Camille Lavaud-Benito (Fauve Révélation 2022 pour "La Vie souterraine") : « J’ai décidé de faire de ce projet une bande dessinée, presque comme si c’était le storyboard de luxe d’un film » [INTERVIEW]

  • À l'occasion de la 49e édition du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, nous avons rencontré l'autrice Camille Lavaud-Benito pour son album "La Vie souterraine" (éd. Les Requins marteaux), alors en sélection officielle. Depuis, elle a été décorée du Fauve Révélation 2022 et nous livre ici la genèse du projet, ses coulisses, mais également ses doutes pour la suite et sa vision du 9e art. Un complément parfait à la lecture d'une bande dessinée, coup de cœur de nos chroniqueurs Frédéric Hojlo et Hugues François.

Commençons avec une question d’apparence triviale. Pourquoi dessinez-vous des bulles de pets derrière les fesses de chacun des Allemands de La Vie souterraine ?

Figurez-vous que vous n’êtes pas la première personne à me le demander. Camille des Requins marteaux a même un jour reçu un mail d’une personne spécialisée dans les pets dans la BD ! La question m’a aussi été posée en dédicace, et je dois avouer que je ne sais pas trop comment y répondre mis à part qu’il fallait que je trouve un moyen de ridiculiser les nazis. Les faire péter était simple, je n’avais pas besoin de leur mettre des têtes de cochons. C’est un peu bête mais visiblement, ça a marqué !

Camille Lavaud-Benito (Fauve Révélation 2022 pour "La Vie souterraine") : « J'ai décidé de faire de ce projet une bande dessinée, presque comme si c'était le storyboard de luxe d'un film » [INTERVIEW]
Extrait de "La Vie souterraine" page 40
© Les Requins marteaux

À la toute fin de l’album se trouve une succession d’illustrations couleurs présentées sous le mystérieux nom de « Consortium des prairies ». On y trouve des couvertures de polars, de films avec une esthétique très marquée. À quoi cela correspond-il et surtout de quelle manière ces illustrations font sens dans La Vie souterraine ?

La BD a un lien très marqué avec le cinéma français et notamment le polar des années 1950/60. Je me sers énormément d’archives cinématographiques allant du cinéma muet, et toute l’esthétique des décors, jusqu’au cinéma d’occupation ou la Continental. Le cinéma et le polar ont toujours eu une grande influence sur mon travail.

Affiche intitulée La Vie souterraine tirée du projet "Le Consortium des prairies"
© Les Requins marteaux

Pour moi, la suite logique du dessin est le film. Cela fait des années que j’ai des envies de réalisation. Initialement, La Vie souterraine a été pensé comme un film, un réalisateur m’a aidé et donné des pistes d’écriture. J’ai donc décidé de créer une société de production fictive qui s’appellerait le Consortium des Prairies.

Les rouages de production dépendant de tout un tas de dossiers et aides, j’ai vite compris qu’en venant du monde du dessin et de l’illustration, ce serait compliqué pour moi. J’ai donc commencé par produire ces affiches de cinéma fictives. J’ai listé des titres et si la sonorité me parlait, j’approfondissais en faisant une affiche. Et si l’affiche marchait, j’allais plus loin en écrivant un synopsis. La Vie souterraine est donc partie d’une affiche.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces premières idées de synopsis ?

Cette histoire de trafic d’art dans le Paris des années 1950 me plaisait beaucoup. C’est encore une fois en lien avec une cinématographie particulière comme celle de Jean-Pierre Melville ou Marcel Carné. À ce moment-là, j’avais des bourses de production, j’ai donc décidé de produire une fausse bande-annonce avec ces thématiques-là. J’ai cherché des lieux et des personnages qui coïncideraient avec les caractères que je voulais illustrer.

Cette bande-annonce est donc la genèse de la bande dessinée parce qu’on y retrouve les caractères des trafiquants, on voit qu’il y a un soupçon de choses liées à un trafic d’art qu’on n’arrive pas trop à discerner, mais il y a un tas d’illustrations comme ça qui apparaissent.

En faisant cette bande-annonce je pensais gagner du temps et économiser de l’argent. J’en ai finalement fait trois ! Mais je ne regrette pas, c’était un chouette exercice bien qu’il soit difficile de condenser et de synthétiser ses idées dans un laps de temps si court. C’est là que j’ai décidé de faire de ce projet une bande dessinée, presque comme si c’était le storyboard de luxe d’un film. J’ai donc pensé La Vie souterraine comme un film, avec un rythme très dense où il fallait que le regardeur ne s’ennuie à aucun moment, que graphiquement on sente qu’on rentre dans un film.

Quand je commence à travailler au projet d’édition, je commence par des formats très grands qui synthétisent les idées que je vais illustrer. Ces affiches qu’on voit donc en fin de livre sont en vérité le début du projet.

Camille Lavaud-Benito, Fauve Révélation à Angoulême 2022
Photo DR

Si vous en avez la possibilité un jour, souhaitez-vous adapter La Vie souterraine sur grand écran ?

À fond ! C’est pour moi une grande frustration de ne pas voir ces images animées. Et retraduire la bande dessinée, la repenser d’un point de vue filmique, c’est passionnant. Quand on fait une bande dessinée, il y a une certaine frustration entre chaque case et le film permet de combler ces interstices. Avec une amie, nous y réfléchissons. Un format feuilleton, peut-être à la façon des Brigades du tigre. À voir…

Le casse relaté par La Vie souterraine a existé, c’est un fait. On pense lire un document relatant un fait divers historique mais plus la lecture avance et plus le réel se trouble. Quelles sont les parts de fiction que vous apportez au récit ? Mystère… Ce jeu sur la porosité entre réalité et fiction est quelque chose qui anime votre travail ?

J’ai découvert l’histoire de ce casse complètement rocambolesque en 2017. Elle est assez méconnue car elle suscite encore aujourd’hui de nombreux questionnements. Un paquet d’argent est encore à ce jour introuvable. Et il existe de nombreuses suppositions quant à sa localisation.

© Les Requins marteaux

Un jour, en chinant, j’ai trouvé un livre écrit par un ancien policier passionné d’histoire de la Dordogne qui a écrit des livres sur les faits divers dans la région. Et j’ai trouvé cette histoire folle ! À la fin du livre il y a un abécédaire avec les protagonistes du casse, dont un homme dont je tairais le nom et qui est devenu Gabor Varga. Ce personnage qui participe au casse ouvre une galerie d’art à Paris en 1946. Une trace de l’argent disparue ?

La fin de ce bouquin est donc le point de départ de l’histoire. Je me suis mis à la recherche d’archives sur cette personne. J’ai creusé, creusé, creusé. Et à partir de ce personnage, j’en ai trouvé d’autres plus ou moins directement liés à lui, comme Tamara Wolfkanski qui est un personnage ayant existé et que je vais creuser dans le second volume. Tous les caractères des personnages sont vrais ou inspirés de proches. Par exemple, Joseph Blumberg, c’était le grand-père de ma meilleure amie mais qui n’était toutefois pas artiste.

Il y a même des documents d’archives illustrant les échanges entre le personnage de Joseph et une école de dessin à distance parisienne, ces archives existent ?

Ces documents existent vraiment. J’avais envie de donner ce nom à ce personnage. Et en 2017/2018, vu que je chine beaucoup et que j’achète énormément de livres, je me suis retrouvé à un vide-grenier et je suis tombé sur un trésor : une chemise intitulée « les dessins de Claude ». Dans cette pochette, il y avait plus d’une centaine de dessins qui illustraient la correspondance d’un élève de Dordogne avec l’école ABC, une école de dessin par correspondance, pendant la guerre. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose de cette documentation et j’ai fait la jonction entre ce lot d’archives et ce personnage de fiction qu’est Joseph, inspiré d’un personnage réel.

© Les Requins marteaux

Il n’y a pas si longtemps, j’ai découvert le terme d’exofiction. C’est le fait de partir d’une biographie tout à fait réelle d’un personnage et d’en créer des suppositions, tout à fait fictives. Ce terme colle parfaitement à ce que j’essaie de faire. Par exemple, le fait que Gabor fasse de l’escrime n’est pas anodin. Il côtoyait le milieu politique de l’époque, c’était quelqu’un de très mondain et qui fréquentait les galeries. Et tout ça est réel !

Extrait de "La Vie souterraine", pages 16 et 17
© Les Requins marteaux

Combien de temps la réalisation de cette bande dessinée vous a-t-elle pris ?

Tout mit bout à bout, j’estime avoir mis un an, mais espacé dans le temps. C’est un projet dont je ne sors pas, et dont je pense que je ne sortirai jamais. Je travaille sur le second tome. C’est une forme d’engagement pour moi de parler de ces sujets, d’anti-héros. Il n’y a pas que des choses très glorieuses à raconter sur la résistance et c’est ce qui m’intéresse. C’est justement ce qui est difficile, illustrer les caractères de personnages qui changent complètement de personnalité au cours de la guerre.

Le casse, présenté comme le sujet principal de l’album, voire le point d’orgue, est éludé très rapidement en fin d’album, pourquoi ce choix ?

Le début du projet, ce casse, est en réalité la fin de ce premier album. Mais j’étais obligé, pour ce premier volume, de prendre le temps de bien introduire les personnages. Je ne pouvais pas faire autrement que d’exposer leurs psychologies. C’est pourquoi je suis remonté jusqu’en 1940 pour planter le décor. On sent rapidement que Minouche est pro-Pétain et qu’elle ne bougera jamais, tandis que Gabor apparaît initialement plutôt comme un bon gars. J’avais envie d’illustrer des cons.

Une phrase marque un tournant dans l’album : « Si la lutte ne peut se faire par l’art, elle peut se faire par les arts ». D’où vous vient le sujet de l’art en temps de guerre ?

C’est un truc plus personnel, plus contemporain. Bosser c’est une lutte, sauf si tu es issu d’un milieu extrêmement bourgeois et que pour toi, faire de l’art, c’est de la dilettante. Je n’en côtoie pas personnellement, mais je connais des personnes qui font de l’art contemporain parce qu’ils sont plein aux as et s’ennuient. Moi ce n’est pas du tout ça.

Il s’avère que mon grand-père était passionné d’art et prolo. Pour moi, l’art est une sorte de combat. Notre vie, c’est faire des dossiers de demandes de subventions, de mentir, d’anticiper des projets qui se moduleront fatalement et on est obligés d’être en permanence dans l’expectative, de se projeter car nous manquons de moyens. L’art est ce qu’il peut, la culture est ce qu’elle peut. Je fais ce que je peux au maximum et je travaille durement car je n’ai pas d’autre choix que d’être acharnée.

Votre bande dessinée regorge d’idées de mise en page et de découpage fabuleuses qui font tourner la tête du lecteur. D’où vous vient cette façon de martyriser les codes de la bande dessinée ? Vous êtes-vous inspirée d’autres types d’expressions artistiques ?

Je dis souvent que c’est une BD de dyslexiques, d’ailleurs je le suis moi-même. J’étais tellement dans mon tunnel, que mettre en scène des lectures parallèles, des doubles lectures avec plusieurs scènes qui se déroulent en même temps n’était pas un problème. C’était la première fois que je faisais réellement de la bande dessinée et je ne me rendais pas forcément compte que ce serait complexe à lire.

Je l’ai pensé comme si c’était un film, quelque chose de très dense, mais je l’ai aussi pensé comme un livre d’images. Et souvent les lecteurs me disent qu’ils l’ont d’abord regardé avant de le lire… puis de le relire ! Désolé de vous infliger ça.

Extrait de "La Vie souterraine", pages 56 et 57
© Les Requins marteaux

Ce n’est pas un livre d’art, mais il témoigne d’une histoire de l’art et c’est important pour moi car reformuler des esthétiques, ou pas d’ailleurs, apporte quelque chose à la narration. Sur ce projet, j’ai passé beaucoup de temps aux archives du Centre International de la Bande Dessinée et de l’Image, je voulais voir ce qui se faisait en termes de presse à l’époque, notamment Cœurs Vaillants et tout ce qui se faisait éditer le régime de Pétain. Je n’invente rien, les mises en pages étaient relativement complexes. Et lorsque tu remontes aux prémices de la bande dessinée, je trouve que ce sont des mises en pages complètement éclatées, des lectures particulières qui sont finalement l’essence même de la bande dessinée. Je pars du principe que je n’ai rien inventé et que j’ai simplement voulu réarticuler des possibilités de mises en pages très hétéroclites.

Quand Joseph crée, alors que votre bande dessinée est quasiment entièrement réalisée en noir et blanc, vous dressez des tableaux aux couleurs flamboyantes. C’est comme ça que vous concevez l’acte créatif ?

Pas forcément. J’aurais aimé faire plus de pages de ce genre, comme des respirations plus colorées, mais nous avons dû synthétiser. Ce lien à la couleur, vu que je suis en train de travailler sur le second volume, je me questionne énormément dessus. J’aimerais bien que, pour l’idée du temps futur, ce soit coloré, et que le passé soit en noir et blanc. Ces couleurs sont par ailleurs réalisée seule, au feutre.

Extrait de "La Vie souterraine", pages 32 et 33
© Les Requins marteaux

La Vie souterraine est sortie en octobre 2021... C’est votre première publication au long cours à paraître chez un éditeur. Avez-vous connu « le blues de la publication » ?

Je suis en plein dedans. Ce n’est pas évident. J’ai souvent des projets très denses et celui-ci est particulièrement monumental en termes de temps. Je ne sais pas comment je faisais pour me lever à 3h du matin pour me coucher à 23h le soir en ne parlant que de résistance, même lorsque je sortais rejoindre des amis. Lorsque je dessinais la phase où les Allemands débarquent, l’un de mes films de référence, c’était Papy fait de la résistance et je pensais sans arrêt à Gérard Jugnot et consort. Je parlais à mes amis comme les personnages du film et même eux ont finis par parler comme ça !

L’album se clôture donc sur scène du casse que nous évoquions plus haut. Graphiquement, la séquence est étonnante et tire vers l’art pictographique, pourquoi ce choix de traitement ?

Cette décision est extrêmement simple. Ce casse a été relativement improvisé, presque du jour au lendemain. Il y a très peu d’archives dessus, elles ont probablement été brûlées ou détruites. J’avais donc peu de détails sur la préparation et le transfert des fonds. Mais sur la scène en soit, il n’y a rien et je ne trouvais pas ça pertinent de redessiner une gare, des personnages planqués, etc. Je n’en avais pas forcément envie. J’ai toutefois envie d’en remettre une petite couche dans le second volet et de l’aborder à nouveau, mais différemment.

Extrait de "La Vie souterraine", pages 90 et 91
© Les Requins marteaux

Nous avons évoqué à plusieurs reprises le second volume à venir qui s’intitulera Les Silencieux. Et la trilogie n’est pas annoncée dès le départ, mais à la toute fin de l’album…

Dès la première version du projet, on suivait les personnages jusque dans les années 1960. Quand j’ai commencé à me mettre sérieusement dessus, Les Requins Marteaux m’ont expliqué que c’était impossible à tenir en 92 pages. Ce sera donc dans le second volume. Et ces questions d’époque et de temporalités me torturent l’esprit. Dans le deuxième, il faut que je revienne sur certains faits, que j’évoque le contexte de la Libération. On verra comment les personnages évoluent de manière indépendante jusqu’à ce qu’on les retrouve dix ans plus tard. Et ça, je ne sais pas encore comment je vais le faire. Mais je ne peux pas trop vous en révéler, vous verrez dans le tome 2 !

(par Thomas FIGUERES)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Source : Datalib
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