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Alex Alice : "Le Château des étoiles permet de traiter de thèmes qui ont une résonance très actuelle." [INTERVIEW]

Ces dernières années, on a vraiment l'impression que tout ce que touche Alex Alice se transforme en or. La saga du "Le Château des étoiles" ne fait définitivement pas exception à la règle. Initiée en 2014, cette série compte aujourd'hui six albums et un spin-off imaginée par Alain Ayrolles et Étienne Jung (excusez du peu !). La reconnaissance de cette série est particulière car elle s'est imposée comme un succès critique et public parmi les amateurs de Science-fiction, mais également auprès d'un lectorat plus jeune. Un incontournable du catalogue Rue de Sèvres, dont nous avons pu rencontrer le créateur lors du dernier festival d'Angoulême.

Pouvez-vous nous raconter la genèse du Château des étoiles ?

C’est un projet qui remonte un peu. C’est l’histoire de la conquête de l’espace au XIXe siècle. Ce qui m’a vraiment donné envie de faire cette histoire, c’est la littérature de Jules Verne et ma rencontre avec l’univers du romantisme allemand. Ces deux univers, je les ai rencontrés à peu près au même âge et en même temps que la musique de Wagner, tout ça me fascine depuis l’enfance. Donc, voilà, j’avais envie de faire un récit vernien, mais aussi d’évoquer la figure de Louis II de Bavière qui est un personnage historique fascinant, mais je ne voulais pas faire une biographie. À la base, c’étaient deux projets distincts, qui ont fini par n’en faire qu’un de manière évidente.

Diriez-vous que c’est une uchronie ?

C’en est une, dans la mesure où l’histoire commence dans le monde réel. J’avais besoin de croire à cet univers. Et c’est le problème que j’ai avec le Steampunk et les histoires qui exploitent l’imaginaire de cette époque : j’ai souvent du mal à y croire. Or, pour pouvoir persuader le lecteur, j’avais besoin, moi, d’être complétement persuadé par ce que j’allais raconter et rendre les choses les plus crédibles possible. Par conséquent, je me suis beaucoup documenté pour faire en sorte que mon histoire corresponde à la réalité de l’époque. Il y a là-dessus une hypothèse, celle que l’éther existe, qui va faire basculer l’ensemble du récit et lui donner son caractère uchronique. J’irai même plus loin : je dirais que c’est une uchosmie. (Rires)

Alex Alice : "Le Château des étoiles permet de traiter de thèmes qui ont une résonance très actuelle." [INTERVIEW]
Rue de Sèvres © Alex Alice

Quel est votre univers de référence sur ce projet ?

Il y a eu beaucoup de documentation dont des livres de vulgarisation d’astronomie de l’époque, notamment les texte de Camille Flammarion qui a écrit, avec beaucoup de lyrisme, sur les hypothèses de cette époque. C’est une histoire qui se passe à la frontière de l’inconnu, laquelle est remise dans son contexte. À propos de la Lune, on pensait qu’il était possible qu’il y ait de la vie sur la face cachée. Cette frontière se porte de nos jours sur les exoplanètes, des ensembles sur lesquels on a très peu d’informations.

Rue de Sèvres © Alex Alice

On remarque dans cette série que vous avez arrêté votre travail du trait à l’encre pour véritablement laisser primer la couleur. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je voulais un ton différent pour ce récit. C’est une histoire qui est largement basée sur le merveilleux, sur le sentiment de découverte, et sur une forme de mystère aussi. Je voulais une technique qui ne m’oblige pas à cerner, à dire : « Ça c’est les montagnes, ça c’est les nuages etc… » mais plutôt laisser l’univers partir. Un peu comme dans les gravures de Jules Verne où la surabondance de hachures crée un espèce de flou qui fait qu’à la fin ; on ne sait plus exactement ce que l’on regarde. J’essaie de retranscrire ça, mais en couleurs avec une technique extrêmement légère, tout à l’aquarelle. Il y a beaucoup de densité narrative, j’ai donc voulu alléger les choses graphiquement, pour que ce ne soit pas indigeste.

Rue de Sèvres © Alex Alice

Comment décline t-on une série sous forme de spin-off, soit confier les rênes de son univers à d’autres ?

La clé, c’est que c’est un univers qui existe au-delà de ce que je raconte. Dans mes séries précédentes, une fois l’histoire terminée, l’univers n’avait plus spécialement d’intérêt en soit tandis que là, oui. Il fallait que je raconte l’histoire des pionniers et de la conquête, mais autour de ça, il y a tout un tas de choses qui se passent. La première publication de chaque album se fait sous forme de gazettes, qui sont accompagnées de faux articles écrit par Alex Nikolavitch qui, ,déjà stimule bien l’imaginaire et lance de nombreuses pistes. J’ai aussi eu envie de développer des objets, toujours avec cette intention de crédibiliser au maximum cet univers. J’ai fait faire des maquettes de scaphandres, etc. L’idée de pouvoir raconter d’autres histoires en BD s’est très vite imposée par la suite. Alain Ayrolles, qui m’avait accompagné sur le début de la série m’a beaucoup aidé sur l’écriture des deux premiers volumes. Quand je lui ai dit qu’il y avait de la place pour faire d’autres séries, je ne pensais pas qu’il aurait le temps, et dieu merci, il a eu une idée formidable et c’est comme ça que nous nous sommes lancés sur les Chimères de Vénus. C’est un univers très riche qui permet de traiter des thèmes anciens qui ont une résonance très actuelle.

Revenons à présent sur votre série Siegfried qui a été mise en scène à l’Auditorium de Lyon et dont le projet d’adaptation en film d’animation se fait attendre depuis de nombreuses années...

Concernant le film, le projet n’est pas avorté, mais l’audiovisuel, c’est toujours très compliqué. Pour l’adaptation à Lyon, c’est une réduction symphonique de la tétralogie de Wagner, soit une transposition du Ring en moins d’une heure. Un vidéaste a donc monté la BD pour faire tenir le récit sous cette forme-là. C’est très légèrement simplifié, mais ça fonctionne très bien. La première fois que je l’ai vue, j’étais un peu sceptique en entrant dans la salle, mais en fait, c’est très surprenant à quel point ça fonctionne bien. L’émotion est là, et c’est une expérience formidable.

Dargaud © Alex Alice

(par François RISSEL)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782810204755

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Photo du médaillon : DR

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PAR François RISSEL  
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