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Xavier Dorison & Thimothée Montaigne réinventent le thriller maritime - [PODCAST]

Par Charles-Louis Detournay le 16 décembre 2022                      Lien  
Décidément, 2022 nous aura réservé des surprises jusqu'au bout de ses sorties ! Et l'une des plus imposantes de cette fin d'année reste cet ouvrage en grand format de 130 planches. Une immersion sans concession dans le quotidien des marins et des voyageurs du début du XVIIe siècle. Servie par deux auteurs au diapason !

On n’avait plus vu cela depuis le premier tome des Passagers du vent, et encore, difficile de faire une comparaison entre l’album de Bourgeon et cet oppressant thriller où tous les coups sont permis. Et l’on tremble d’autant plus lorsqu’on sait que cette épopée maritime est inspirée de faits réels comme l’explique Xavier Dorison à notre micro, accompagné par Thimothée Montaigne bien entendu :

Rappelons tout d’abord les faits : nous sommes en 1629 comme le titre l’indique, et la Compagnie hollandaise des Indes orientales (VOC), la plus riche société que l’Histoire ait jamais connue, affrète le Jakarta, fleuron de son immense flotte. Destination : l’Indonésie. Cargaison : assez d’or et de diamants pour corrompre l’empereur de Sumatra.

À son bord, plus de 300 personnes issues de la misère et de la criminalité d’Amsterdam. Et du côté des officiers, ce n’est pas vraiment mieux, il semble que seuls des désespérés prennent place pour ce voyage. Attisée par l’or et la violence des officiers, la tentation d’une mutinerie grandit, faisant du Jakarta une véritable pourdrière

Un homme est prêt à allumer la mèche pour nourrir sa cupidité autant que ses rêves de grandeur : Jéronimus Cornélius. Apothicaire ruiné, recherché par l’Inquisition, il est le capitaine en second. Cultivé, intelligent, charismatique, rien ni personne ne semble en mesure d’empêcher son funeste projet de massacre et de prise du pouvoir sur le navire.

Personne sauf… une invitée inattendue dans ce voyage effroyable, Lucrétia Hans. Femme de la haute bourgeoisie qui doit rejoindre son mari en Indonésie juste après avoir enterré son dernier né. Et Jéronimus qui voit en elle un objet de désir et de fascination. Avec un marin, Hayes, cette innocente perdue au milieu de cet enfer sur mer pourrait être le dernier rempart contre cet homme qui semble plus psychopathe qu’apothicaire.

Si le cadre de ce voyage maritime funeste vous rappelle quelque chose, c’est sans doute parce que Dabitch & Pendanx y ont également consacré une série chez Futoropolis il y a 15 ans. Mais cela ne gâche aucunement le plaisir, enfin disons plutôt l’inquiète fascination qui nous saisit à la lecture du premier tome de ce diptyque baptisée 1629. Tout l’intérêt du récit tient dans trois ou quatre personnages principaux, entourés par d’horribles criminels et de pieux (mais surtout candides) bourgeois.

Qu’est-ce qui pousse un homme ou un groupe d’hommes à suivre des règles ou à les enfreindre ? Comment pousser un individu au paroxysme de ses limites, en bafouant son autorité, son intégrité, le peu d’estime que les convenances lui maintiennent encore un peu, pour le ou la faire basculer dans la folie animale, là où la raison n’a plus sa place ? Voilà tous des sujets qu’aborde Xavier Dorison, en choisissant comme cadre ce bateau en guise de huis-clos, ces quelques centaines de mètres carrés où s’entassent les riches et les pauvres, les valorisés et les parvenus, les seigneurs et les vaincus... Jusqu’à ce que tout s’inverse !

Relever cette gageure graphique nécessitait une belle osmose avec le scénariste, ainsi qu’un talent qui ne demandait qu’à exploser. Deux qualités réunies dans le chef de Thimothée Montaigne, avec qui Dorison avait coréalisé Julius, le prequel du Troisième Testament.

Mais voilà, cela faisait bientôt dix ans que le dessinateur s’était glissé dans des styles graphiques ô combien méritants, mais qui n’étaient pas le sien (Julius, Le Prince de la nuit). On ressent dès lors une forme d’explosion graphique bienvenue au sein de ce thriller maritime. Qu’il s’agisse d’une scène d’action ou de joutes verbales, la tension culmine dans les visages et les gestes, de quoi transmettre l’angoisse permanente de ce cercueil flottant au lecteur.

Les imposantes dimensions de l’album y contribuent : 35 cm sur 24. 136 pages reliées par une couverture marquée à chaud et dorée pour lui donner l’allure d’un ancien livre avec son signet. L’éditeur s’est donc mis au diapason de ses auteurs pour offrir un bel écrin à ce thriller maritime. De quoi passer un beau moment au coin du feu, tout en étant transporté de l’autre côté du globe, et en même temps dans les tréfonds abyssaux de l’âme humaine.

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782344045107

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1629, ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta, T. 1 : L’apothicaire du diable - Par Xavier Dorison & Thimothée Montaigne - Glénat
Paru le 16 Novembre 2022 - 136 pages - 35 €

Concernant la même thématique, lire nos articles concernant la série Jéronimus :
 Jeronimus - T1 - Par Dabitch & Pendanx - Futuropolis
 Jeronimus T2 - Par Dabitch & Pendanx - Futuropolis
 Jeronimus T3 – Par Dabitch & Pendanx – Futuropolis
 Ainsi que l’interview de Jean-Denis Pendanx : « La peinture permet de ralentir la narration ! »

Photo des auteurs en médaillon et en survol : Charles-Louis Detournay.

1629, ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta Glénat ✍ Xavier Dorison ✏️ Thimothée Montaigne à partir de 13 ans Policier, Thriller Histoire
 
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1 Message :
  • Il est vrai que c’est une merveille, ce livre...
    Des que mes sieux sont croisés ce livre, j’ai déjà été surpris par ça taille... plus grand que la moyenne... puis sont dessin... Ont à le sentiment de pouvoir plonger dedans... Ont ès aspiré.
    Et l’époque... Moi qui est toujours emer l’histoire...Et les bateaux anciens.... Oui un bien cadeau ça me ferait.🤗♥️

    Répondre à ce message

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