Prix Artemisia 2022 : six titres primés et des autrices à suivre

  • Fondé en 2007 par Chantal Montellier et Jeanne Puchol, le Prix Artémisia met à l’honneur la production féminine dans la bande dessinée. Décerné le jour de la naissance de la philosophe et écrivaine Simone de Beauvoir, il récompense six albums cette année, dans autant de catégories différentes...

Les membres du jury ont annoncé hier les lauréates : cette année, il y aura six albums primés sur les quinze titres en compétition. Le jury était composé de Chantal Montellier (Bédéaste et co-fondatrice du Prix), Isabelle Beaumenay-Chaland (directrice artistique des « Rencontres Chaland), Julie Scheibling (enseignante en histoire-géographie), Gilles Ciment (théoricien du cinéma et de la bande dessinée, ancien directeur de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image), Patrick Gaumer (écrivain, journaliste, auteur du Dictionnaire mondial de la BD chez Larousse) et Pascal Guichard (directeur artistique et graphiste).

Pour cette édition, Laurent Gervereau (plasticien, écrivain, directeur du Musée du vivant, Président de l’Institut des images) était le président d’honneur tandis que Gilles Ratier (écrivain, journaliste, auteur du rapport annuler sur la situation économique et éditoriale de la bande dessinée, rédacteur en chef de bdzoom.com) était le Parrain des Prix.

Prix Artemisia 2022 : six titres primés et des autrices à suivre
© Albin Michel

Pour 2022, le Grand prix a été attribué à Gianna d’Arianna Melone (Albin-Michel). Elle y raconte les combats d’une jeune militante italienne des années 1970 pour le droit à l’avortement ou à la libération sexuelle. Gianna refuse de se soumettre aux normes qui entravent la liberté des femmes, mais son mode de vie n’est pas au goût de tous...
Pour l’illustration, l’autrice utilise une technique bien maîtrisée : un mélange de crayon de couleur et d’aquarelle.
Pour François Rissel d’ActuaBD.com, Gianna est "un album avec des thématiques très actuelles qui est un premier essai pertinent et cependant intrigant, qui donne envie de savoir dans quelles directions compte s’orienter son autrice par la suite."

© Editions Çà et là

Le Prix Spécial a été décerné à La Grâce de Emmi Valve, une autrice finlandaise (Éditions Çà et là). L’autrice se livre à une quête introspective et partage son quotidien de dépressive chronique dans une autobiographie sincère et invitant à la réflexion. Dans le même temps, Emmi Valve procède à une exploration artistique avec des dessins très expressifs qui permettent au lecteur d’appréhender ce que l’autrice a traversé.
Pour Frédéric Hojlo sur ActuaBD.com : " L’emploi des couleurs est particulièrement impressionnant - en ce sens que ce sont les couleurs qui le plus souvent font naître les impressions et les émotions dans La Grâce. Passant fréquemment du chaud au froid, la dessinatrice transcrit des ambiances comme des états intérieurs. Le choix de l’aquarelle permet des variations infimes et infinies, soulignant la complexité du mal qui la ronge, la diversité de ses pensées et de ses affects, et même la liquéfaction de son être. [...] La Grâce se distingue par l’empathie qu’il provoque. Profondément sincère, parfois dur, il ne sacrifie pas pour autant la réflexion, notamment sur le rôle que l’art peut jouer dans un processus de soin. "

© Les Arènes

Le Prix Témoignage a été alloué Dessiner encore de Coco (Les Arènes). La dessinatrice de Charlie Hebdo et première à découvrir le massacre d’il y a sept ans illustre sa thérapie, après cette vague qui l’a submergée. En se soignant, elle rend hommage à ses compagnons : Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Cavanna aussi. Et Riss.
Voilà ce qu’en disait Didier Pasamonik sur ActuaBD.com : " Les dessiner, les redessiner, les dessiner encore, est une manière de redonner vie, à leurs dessins, à leurs sourires, à leur liberté. Des dessins encore pour effacer le crime. Rageuse nécessité de faire renaître la feuille satirique avec les survivants pour montrer aux assassins et à leurs commanditaires qu’ils ne pourront jamais annihiler un tel symbole de liberté. "

© Glénat

Le Prix Investigation a été octroyé à Nellie Bly, dans l’antre de la folie de Carole Maurel et Virginie Ollagnier (Glénat). Celle qui fut l’une des pionnières du journalisme et du grand reportage américain à la fin du 19e siècle, se fait passer pour folle afin de se faire interner à Blackwell, le plus grand hôpital psychiatrique de New York. La journaliste cherche à enquêter sur les conditions de détention des femmes qui y sont enfermées. Elle y découvrira un monde misogyne où il suffit parfois de dévier à peine des normes féminines en vigueur pour y être internée. " Ce superbe livre, très bien amené dans sa construction, pousse à s’interroger (et à se passionner) tant sur la vie que sur la personnalité de Nellie Bly. " nous dit Charles-Louis Detournay sur ActuaBD.com

© Colomba-Lévy / Anne Carrière

Le Prix Biopic a été décerné à Queenie, la marraine de Harlem, d’Aurélie Lévy et Elizabeth Colomba (Ed. Anne Carrière). Les autrices rendent hommage à Stéphanie Saint Clair, figure étonnante du Harlem pendant la prohibition. Elle deviendra cheffe de gang en contrôlant la loterie clandestine de New York après avoir fui sa Martinique natale. Une figure oubliée dans l’histoire afro-américaine que les deux autrices ont souhaité mettre en lumière.
Avant d’écrire une BD, Aurélie Lévy rédige un scénario pour que l’histoire soit dynamique et adaptable facilement. C’est un succès : depuis sa sortie en juin, la BD est déjà sous contrat pour une adaptation à Hollywood.

© Sarbacane

Et pour finir, le Prix révélation graphique a été conféré à René.e aux bois dormants, d’Elene Usdin (Sarbacane) déjà lauréate du Grand Prix de la critique ACBD. Le jeune René, qui ne se sent à sa place nulle part, est sujet aux évanouissements : ils lui permettent de s’échapper dans des univers fantasmagoriques. Il y rencontre toutes sortes de créatures et se métamorphose au fil de ses rencontres. Ce faisant, René réinvente les mythes fondateurs des Premières Nations, peuples autochtones canadiens. L’autrice joue avec les repères et perd le lecteur qui ne sait plus où est le rêve et où est la réalité pour finalement faire émerger un secret de famille...

Un album onirique déjà salué par la critique et dont l’esthétique remarquable nous invite à surveiller de près les travaux de l’artiste.

Une promotion 2022 qui n’a rien à envier aux éditions précédentes. La diversité des approches esthétiques est marquante : couleurs, noir et blanc, dessin réaliste ou caricaturale, univers onirique ou historique... On constate que ce sont des femmes qui font le récit de femmes, qu’ils soient autobiographiques ou non. Il semble bien que le Deuxième sexe s’impose peu à peu dans le monde de la BD. Promesse de belles émotions à venir...

(par Thelma SUSBIELLE)

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4 Messages :
  • Ce prix sexué en 2022 m’étonnera toujours.

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    • Répondu le 11 janvier à  09:40 :

      Va le dire sur CNews.

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      • Répondu le 12 janvier à  19:52 :

        C’est dingue que l’on retrouve toujours les mêmes albums, déjà sur d’autres listes de prix. Et les autres albums d’autrices ?

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        • Répondu par patrick le 18 janvier à  13:39 :

          Super prix qui permet de donner de la visibilité aux autrices/dessinatrices qui sont sous représentées.
          Sur le palmarès 2022 c’est vrai que Dessiner encore (finaliste du Prix BD Fnac France Inter), René.e aux bois dormants (Grand prix de la critique), Nellie Bly et dans une moindre mesure Queenie ont été pas mal médiatisées.
          Les deux autres je découvre

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