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Des intégrales sous le sapin : des aventures de haut vol pour Le Lombard

  • L'éditeur bruxellois a mis les petits plats dans les grands en cette fin d'année ! Sont au rendez-vous : une épopée indienne, un thriller international, des enquêtes aéronautiques, un dénouement moyenâgeux, une saga historique conjuguée au féminin, des émotions au bord d'une frontière, une vision intime de la Seconde Guerre mondiale et des aventures contemporaines des plus exotiques.

Nous vous avons déjà expliqué à plusieurs reprises la stratégie du directeur éditorial du Lombard, Gauthier Van Meerbeeck : moins d’albums afin de mieux les accompagner pendant leur réalisation et leur sortie. Un modus operandi qui s’est surtout démarqué lors de ce dernier trimestre : alors que certains autres éditeurs ont quasiment doublé leur nombre de parutions, combinant celles qui étaient prévues aux précédentes décalées à cause du confinement, Le Lombard n’a aligné que douze nouveautés depuis la rentrée du mois d’août. Certainement un record en la matière !

Ce choix n’empêche pas le Lombard de maintenir une présence en librairie tout en continuant de mettre en avant ses choix éditoriaux. Outre une compilation de L’Élève Ducobu, on compte ainsi cinq versions alternatives de ses récentes parutions sur la même période : éditions limitées en noir et blanc, tirage de tête ou version spéciale pour la course du Mans.

Des intégrales sous le sapin : des aventures de haut vol pour Le LombardEnfin, l’éditeur bruxellois continue de valoriser son patrimoine en renforçant son implication au sein de ses intégrales. En plus de la compilation de Ducobu, Le Lombard a ainsi publié pas moins de neuf intégrales en moins de trois mois. Une stratégie patrimoniale de plus en plus marquée depuis plusieurs années, surtout lorsque ce volume fait pratiquement part égale avec les nouveautés.

Les épopées historiques

À l’instar de leur ancien magazine Le Journal Tintin, les éditions du Lombard ont toujours été portées sur les grandes sagas historiques. Outre Vasco que nous évoquerons par la suite, débutons ce tour d’horizon avec une femme de caractère créée par Jean Van Hamme : Rani.

Alcante et Vallès ayant terminé l’adaptation du feuilleton télévisuel l’année dernière avec la parution du huitième et dernier tome, Le Lombard propose dorénavant cette série sous la forme de deux intégrales. Chaque recueil est complété de cahiers graphiques de 4 pages de croquis chacun, réalisés par Vallès pour certaines séquences importantes du récit. Une belle occasion pour les lecteurs qui auraient fait l’impasse sur cette saga dominée par notre héroïne au tempérament plus qu’affirmé.

Chronologiquement plus proche de nous, la fameuse série Biggles, précurseure des séries d’aviation qui s’ensuivirent, bénéficie enfin d’un premier recueil. Prenant la suite des Éditions Lefrancq, puis Miklo, Le Lombard avait publié ces albums depuis 2003, et entame ainsi son intégrale avec les premiers volumes parus dès 1990 (et non pas selon la numérotation historique du Lombard).

Pour être plus clair, ce premier recueil reprend trois tomes, tous dessinés par Francis Bergèse qui a également dessiné Buck Danny à la même époque. Il s’agit des deux premiers titres de la collection, à savoir Le Cygne jaune et Les Pirates du Pôle Sud, adaptés des romans de William Earl Johns. Ils sont complétés par le premier tome de Biggles raconte, à savoir celui traitant de La Bataille d’Angleterre, toujours dessiné par Bergèse et cette fois scénarisé par Bernard Asso, au sein duquel il évoque la fameuse bataille aérienne de 1940 au-dessus de la Manche, mais aussi les bombardements sur l’Allemagne entre 1943 et 1945.

On profite de très belles compositions aériennes, de magnifiques dessins réalisés par Bergèse, portés par de belles couleurs : voici un recueil qui conviendra aux amateurs du genre qui n’auraient plus la force d’écumer les solderies pour dénicher ces premiers tomes. Après ce premier recueil, on espère une suite qui devrait comprendre Le Bal des Spitfire, Le Squadron Biggles et les deux tomes de L’Oasis perdue : à suivre…

Enfin, toujours autour de la Seconde Guerre mondiale vient de paraître l’intégrale des Temps nouveaux, qui réunit les deux tomes d’Eric Warnant & Guy Raives. Pour rappel, ce récit qui relate le retour d’un homme dans ses Ardennes natales s’articule en deux grandes parties : juste avant la guerre et après celle-ci.

La réunion des deux pans permet de mieux comprendre la construction des auteurs, si l’on n’avait pas eu l’occasion de lire l’ensemble des deux tomes. Les différentes personnalités s’affirment, au sein d’un tournant historique générateur de traumatismes.

Cette intégrale est enrichie d’un dossier baptisé « chronologie historique », avec effectivement un résumé des événements importants pour chaque année : de 1938 jusqu’au début de la guerre, puis après le 6 juin 44 jusqu’en 1945. Le tout est complété par plusieurs dessins au crayon et mis en couleur par le tandem d’auteurs.

Aventures contemporaines

Alors que le sixième tome de Tango vient déjà de paraître, voici le premier recueil de ce héros qui est devenu le nouveau fer de lance de BD réaliste au Lombard. Il réunit les trois premières aventures de la série réalisée par Matz et Philippe Xavier. Une stratégie efficace pour aller chercher un nouveau public avec un ouvrage pas trop onéreux : pour moins de 30 € (à la place de 45 € pour les trois albums), les lecteurs profitent donc des magnifiques aventures de Tango, oscillant entre western et balade océanique.

Dépaysement garanti avec cette forme d’hommage à Bernard Prince, et aux années que Philippe Xavier a passées en Amérique du Sud. Surtout que le lecteur profite d’une pagination intense avec près de deux cents pages d’aventures, soit l’équivalent de quatre albums standards.

On peut regretter qu’un véritable dossier ne puisse éclairer le lecteur sur les coulisses de la série, mais l’on profite tout de même du petit carnet de voyage de 6 pages reprenant le repérage de Matz et Xavier en Bolivie et qui complétait le tome 1. Celui-ci est agrémenté de superbes photos qui permettent de comprendre la dimension des paysages que les auteurs voulaient donner à leur série. Une belle façon de donner envie aux lecteurs de continuer leur route aux côtés de Tango, surtout que la série a encore de beaux jours devant elle. Le cadeau idéal à (se) faire pour une belle évasion !

Changement de décor avec CH Confidentiel, un groupe de flics membres de la « Brigade des enquêtes réservées », une unité qui n’existe pas dans la réalité, et qui serait une sorte de DST helvétique qui interviendrait sur des dossiers irrésolus quand toutes les voies de l’enquête se trouvent sans issue, ainsi que nous vous l’expliquions précédemment.

Au sein de cette trilogie regroupée pour l’occasion en un seul volume, Ceppi ne met pas en scène des enfants de cœur : le ton est rude, il y a peu de place pour les pin-up sexys, mais le propos authentique et le rythme au couteau tiennent en haleine de part en part. Pour les fans de polar et de magouilles en cascades !

Changement radical d’ambiance avec le fabuleux diptyque d’Olivier Grenson intitulé La Douceur de l’enfer. Près de dix ans après la parution du second tome, voici enfin l’intégrale de ce qui reste certainement l’une des plus belles réussites d’Olivier Grenson, sans doute car il l’a lui-même écrite.

Pour rappel, ce récit raconte la quête initiatique de Billy Summer, un jeune Américain qui part assister au rapatriement de la dépouille de son grand-père, mort 60 ans plus tôt au cours la Guerre de Corée. Une magnifique histoire d’amour et de tourments, autour de la séparation entre les deux Corées.

Après une grande illustration pour commencer le récit, et un croquis avec citation de Borges (qui vient remplacer celle d’Oscar Wilde dans le premier tome), on plonge littéralement dans ce récit composé autour de la fameuse zone démilitarisée du parallèle 50. Le tout complété par un dossier de dix pages rempli de notes et de crayonnés réalisés par l’auteur. Olivier Grenson y parle de ses inspirations, de l’écriture du scénario et de ses modifications en cours de route. Passionnant et remarquablement agencé avec ses dessins complémentaires. Certainement l’un de nos coups de cœur de cette sélection !

Sacré Derib

Notre second coup de cœur va certainement à Red Road, qui bénéficie de la même présentation que pour Celui qui est né deux fois paru il y a six mois : maquette simple avec ce profil sur fond rouge, le tout parachevé par un solide dos toilé noir. Déjà une invitation au voyage !

Derib accomplit en effet la deuxième partie de son périple amérindien, en retrouvant ce peuple qu’il affectionne tant. Ici, notre jeune héros qui a perdu ses racines et doit les retrouver pour mieux renouer avec lui-même. Les compositions de pages sont splendides et n’ont rien perdu de leur efficacité après plus de vingt ans.

Les liens avec Celui qui est né deux fois sont évidents, et il vaut mieux avoir lu le précédent pour mieux comprendre toute la portée du récit de Derib, qui s’articule magnifiquement avec ces deux grands récits au long cours.

Mais avec Red Road, Derib ne se limite pas aux Indiens, il parle également de son amour des chevaux. L’une de ses juments est d’ailleurs l’une des héroïnes du récit comme l’explique son fils Arnaud Derib dans l’introduction de ce volume. D’après ce dernier, Red Road est « est l’œuvre majeure de la carrière d’auteur [de mon père], il y a mis ses "tripes", sa foi en l’être humain, son amour pour les indiens et les animaux. »

Comme le précédent recueil, un dossier graphique clôture l’ouvrage, avec des couvertures des premières éditions, de belles illustrations en couleur et de très beaux dessins au crayon.

Les adieux à Vasco

Dernier volume et non des moindres, le dixième recueil de Vasco marque le tomber de rideau après la fin de la série sur le tome 30. Il regroupe logiquement les trois derniers tomes, complété comme à chaque fois par un très beau dossier didactique. Sans surprise, il est signé par Luc Révillon, grand ami de Gilles Chaillet, et qui depuis la disparition de ce dernier cosigne avec son épouse les scénarios de la série.

En tout humilité (et amitié), Luc Révillon ne centre pas ce beau dossier de 22 pages sur les trois derniers titres qu’il a donc cosignés, mais bien sur la carrière de Gilles Chaillet lui-même, et surtout son implication dans ce qui restera certainement comme sa série-phare : Vasco. Cette petite biographie débute avec la passion de la Rome antique ressentie par le jeune Gilles, doublée par son admiration pour la bande dessinée, à commencer par Alix de Jacques Martin.

Ponctué de verbatim de Chaillet, Luc Révillon déroule ainsi la vie d’un passionné de l’Histoire et du Neuvième art, via des anecdotes, des planches inédites, des photographies, des documents de référence, etc. On y découvre surtout comment Gilles Chaillet a créé le personnage de Vasco en 1969, lui faisant tout d’abord vivre plusieurs aventures au IIIe siècle. Mais pas question pour Le Journal Tintin d’éditer deux séries sur la même thématique, et impossible de faire de l’ombre à Alix.

Quelques années plus tard, devenu l’assistant de Jacques Martin, Chaillet saisit l’opportunité qu’on lui laisse, et cette fois il décide de transposer son héros dans l’Italie du Trecento. Une évocation dans ce recueil qui permet de faire le lien avec le dossier écrit par l’auteur lui-même dans le précédent recueil de cette intégrale.

Si l’on aurait apprécié bénéficier des premiers récits inédits de Vasco dans leur totalité, d’autres éléments sont tout aussi passionnants, comme cette planche de Corentin tirée de la nouvelle de Jean Van Hamme, Les Trois Perles de Sa-Skya, 35 ans avant que Christophe Simon ne lui donne une version plus complète. De plus, Luc Révillon ne manque pas de dresser le portrait de Chantal Chaillet et de Dominique Rousseau, ses complices sur la fin de la série.

S’il n’évite pas certaines redites, ce dossier est sans doute l’un des plus chaleureux hommages adressés à Gilles Chaillet par le biais de son héros Vasco. Une belle façon de mettre l’auteur en avant, en allant chercher dans les mille pages d’aventures de la série les éléments qui le définissent au mieux, comme son goût pour les plaisirs culinaires, mais aussi pour les détails architecturaux et les décors. Le tout se termine par une biographie résumée de Vasco : incontournable pour les lecteurs qui ont suivi ses aventures pendant 40 ans.

La preuve que Le Lombard sait soigner ses héroïnes et ses héros !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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