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Ralph Meyer et Caroline Delabie sur la série Undertaker : "L’inspiration, elle vient de nous trois"

Par François RISSEL le 5 décembre 2022                      Lien  
Undertaker est un phénomène. Un best-seller de qualité qui ne cesse de gagner en intensité album après album. Alors qu’un art-book consacré à la série sort en librairie, nous avons eu envie de revenir, avec deux de ses créateurs, sur ce western devenu incontournable. Nous avons donc rencontré Caroline Delabie et Ralph Meyer respectivement coloriste et dessinateur sur la série. Un entretien dans lequel l’autrice et l’auteur s’interrogent sur le genre, leurs méthodes de travail et les prolongements de ce projet.

Après six tomes d’Undertaker, quel est le bilan que vous portez sur cette série et sur votre travail ?

Ralph : Avant tout, que c’est une merveilleuse aventure, de bout en bout. Nous faisons vraiment le projet que nous avions envie de réaliser avec [Xavier Dorison] et Caro. Le succès a d’ailleurs été immédiat, donc c’est excessivement agréable. Chaque tome est attendu, et nous nous rendons compte que nous ne sommes qu’au début de l’aventure car nous avons encore plein de choses à raconter avec ce personnage, dans cet univers-là.

Caroline : : Nous continuons à nous amuser après six tomes, autant qu’au premier. L’émulation est toujours là. Il y a des choses immédiates en termes de communication, une connivence qui est optimale et c’est vraiment réjouissant de travailler comme cela.

Ralph Meyer et Caroline Delabie sur la série Undertaker : "L'inspiration, elle vient de nous trois"
Dargaud © Meyer, Dorison, Delabie

Est ce que vous êtes soucieux de plaire au lectorat, ou à l’inverse, de faire une histoire qui vous plaise à vous avant tout ?

Ralph : On est assez égoïstes là-dessus (rires), nous essayons de nous faire plaisir avant tout, et on part du principe que si c’est le cas, c’est quelque chose qui va transparaitre dans notre travail, et je pense que c’est la meilleure manière d’être respectueux de notre public.

Caroline : Je suis entièrement d’accord ! Si l’on doit commencer à avoir comme contrainte le fait de « faire en fonction de », ça devient ingérable et satisfaisant pour personne.

Comment est-ce que l’on se réapproprie un registre aussi incontournable que le western ?

Ralph : Réaliser un western était un vieux fantasme. Le déclencheur a été de trouver ce personnage de croque-mort qui nous permet de revisiter le genre et ses passages obligés, mais avec un décalage qui nous apporter une certaine fraîcheur, je pense. Aujourd’hui, nous avons fait le tour de ces passages obligés et on entre dans une nouvelle phase au sein de laquelle nous avons envie de raconter des histoires qui nous touchent. Je pense, enfin j’espère, que nous parviendrons avec le tome 7 à une phase de maturité de la série.

Caroline : La spécificité d’Untertaker, et ce qui en fait un western décalé par rapport au reste de la production, ce sont aussi les thématiques abordées par chaque diptyque et la façon dont Xavier les traite. Chaque cycle évoque un enjeu contemporain-clé, comme l’accaparement des richesses dans le premier, par exemple. Cela est traité de manière originale par l’approche-même du western. Ce qui permet de développer un ton et un traitement particuliers.

Dargaud © Meyer, Dorison, Delabie

Sur la couleur, de quelle manière travaillez-vous les planches et quelles sont vos inspirations ?

Caroline : L’inspiration, elle vient de nous trois, c’est un travail d’allers-retours. Quand Xavier travaille sur le scénario, il accumule de la documentation, il y a des choses qui nous parlent plus que d’autres, mais il nous envoie toujours un dossier ou des planches avec des photos, des dessins et des peintures qui l’inspirent. Ralph fonctionne de manière identique : il projette les couleurs sur son dessin, donc en général quand il travaille les planches, il a déjà une idée du résultat auquel il veut parvenir. Je dispose également de ce confort avec lui de ne pas devoir rattraper des erreurs graphiques. C’est le souci de la couleur : si le dessin n’est pas solide, on fait ressortir ses défauts, or chez Ralph, il n’y a pas de défauts.

C’est réellement une série à six mains finalement ?

Caroline : Ah mais complètement ! On intervient constamment dans la partie des autres que ce soit le scénario, le dessin ou la couleur.

Ralph : Et surtout au niveau de l’écriture, nous discutons de façon approfondie du scénario. Et chacun peut revenir ensuite après que Xavier se soit lancé dans l’écriture, sur les dialogues, etc. Et une fois que cela est calé, j’attaque le storyboard.

Dargaud © Meyer, Dorison, Delabie

Comment composer une proposition nouvelle et audacieuse, avec un imaginaire aussi foisonnant derrière soi ?

Ralph : C’est le récit qui est le moteur de ce genre de décalage. Je pense qu’il faut trouver une documentation qui soit vraiment adaptée à l’histoire que nous voulons raconter. Dans le tome 7, nous allons aborder une thématique clivante et hélas d’actualité, liée au droit des femmes. Nous avons le sentiment que sur ce diptyque, nous tenons l’une des meilleures histoires de la série. Je me réjouis vraiment que l’album soit terminé et qu’il sorte bientôt.

Un mot de la fin peut-être ?

Ralph : Vous parliez de bilan tout à l’heure, une belle synthèse de ce projet va sortir sous la forme d’un artbook qui reprend tout le travail que j’ai effectué sur Undertaker, avec les illustrations que j’ai pu faire sur le côté. Un beau livre de 300 pages, publié chez Dargaud et qui est pour moi un premier bilan de la série.

Caroline : De mon côté, j’espère que ça va continuer comme ça, car nous prenons énormément de plaisir à travailler sur Undertaker.

Dargaud © Meyer, Dorison, Delabie

(par François RISSEL)

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Code EAN : 978-250511834

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Photo Médaillon : François Rissel

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