Les Schtroumpfs entrent en guerre contre la malbouffe

17 août 2017 0 commentaire
  • Variation thématique annuelle pour les petits hommes bleus : cette fois, ils ont cette fois décidé de s'attaquer au régime alimentaire, 100% calorique pour une partie d'entre eux ! Un excellent album engagé, très bien mené de bout en bout, et qui rend hommage au travail du dessinateur Pascal Garray, décédé il y a quelques mois.

Ce n’est certes pas la première fois que les Schtroumpfs s’attaquent à des questions de société, en démontrant par l’entremise de leur microcosme comment certains sujets pouvaient diviser leur petite communauté, et donc la nôtre. Mais la thématique aura rarement été aussi polémique que celle des Schtroumpfs et des Haricots mauves !

Derrière ce titre sibyllin, Thierry Culliford, le fils de Peyo, et Alain Jost, co-scénariste de la série depuis dix ans, se focalisent sur un vrai problème sociétal : nos habitudes alimentaires, la sédentarisation et ses conséquences, ainsi que le manque de diversité alimentaire dans nos assiettes. L’attaque se porte aussi sur les fameuses « frites belges », un symbole d’autant plus puissant au sein du Plat Pays, que ses "fritkots" (baraques à frites) ont récemment été classées au patrimoine immatériel de l’Unesco !

Les Schtroumpfs entrent en guerre contre la malbouffe

En effet, tout allait pourtant bien avant que le Grand Schtroumpf ne rapporte ses drôles de haricots mauves. Suite à un hiver particulièrement rigoureux qui avait provoqué une disette pour sa communauté (on se rappelle de La Faim des Schtroumpfs), le chef du village avait cherché un autre met qu’on pourrait cultiver et conserver pour les mois les plus rudes. Voilà que non seulement ses petits schtroumpfs l’apprécient, mais qu’ils ne veulent plus manger que cela, l’accommodant à toutes les sauces et délaissant complètement la salsepareille !

L’effet calorique sur leur tour de taille en fait réagir certains. Dont la Schtroumpfette qui lance dès lors un nouveau groupe anti-haricots prônant le retour aux fruits et aux légumes, et qualifié par les autres de "Schtroumpfeurs de salade". Une fois de plus, le village se divise : entre d’un côté, les mangeurs de carottes rachitiques qui lorgnent sur les cornets de frites de l’autre camp ; et de l’autre les adeptes des haricots qui multiplient les régimes minceurs express pour tenter de rétablir leur ligne. Et il vaudrait mieux que cela fonctionne, car Gargamel approche, et il n’aura aucun souci pour attraper ces Schtroumpfs ventripotents !

Comme il se doit, le niveau de lecture du scénario reste adressé principalement à un lectorat jeunesse. Le but n’est pas de critiquer un mode de consommation ou l’autre, mais d’oser poser quelques questions alors que l’Union Européenne tire la sonnette d’alarme concernant l’obésité croissante de sa population. En dépit d’un climax en-dessous de nos espérances, ce récit est un modèle du genre : on entre vite dans l’histoire, la séparation des clans fait sourire autant que réfléchir, et l’utilisation de la thématique pour une série de gags permet de la développer avant d’embrayer sur l’affrontement final.

Quoique habile au sein des séquences elles-mêmes, le découpage d’Alain Jost apporte toutefois quelques frustrations : deux ou trois plans d’ensemble bien disposés au sein de l’album, avec un nombre de schtroumpfs diversifiés, auraient permis de mieux appréhender l’effet de ces circonstances sur cette communauté.

Dans ce schisme schtroumpf culinaire, les membres du jury prennent des airs de conspirateurs (voir le Schtroumpfissime)
Pascal Garray
Photo DR © IMPS

Quant au dessin de feu Pascal Garray, ses Schtroumpfs sont expressifs, servant à merveille le récit, même si, comme nous l’avons expliqué, nous aurions parfois voulu mieux nous rendre compte de la différence de tour de taille entre les deux clans au sein du village !

Le Studio Peyo a d’ailleurs voulu saluer ses 27 ans de travail en son sein en rajoutant un cahier graphique de huit pages qui lui sont consacrées. On y retrouve la présentation de quelques planches, du story-board à la version finale, ainsi que les essais de couvertures et un émouvant dessin final.

Bref, un album à consommer, c’est le cas de le dire, sans aucune modération, et à partager autour de vous, surtout avec la jeune génération !

(par Charles-Louis Detournay)

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