Pour son album, François Bourgeon a reconstitué en maquette tout un quartier de Montmartre.

On est aussi surpris en se promenant dans son bureau par une grande maquette en papier du quartier de Montmartre construite sur la base des plans des années 1870 à une époque où c’est encore un peu la campagne et où le Sacré Cœur – « cette immonde choucroute » dit Tardi- basilique expiatoire des « crimes » de la Commune est encore en construction. Il est comme cela Bourgeon, il doit tout maîtriser, tout comprendre, tout connaître. « Ce n’est pas pour faire sérieux, explique-t-il, c’est pour croire à ma propre histoire, pour m’amuser… »

Ça va loin : dans un coin, un mannequin avec une chemise datant du XVIIIe siècle. « Vous comprenez, les plis des vêtements ne tombent pas de la même façon qu’aujourd’hui. » Les personnages principaux ont chacun leur portrait sculpté, « pour pourvoir les animer sous tous les angles… » Étonnant Bourgeon, on n’imagine pas tout ce travail quand on lit l’ouvrage. Il faut revenir dessus, recouper l’information et découvrir avec stupeur l’exactitude de ses connaissances.

Sur un tableur Excel, le destin de chacun des personnages de la saga.
Un costume du XVIIIe siècle. "Les plis ne tombent pas de la même façon qu’aujourd’hui"...
Les personnages principaux ont leur portrait sculpté.

Regardez cette vidéo, il vous explique tout cela. C’est bluffant.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

(par François RISSEL)

(par Kelian NGUYEN)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782413030621

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

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12 Messages :
  • François Bourgeon, au naturel [VIDEO]
    19 janvier 19:13, par Sawyer

    Bourgeon, c’est un fou, un véritable cinglé… mais comme l’était Kubrick et Visconti… et tous trois sont des génies.

    (Visconti, par exemple, exigeait que les meubles, dans ses films, soient remplis d’objets ou de riches étoffes… parce que si les tiroirs sont vides, le spectateur le sentira, disait Visconti !).

    J’ai relu toute l’œuvre de Bourgeon, ces dernières semaines, à l’occasion de la sortie de son dernier opus.
    Les chefs-d’œuvre ne manquent pas :
    - Les 5 premiers albums des "Passagers".
    - Le magnum opus "Le dernier chant des Malaterre".
    - Les 2 ou 3 premiers albums de "Cyann".
    Le reste oscille entre le bon et le très bon (il n’y a rien de mauvais ou de raté… pas de déchets).

    Dans le hors-série de "Cyann", on découvre avec effarement que Bourgeon a imaginé une ville entière… et c’est limite s’il n’a pas dessiné chaque maison.
    Dans ce monde, il conçoit l’architecture, l’habitat intime, les tenues des personnages, leurs coiffures, la faune, la flore, les jardins, la cuisine, dont certaines recettes (voir la "Volée Volcan"), les mœurs des animaux, leur mode de reproduction (voir l’Ovudon !), les véhicules (pour un engin volant, c’est limite s’il ne nous dessine pas le moteur dans ses moindres détails), la religion, les rites funéraires, le relief géographique, l’organisation politique, les classes sociales, l’histoire de l’Empire et des planètes indépendantes, le langage et ses particularités (dans "Les compagnons du crépuscule", il crée ou recrée le langage moyenâgeux), etc, etc.

    Chez les personnages, il ne les dessine jamais de la même façon (face, profil ou de trois quarts), non, il les dessine sous tous les angles possibles et imaginables, il y a tout un travail savant sur la gestuel, les expressions du visage…

    Les dialogues sont toujours somptueux : la langue est riche, belle, châtiée, travaillée.

    On pourrait aussi parler de l’humour… constamment présent chez Bourgeon.
    Dans les "Compagnons", le chevalier donne un coup de pied au cul de Mariotte pour l’envoyer dans un bassin d’eau glacé.
    Il loupe son coup, et lui sort, faussement magnanime :
    "C’est bien parce qu’il fait froid que je ne t’ai poussée à l’eau."

    La violence, dans l’univers de Bourgeon, est très présente : un grand nombre de personnages connaissent une fin tragique, une mort atroce.

    Le principe de causalité apparaît assez régulièrement : l’action d’un personnage va souvent avoir, involontairement, des conséquences négatives.

    Au niveau du dessin, c’est extraordinaire de beauté, de poésie, c’est toujours touffus et foisonnant (le sommet étant probablement le troisième album des "Compagnons" et les deux premiers "Cyann").

    C’est une œuvre globalement stupéfiante… qui n’a jamais cessé de m’émerveiller et de me fasciner depuis que je l’ai découverte.

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    • Répondu par Norbert le 20 janvier à  22:18 :

      Je suis en total accord avec vos propos et n’aurais pas su mieux dire.

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  • Cette video est remarquable. Merci monsieur Bourgeon. J’ai dans ma bibliothèque, " dans la vie" par Steinlen, cents dessins en couleurs, (éditions H.Piazza et Cie, 1901) Steinlen dessine les métiers, les gens, les lieux, dont vous parlez dans votre dernier ouvrage et dans certaines images on reconnaît la silhouette du quartier qu’habite Zabo. ça dit beaucoup aussi de l’ambiance de la rue à cette époque.

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  • François Bourgeon, au naturel [VIDEO]
    20 janvier 09:12, par Laurent Lépine

    Après avoir lu le cycle de Cyann, je me suis dit que les signes peints par Bourgeon sur les murs et les parois devaient avoir un sens. Je ne m étais pas trompé et j ai retrouvé l alphabet imaginé par l auteur. C’est cohérent avec ce qu il déclare tout au long de cet entretien.
    Pour la petite histoire, j avais alors envoyé à François Bourgeon un courrier écrit en cyann, confié aux bons soins de l éditeur. Je n ai jamais reçu de réponse. Lui était il arrivé ?

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  • François Bourgeon
    20 janvier 09:32, par Filippini Henri

    Cher François
    Quelle leçon pour tous ces dessinateurs qui bâclent leur pages avec la seule excuse alimentaire.
    A te voir t’exprimer avec la même passion qu’il y a quarante ans j’en ai la larme à l’oeil... il y a si longtemps et j’ai toujours le souvenir de la découverte des premières pages des "Passagers du vent" dont je fus un des premiers lecteurs. Avec toute ma vieille amitié
    Henri..

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    • Répondu le 20 janvier à  16:25 :

      L’"excuse alimentaire" est quand même une assez bonne raison de dessiner plus vite quand on gagne en dessous du seuil de pauvreté, ce qui est le cas de beaucoup de dessinateurs et dessinatrices. Entre l’hyper-chiadé Bourgeon et ce que vous appelez "bâclé", il y a un univers de possibilités.

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      • Répondu par Dom le 22 janvier à  18:48 :

        Pour pouvoir vivre de son art, peu importe le domaine, il ne faut pas juste être compétent, il faut être doué. Les métiers artistiques demandent du talent et du coeur, ça n’a rien à voir avec un diplôme qui permet d’exercer un métier.

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        • Répondu le 22 janvier à  22:22 :

          Ca n’a rien à voir avec la conversation, surtout. Par ailleurs, je connais des artistes compétents et doués qui ne vivent tout de même pas de leur art. Il faut réunir d’autres paramètres encore, et il faut un peu de chance aussi.

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  • François Bourgeon, au naturel [VIDEO]
    20 janvier 22:17, par Norbert

    Merci Monsieur Bourgeon pour votre travail si bien partagé. Votre œuvre déborde d’humanité, vous avez créé un style unique et somptueux. C’est un plaisir de vous lire et relire, et aujourd’hui de vous entendre parler avec tant de passion de ce qui vous anime.
    Bravo pour votre intégrité et aussi pour votre combat en faveur des auteurs.

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  • François Bourgeon, au naturel [VIDEO]
    22 janvier 10:31, par Pascal Aggabi

    François Bourgeon est incroyable. Il n’a pas d’équivalent.

    La BD s’enorgueillit de compter dans ses rangs un créateur pareil.

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  • François Bourgeon, au naturel [VIDEO]
    28 janvier 12:55, par Pascal Aggabi

    Et ce prix du cinquantenaire, pour François Bourgeon, ça avance ? On en est où ?
    Comment ça...

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    • Répondu par Michel Dartay le 29 janvier à  10:20 :

      Trop bien dessiné, trop bien écrit, trop vieux (années 80), trop classique pour être honoré au FIBD qui semble désormais écartelé entre l’art et essai et les mangas.

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