Bilan de l’année 2020-2021 de la bande dessinée : les acteurs de la culture jouent les prolongations

13 juillet 2021 15
  • Retour sur la malchanceuse mais néanmoins marquante Année de la BD 2020-2021. Ce devait être une fête, l’occasion d’accompagner pendant un an le 9e Art et lui ouvrir les portes d’institutions qui ne l’accueillaient pas jusqu’ici, anéantir les dernières appréhensions. Hélas, la crise sanitaire est passée par là et l’annus honorabilis est devenue une annus horribilis. Mais en dépit de ce contexte pourri, cette année restera remarquable en raison des avancées qu’elle a engrangées en particulier auprès d’institutions prestigieuses comme l’Académie française, le Collège de France, l’Académie des Beaux-Arts, le Musée Picasso ou La Cité de l’économie notamment.

Les six mois de prolongation de l’année nationale de la bande dessinée, BD 2020-2021, n’auront pas été vaines. À travers ses 2300 événements, si l’on en croit le communiqué officiel du Ministère de la Culture, la bande dessinée sera parvenue à se faire valoir en tant que support artistique, pédagogique, académique mais aussi patrimoine mondial. La BD française demeure de façon non négligeable l’un des meilleurs ambassadeurs de notre culture et notre langue.

Toujours selon le Ministère de la Culture, si 45 % des événements ont été organisés en bibliothèques et médiathèques, et 22,8 % sous forme d’expositions, il est à noter que les événements numériques se sont largement développés en raison du confinement, et que de nouveaux acteurs (collectivités territoriales, associations, institutions culturelles…) se sont investis dans la bande dessinée.

Encouragée par les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, et portée par le Centre national du livre et la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême, cette année aura été envisagée sous six grands angles :

Bilan de l'année 2020-2021 de la bande dessinée : les acteurs de la culture jouent les prolongations La bande dessinée comme medium populaire, avec le soutien à une quinzaine de festivals locaux, dont Angoulême, Saint-Malo, Lyon, Amiens, Blois, Aix-en-Provence ou Bastia, où s’organisent expos, ateliers et rencontres autour des auteurs de BD et leur travail ;

- La bande dessinée comme œuvre artistique, culturelle et patrimoniale, avec la présence de nombreuses expositions prestigieuses : exposition Emmanuel Guibert à l’Académie des Beaux-Arts, exposition Catherine Meurisse à Beaubourg, Picasso et la bande dessinée au Musée Picasso, Largo Winch à la Cité de l’économie, Le Château de Versailles dans la bande dessinée, etc. ;

- La bande dessinée comme outil éducatif, avec des résidences d’auteurs de BD en milieu scolaire, afin d’inspirer les jeunes générations, et au cœur des territoires, pour que les artistes s’inspirent du patrimoine pour le faire revivre dans leurs planches ;

- La bande dessinée comme objet académique, intellectuel et de recherche, via la tenue de masterclasses, colloques, d’un dictionnaire esthétique et thématique du 9e art : Le Bouquin de la bande dessinée, ou encore une commande nationale d’estampes par le Centre national des arts plastiques à douze artistes divers sensibles à la bande dessinée  [1] ;

- La bande dessinée comme secteur professionnel : avec l’organisation en distanciel par le Festival d’Angoulême d’un Marché international attirant 2000 participants venus de 35 destinations, et la publication de deux comptes-rendus, « Les Français et la lecture de bande dessinée » et « Panorama de la bande dessinée en France de 2010 à 2020 » (nous en parlerons prochainement) ;

- Enfin, la bande dessinée à l’international, soutenue par 85 opérations de promotion de la langue et la culture française, notamment au travers des Instituts français et les Alliances françaises dans le monde, comme le prouvent la « Fête de la BD » (Dubaï), le « Bilili BD » (Congo Brazzaville) ou même l’expo virtuelle « Afropolitan Comics » (Afrique du Sud) ;

Cette année aura donc été très dynamique pour l’ensemble des événements BD qui ont pu se réaliser en dépit de la crise sanitaire.

Citons, parmi les événements les plus importants :

- Un cycle de conférences au Collège de France avec Benoît Peeters en octobre 2020, sur Les Génies de la BD, partiellement reprogrammé en 2021, avec Catherine Meurisse (19/10), Emmanuel Guibert (10/11) et Jean-Marc Rochette (24/11) ;

Photo : Georges Seguin / © Wikimedia Commons

- L’organisation de résidences artistiques au sein de quatre monuments nationaux (châteaux La Motte Tilly et Ferney-Voltaire, maison de George Sand, monastère de Saorge et Villa Médicis à Rome) afin d’en promouvoir la richesse ;

- La mise en place d’un « plan auteurs » par le biais d’un groupe de travail réunissant différentes collectivités, acteurs institutionnels et culturels, entrepreneurs, tissu associatif, etc. ;

- Les ateliers Toute la France dessine conduits par des auteurs de bande dessinée au sein de différentes structures (bibliothèques, médiathèques, centres sociaux, prisons…).

Il faut espérer que toutes ces initiatives dans ces différentes structures se prolongeront au-delà de cette première mobilisation, à l’exemple de ce partenariat entre la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image et Vinci Airports, qui organiseront en 2022 l’exposition « La BD s’envole » dans huit aéroports du réseau en France. Cette exposition sera consacrée au thème de l’aviation dans la bande dessinée. Une résidence d’auteurs de bande dessinée devrait également avoir lieu au sein de l’aéroport de Lyon-St-Exupéry pour une durée d’un mois dans le cadre d’un partenariat élargi entre la Cité, le festival Lyon BD et l’Aéroport, afin d’aider à faire redécoller un secteur de l’aviation qui a beaucoup souffert de la pandémie.

Comme on le voit, en dépit des circonstances, le monde de la culture a bien accompagné le soutien à la bande dessinée qui a bien résisté pendant cette période de crise. Mais le soufflé ne risque-t-il pas de retomber après ces deux ans d’effort ? Les (bé)dés sont jeté(e)s !

(par Auxence DELION)

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LIRE AUSSI :

- Pierre Lungheretti : BD2020, premier bilan d’étape

[1Stéphane Blanquet, Clément Charbonnier-Bouet, Jérôme Dubois, Philippe Dupuy, Pierre La Police, Camille Lavaud, Gabrielle Manglou, Amandine Meyer, Lisa Mouchet, Saehan Parc, Loulou Picasso, Sammy Stein.

 
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15 Messages :
  • C’est bien beau tout ça ; institutions reconnaissantes, mise en avant d’auteurs et autrices déjà très médiatiques avant, mais en creux, jamais le métier n’a été aussi dévasté et notre condition encore plus à la ramasse. Le Covid est devenu une nouvelle excuse pour serrer un peu plus la vis sur nos contrats, voir, plus de contrat du tout. Tout ce battage médiatique pour ne laisser que des ruines et de l’argent investit en masse que pour la devanture. D’autres, ce sont bien rincés sur le dos des plus miséreux de la profession.

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    • Répondu par PATYDOC le 15 juillet à  06:42 :

      Le système est gangréné par l’intervention de l’Etat, qui fausse les conditions d’une saine concurrence : 1. Ce qui crée des situations de rentes 2. ce qui crée une clique de sangsues qui vivent sur les créateurs. Evidemment, comme les connaissances économiques du monde de la BD en général sont très réduites, les créateurs demandent encore plus d’Etat !

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      • Répondu le 15 juillet à  09:13 :

        L’Etat a fixé le prix unique du livre au début des années 80. Il n’intervient pas dans les contrats, ni dans les relations entre auteurs et éditeurs. Il n’a pas créé un statut pour l’auteur, il se contente de lui garantir une protection sociale et un de vos amis libéraux, Alain Madelin a créé la Maison des Artistes et l’Agessa, qui a permis aux auteurs de bénéficier d’un taux de prélèvement inférieur à celui pratiqué par l’URSSAF. Depuis on est repassé à l’Urssaf. Depuis, et si on exclut la poignée de livres qui obtiennent l’aide du CNL ( que je trouve honteuse pour ma part lorsqu’elle est attribuée à des livres publiés chez de gros éditeurs), l’intervention de l’Etat sur le secteur est quasi-nulle. On est déjà dans le modèle ultra-libéral que vous appelez de vos vœux. On connaît ce modèle, merci. On s’en accommode. On sait qu’il génère d’immenses fortunes et de grandes inégalités. Mais comme toute politique ultra-libérale, elle est impuissante à affronter les crises, krachs provoqués par elle-même comme en 2008, ou COVID récemment, sans une intervention massive de l’Etat. C’est l’Etat et donc l’argent public qu’on appelle au secours dans ces cas-là. C’est la limite du libéralisme. Aujourd’hui on peut considérer l’hyper-précarisation des auteurs comme une crise majeure. On ne demande pas des subventions de l’Etat. On demande qu’il joue son rôle de régulateur.

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  • Une annus horribilis avec une affichus horribilis.

    Comme on le voit, en dépit des circonstances, le monde de la culture a bien accompagné le soutien à la bande dessinée qui a bien résisté pendant cette période de crise.

    C’est quoi "la bande dessinée" (qui a bien résisté), pas les auteurs en tout cas, pour nous c’est la merde, et bien peu ont pu bénéficier d’aides pour la perte de revenu, ce dispositif n’était pas du tout adapté à la réalité de notre métier, une fois de plus. Ce sont toujours les mêmes qui se gobergent , ceux de la hype, ceux dans les petits papiers du culturo-intelligentia.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 14 juillet à  06:45 :

      Je suis toujours troublé qu’on puisse s’arroger la parole des auteurs par un "on". Que le processus d’accompagnement de la crise favorise plus certaines entreprises que les indépendants précarisés par la situation, c’est une évidence pour des millions de personnes dans ce pays. Il est vrai aussi que la librairie a mieux résisté que d’autres secteurs sinistrés (grâce au numérique de la FNAC ou d’Amazon, notamment, il faut le dire). Il n’est pas moins vrai que la plupart des grands festivals ont fait des efforts considérables pour rester sur le pont alors que la filière de l’événementiel était sinistrée. Notre article parlait globalement de la bande dessinée, un secteur qui concerne plein d’autres gens que les créateurs. Il n’existerait pas sans eux, c’est évident. Mais l’inverse est aussi vrai.

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      • Répondu par Onomatopée le 14 juillet à  08:27 :

        Certes Monsieur Pasamonik, votre démarche est globale. Mais comme beaucoup de journalistes, critiques BD, magazines ou sites BD, presse et radio, vous êtes déconnecté des réalités de terrain de ma "profession" (pas reconnue comme telle par l’administration et les éditeurs) et je vous invite à passer une journée avec un auteur pour mieux les comprendre. Il y en a marre de cette langue de bois dans l’édition et les médias. La BD va mourir et il n’y aura plus que des licences ou des bouquins pour riches.

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      • Répondu le 14 juillet à  13:40 :

        « ...un secteur qui concerne plein d’autres gens que les créateurs »
        Ah oui ! Ça on avait vu...

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    • Répondu le 14 juillet à  07:17 :

      C’est toujours la même histoire,
      on prend deux personnes, une qui gagne 500 balles, l’autre 10 000 et on nous annonce fièrement : "le salaire moyen est de 5250, vous voyez, tout va bien "...
      La, pareil : "La bande dessinée a bien résisté"...
      Quand on regarde la répartition des chiffres qu’on nous balance, c’est clairement pas dans les rémunérations et les droits d’auteurs ( que les éditeurs considèrent comme des charges... ) que ça a bien résisté.

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  • " notamment au travers des Instituts français et les Alliances françaises dans le monde"

    Je crois qu’il faut plutôt écrire : l’Institut français et l’Alliance française au singulier.

    Oui, ils font un travail de fond pour promouvoir notre culture française à l’étranger. Notre bande dessinée a besoin de s’exporter pour continuer de se développer.

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    • Répondu par PATYDOC le 15 juillet à  06:46 :

      Parce que c’est l’Alliance française qui va permettre d’exporter les BD ? Mais comment peut-on écrire des inepties pareilles ? Il serait bon que quelques auteurs de BD se mettent à faire du business !

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      • Répondu par Auteur du secteur indépendant le 15 juillet à  09:23 :

        Les alliances françaises voient souvent à leurs têtes des acteurs de l’édition BD, anciens directeur de collections ou éditeurs. Ce ne sont pas eux qui vont exporter le patrimoine BD à travers le globe. D’abord, ils vont faire du copinage en mettant en avant toujours la même production. Pour le reste, on verra aux calendes grecques.

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        • Répondu le 15 juillet à  09:47 :

          Les accusations de copinage ont bon dos. Le copinage existe aussi bien dans l’underground le plus radical que chez les gros capitalistes ou dans toutes les institutions. Tout le monde a des copains vers qui ira sa préférence. Ce que vous appelez copinage est seulement les relations humaines. Si vous ne vous constituez pas un réseau, même minimal, pas la peine d’entreprendre quoi que ce soit, restez dans votre griotte à peindre sur les parois et dans 40 000 ans, quelqu’un découvrira peut-être votre travail.

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          • Répondu par auteur le 15 juillet à  10:16 :

            Entre réseau et copinage, il y a toute une marge de grottes ! Dans le premier on peut agrandir ses contacts, dans le second on réduit la concurrence. La concurrence est bonne pour l’émulsion créative.

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      • Répondu le 15 juillet à  10:59 :

        Mais bien sur que des structures comme l’Alliance française, l’Institut français, le BIEF travaillent pour répandre notre culture et même notre bande dessinée. Mais bien sûr que dans les ambassades, les consulats, au CNL et au ministère de la Culture, des gens sont chargés d’affaires culturelles et travaillent pour essayer de faire bouger les lignes, pour exporter nos oeuvres, etc. Ce que vous êtes fatigants à débiter autant de conneries dans les commentaires ! Vous regardez toujours tout par le petit bout de la lorgnette. Je comprends l’agacement profond de Didier Pasamonik et Sergio Salma.

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        • Répondu par auteur le 15 juillet à  12:43 :

          Contrairement à vous, je suis dans le métier et je sais de quoi je parle pour l’avoir vécu, en tant qu’auteur, et expatrié pour la francophonie. Vous donnerez des leçons lorsque vous serez mieux informé, et encore...

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