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Alison Bechdel nous révèle le Secret de la force surhumaine

Par Marlene AGIUS le 2 septembre 2022                      Lien  
Le secret de la force surhumaine : cette promesse faite par un pamphlet découvert dans les années 1970, qui ne veut pas le découvrir ? Une plongée intimiste vers les sommets de la conscience de Bechdel qui nous transporte dans un état quasi contemplatif, et on en ressort avec plein de nouvelles questions, un regard posé sur nous-mêmes, et... une sacrée envie de faire des pompes !

La deuxième chose la plus chiante après le sport, c’est entendre des gens que l’on ne connaît pas nous parler de leur sport. Ces témoins de Jéhovah du yoga savent mieux que personne ce qu’il faut pour convaincre de rentrer dans le monde nébuleux des chaussures de sport et de l’équipement Fitness.

Ça, c’est ce qu’on pourrait penser après avoir lu les dix premières pages du livre. Mais ce ne sont que les dix premières pages... Et voyez-vous, ce livre n’essaye pas de convaincre qui que ce soit. En fait, il ne parle même pas vraiment de sport. Et il ne parle en aucun cas de force surhumaine...

Alison Bechdel nous révèle le Secret de la force surhumaine
Le Secret de la force surhumaine - Alison Bechdel © Denoël Graphic

Alison Bechdel s’est faite connaître aux États-Unis grâce à son strip mythique Dykes To Watch Out For - Gouines à Suivre en français, paru de 1983 à 2008, et dont L’essentiel est édité en France aux éditions Même Pas Mal. C’est dans ce strip qu’est mentionné pour la première fois le fameux Test de Bechdel.

À l’étranger comme dans son pays natal, elle est connue pour Fun Home (abréviation de Funeral Home), succès incontestable dès sa sortie en 2006, adapté en comédie musicale primée aux Tony Awards, qui relate principalement son enfance et l’homosexualité cachée de son père. En 2013, elle publie C’est toi ma maman ? sur sa relation avec sa mère.

Le Secret de la force surhumaine forme donc en quelque sorte le troisième volume de ce triptyque de Graphic Memoirs. Après les deux dernières très lourdes, Alison Bechdel eu l’idée d’entamer une bande dessinée ’’plus légère".

Le Secret de la force surhumaine - Alison Bechdel © Denoël Graphic

Alors que ses deux dernières bandes dessinées étaient presque entièrement en noir et blanc, celle-ci a été mise en couleur par sa compagne, Holly Rae Taylor.

De quoi ça parle alors ? Après avoir médité dessus pendant dix jours, nous ne pouvons toujours pas vous le dire avec certitude. Mais les meilleurs livres ne sont-ils pas ceux dont le thème véritable est multiple, transcendant la façade de ce que le livre promet d’être ?

Alors ça ne parle pas vraiment de sport. Non, à la place, Alison Bechdel nous parle de quelque chose de plus tangible : le corps, instrument de chaire molle qui nous sert de prison. Comment affronter le fait que l’on doit vieillir, peu importe que l’on pratique un sport pendant 40 ans ? Et alors, pourquoi Alison Bechdel a-t-elle consacré autant de temps au sport ? D’où lui vient la force ? Quel est le secret de la force surhumaine ?

Les décennies sont rythmées par les modes sportives de 1960 à nos jours, course, yoga, pilates, ski Alpin, ski nordique, ski de fond, randonnée, escalade, le 7 minute work-out, les vélos de salon et autres astuces à la Jane Fonda. Le temps passe, ainsi que les chagrins d’amour, les présidents américains, et les modes des polaires sportives ou des baskets fluos.

Le Secret de la force surhumaine - Alison Bechdel © Denoël Graphic

La narration de sa vie personnelle, cette vie marquée de coups, de croissance, de muscles, de rides, ce Journal d’un corps à la Daniel Pennac, est aussi liée à l’histoire de l’esprit.

Elle cherche dans le sport un moyen d’affronter la vie, de transcender son existence, d’atteindre "l’éveil". Puisque faire du sport, c’est une méthode quasi méditative où l’on ne pense à rien. On met son ego de côté, on n’existe que par le corps, car "quel espoir avons-nous de changer le monde si nous de pouvons pas changer nos misérables ego ?". Et Alison Bechdel cherche cette sensation de plénitude après chaque sport délaissé : en plongeant corps et âme dans le travail pour s’oublier, ou l’alcool, ou les somnifères.

Elle s’inspire du transcendantalisme, mouvement philosophique qui s’est développé dans les années 1820 en Nouvelle-Angleterre qui repose sur la croyance dans la bonté inhérente de la nature, dans une société où les institutions ont corrompu la pureté de l’individu.

Le Secret de la force surhumaine - Alison Bechdel © Denoël Graphic

Bechdel fait alors un jeu d’aller-retours intelligents entre sa vie personnelle et celle d’Emerson, Fuller et Thoreau, qu’elle considère être les premiers à avoir fait du sport en plein air un loisir, de la marche une observation de la nature ; tradition léguée aux Romantiques comme Coleridge, Beatniks comme Kerouac, jusqu’à elle-même...

Ainsi, elle essaye de s’échapper dans les montagnes, représentation de soi, où Gary Snyder et Kerouac avaient aussi tenté de s’échapper et Coleridge de faire une cure d’opium. Un nouveau sport, un nouvel objectif implicite : tenter le karaté pour se défendre, courir pour s’échapper, et à chaque nouvelle tentative essayer de se surpasser, au risque d’être éternellement insatisfaite.

Le Secret de la force surhumaine - Alison Bechdel © Denoël Graphic

Une BD plus légère ? Outre le fait que l’objet en lui-même est déjà lourd (234 pages qui m’ont aidée à assassiner un frelon), il faut croire que c’est pas tout à fait gagné. Entre le succès inattendu, les relations foireuses, le workaholism, le cancer de sa mère, les décès prématurés, la quête de sens et de la créativité... Clairement, la liste est longue pour remettre en doute le caractère fun & happy de cette BD.

Mais ce n’est pas une BD malheureuse. Même si la route de l’éveil n’est pas toujours marquée par le succès, ou avoir une comédie sur Broadway, ou finir un livre, il y a de l’espoir pour s’améliorer. Pour citer Thoreau : "things do not change ; we change." [Les choses ne changent pas, c’est nous qui changeons.]

Alors pour un livre singulièrement appelé Le Secret de la force surhumaine, le lecteur reste sur sa fin : la force, ce secret, il faudra qu’il le trouve lui-même.

(par Marlene AGIUS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782207131206

Le Secret de la force surhumaine - Par Alison Bechdel - Éd. Denoël Graphic

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10 Messages :
  • Alison Bechdel nous révèle le Secret de la force surhumaine
    2 septembre 07:32, par Milles Sabords

    Thème plutôt traditionnel (le journal de bord de sa vie), mais graphisme vraiment sympa. Moins fan de la colo.

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    • Répondu le 2 septembre à  12:55 :

      Monsieur, nous avons pris votre commentaire en considération, l’album est retiré de la vente et le matériel repart chez la coloriste avant une nouvelle impression et justement, merci pour vos impressions.

      Répondre à ce message

    • Répondu par rémi le 2 septembre à  15:42 :

      Comme d’habitude, une critique à l’emporte pièce, telle une petite crotte de nez lancée au vent.
      J’aimerais tellement lire une bd signée Milles Sabords...

      Répondre à ce message

    • Répondu par (.❛ ᴗ ❛.) le 2 septembre à  19:20 :

      Je vote pour que Milles Sabords devienne rédac chef de Actua BD !
      ♥♥♥

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      • Répondu par Milles Sabords le 3 septembre à  06:04 :

        Trois messages pour commenter mes commentaires, mais pas pour parler de BD. Gasp ! le Trollisme est une maladie qui s’étend de plus en plus, mais que fait Pfizer ? Alison Bechdel à une force du dessin en n&b qui perd toute sa saveur une fois en couleur. Visiblement, ça n’est pas son point fort et son dessin gagnerai à recevoir une belle colo par ordi. J’ai préféré son Fun Home dans sa version anglo-saxonne n&b.

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        • Répondu par (.❛ ᴗ ❛.) le 3 septembre à  11:48 :

          C’est parce-que nous vous aimons cher Milles Sabords roi des trolls.
          Vos avis et vos commentaires sont si clairvoyants que nous n’osons plus passer derrière vous.
          À quoi bon parler de BD et avoir des avis quand vous seul détenez lumière et vérité !

          Répondre à ce message

        • Répondu le 3 septembre à  12:36 :

          Le troll numéro un d’Actua BD, c’est vous.

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        • Répondu par Henri Khanan le 3 septembre à  19:34 :

          Je suis neutre sur le sujet, mais il me semble qu’en démocratie, tout membre peut s’exprimer, qu’il soit pour ou contre.
          Si ses arguments sont nazes, il se ridiculise par lui-même !

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          • Répondu par Varlin le 8 septembre à  16:15 :

            Si ses arguments sont nazes, il se ridiculise par lui-même !

            Au delà des arguments Milles Sabords s’est d’entrée ridiculisé avec une faute à son pseudo... Un troll qui dénonce les trolls c’est risible.

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            • Répondu par Milles Sabords le 9 septembre à  06:11 :

              Si c’était une faute, j’aurais déjà fait le nécessaire. C’est juste pour faire parler et ça marche !

              Répondre à ce message

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