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Angoulême 2023 : Junji Ito, Dans l’antre du délire

Par Jaime Bonkowski de Passos le 26 janvier 2023                      Lien  
La cinquantième édition du FIBD est aux couleurs du manga, et l'une des expositions les plus attendues de l'événement est bien sûr celle consacrée à Junji Ito. "Dans l'antre du délire" nous embarque pour une balade au cœur des névroses et obsessions du maître de l'horreur, un parcours émaillé d'innombrables planches originales disposées dans une scénographie soignée qui mise tout sur l'immersion. Assurément un temps fort que les amateurs ne voudront rater sous aucun prétexte.

Angoulême 2023 : Junji Ito, Dans l'antre du délireIl fascine, angoisse, terrifie, émeut : il ne laisse personne indifférent. Junji Ito est de ces auteurs qui marquent leur génération autant qu’ils marquent leurs lecteurs. Mis à l’honneur d’une ambitieuse exposition au FIBD 2023, nous avons pu la visiter en sa compagnie, il la découvrait alors pour la première fois aux côtés de Stéphane du Mesnildot, commissaire d’exposition.

Doc Martens aux pieds, costume classieux et lunettes d’écoliers, Junji Ito ne départ pas de son sourire d’enfant alors qu’il découvre ses propres planches sur les cimaises. Elles sont accrochées à des murs joliment habillés à la manière d’un intérieur de maison traditionnelle japonaise, une rue un peu inquiétante, et un temple vaguement hanté.

Le contraste est saisissant à voir, cet homme discret et propre sur lui qui déambule parmi des dessins absolument horrifiants tout droit sortis de son imagination. Il cache bien son jeu...

Pour introduire l’exposition, son commissaire monsieur Stéphane du Mesnildot évoque évidemment la référence à Carpenter, "pour les proximités de thèmes que ces deux géants de la pop culture partagent". Sans plus de cérémonie, il nous emmène dans la première partie de l’exposition, consacrée à une obsession majeure d’Ito : "l’horreur domestique. C’est celle qui surgit des espaces restreints et circonscrits de la maison traditionnelle japonaise, comme celle qu’a habité l’auteur dans sa jeunesse. L’horreur à hauteur de tatamis."



C’est un autre thème essentiel d’Ito qui habite la deuxième partie de l’exposition : le commissaire décrit "l’horreur sociale, et la darkside de la beauté normative omniprésente dans le Japon des années 80. C’est la terreur qui croît pendant la bulle économique, dans un pays qui imagine son opulence éternelle, vénère des idol (chanteuses souvent très jeunes, NDLR) et voue un culte à la beauté artificielle et contrôlée."

Après un virage, nous voilà maintenant dans une rue japonaise typique, quoiqu’à l’instar de celles d’Ito, on la devine hantée par des fantômes et des esprits malfaisants. "Il met en scène une horreur issue des légendes urbaines, de la tradition et des jeux d’enfants immémoriaux. Qu’elles soient urbaines ou rurales, il réinvente ces superstitions qu’au Japon tout le monde connaît, comme le jeu de l’oracle par exemple."


Puis, après un ultime passage sur l’horreur dantesque et cyclopéenne d’un Ito apocalyptique proche de Lovecraft, du Mesnildot nous fait découvrir les deux dernières parties de l’exposition dédiées aux deux œuvres les plus emblématiques de l’auteur : Spirale et Tomi. Et comme souvent avec le maître, l’expérience se passe de mots.



Parmi les innombrables expositions qu’a accueilli en 50 ans le FIBD, Dans l’Antre du Délire est dans le haut du panier. Les planches exposées sont absolument sublimes, et pouvoir découvrir de ses propres yeux le génie d’Ito, la virtuosité de son trait et la puissance de son esthétique est une chance inouïe qui justifierait à elle seule l’exposition. La mise en scène est également réussie, parvenant assez bien à nous immerger dans les ambiances voulues sans l’effet "carton-pâte" qu’on voit souvent sur ces types de décors.

On regrettera peut-être un poil la timidité de l’analyse proposée, l’exposition se voulant surtout démonstrative plutôt que réflexive, mais ne boudons pas notre plaisir : aller au FIBD 2023 sans visiter Dans l’antre du délire, c’est rater son FIBD 2023.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Crédits photos : © Jaime Bonkowski De Passos / Stéphane Grobost / Pierre-Alain Aignan.

Mangetsu ✏️ Junji Itō Angoulême 2023
 
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10 Messages :
  • Eh ben, Bastien Vivès est un ange à côté. Vite, vite, la censure !!!

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    • Répondu par Milles Sabords le 27 janvier à  09:12 :

      Junji Ito ne dessine pas non plus, un gamin membré comme un âne perdu au milieu de seins hypertrophiés…

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      • Répondu le 27 janvier à  17:23 :

        Ah et c’est interdit, ça ? Je croyais qu’on attendait que la justice se prononce à nouveau ? C’est vous la justice ?

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        • Répondu par Milles Sabords le 29 janvier à  06:38 :

          Vous parlez de censure pour deux œuvres qui sont diamétralement opposées, qui ne véhiculent pas le même message, ni les mêmes questionnements sur la société. Le fond ne fait pas la forme. Je ne suis pas la justice, mais vous n’êtes pas la morale non plus.

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          • Répondu le 29 janvier à  20:23 :

            Vous répondez à côté comme souvent. En ce qui me concerne, je ne fais ni la morale ni la justice. Aucun de ces deux auteurs ne me choquent en rien. Je suis pour la liberté d’expression. Les seules limites sont fixées par la loi, pas par des talibans ou des pétitionnaires quels qu’ils soient.

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            • Répondu par Milles Sabords le 30 janvier à  10:19 :

              C’est plutôt votre confusion entre censure et liberté d’expression suivant le message que peuvent véhiculer certaines œuvres, qui est à côté.

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              • Répondu le 30 janvier à  13:33 :

                Aucune confusion, je suis pour la liberté d’expression totale dans les limites prévues par la loi.

                Répondre à ce message

                • Répondu par Milles Sabords le 1er février à  16:51 :

                  Des limites sont prévues par la loi, mais leurs applications dans un prétoire sont à géométrie très variable. Vous devriez assister à un procès, tout ne s’applique pas toujours à la ligne...

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                  • Répondu le 3 février à  20:01 :

                    Ben heureusement ! C’est comme ça que fonctionne la justice dans une démocratie. Il n’y a pas d’automaticité des sanctions, il n’y a que des jurisprudences. C’est humain la justice, donc c’est forcément imparfait. Sinon, vous pouvez toujours croire à la justice divine.

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  • Il est regrettable que Vivès soit de nouveau sous cet article, vous ne pensez pas ? Là n’est pas le sujet, qu’on apprécie son travail ou non

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