Angoulême voit vert avec le nouveau Prix Eco-Fauve Raja

  • Parmi les deux nouveaux prix thématiques implantés au FIBD 2022 se trouve le Prix Eco-Fauve Raja. Créé par le festival d'Angoulême en partenariat avec la société RAJA, leader européen du secteur de l'emballage, le Prix sélectionne sept albums traitant d'un thème écologique contemporain, dont l'un sera lauréat le samedi 29 janvier lors de la Cérémonie de remise des Prix (Scène nationale du Théâtre d'Angoulême). Il sera choisi par un jury de scientifiques, auteurs et militants.

Greenwashing ? Sans doute, jugerait Greta Thunberg qui pointerait immédiatement le lien entre ce prix et la société Raja, grande consommatrice de papiers issus de forêts renouvelables. On comprend bien sûr la position du FIBD qui voit là un moyen de mettre en valeur l’un de ses principaux sponsors pour le mettre à statut égal avec la SNCF, sponsor du Prix de la BD polar.

Un prix qui concurrence, voire éclipse le "Prix Tournesol de la BD écologique", un prix Off décerné lors du Festival, qui fête précisément cette année son 25e anniversaire.. « Nous ne pouvions pas le faire entrer dans un partenariat car il émane d’un parti politique » nous dit-on benoîtement du côté du Festival. C’est cela, oui...

Cinq personnes constituent le jury de ce tout nouveau prix annoncé pendant la conférence du FIBD 2022. Avec le prix René Goscinny du Jeune scénariste, qui vient lui aussi d’apparaître (dont nous vous parlions il y a quelques jours dans nos pages), le festival totalise actuellement 13 prix pour 83 albums.

S’attachant à pérenniser la présence d’enjeux climatiques et plus généralement écologiques dans le 9e art, le jury est composé de profils variés. On y compte ainsi l’auteur et dessinateur de bande dessinée François Olislaeger (Un Autre Monde est possible chez Hachette, Écolila chez Actes Sud...) ; l’activiste Camille Étienne, ancienne porte-parole du mouvement « On Est Prêt », créatrice du duo artistique « Avant l’orage » ; l’astrophysicien au CEA de Saclay Roland Lehoucq, enseignant du master « Approche Sociale des Enjeux Énergétiques » de l’université de Paris, auteurs d’ouvrages d’écologie et pop-culture ; Inès Léraud, journaliste et documentariste produisant pour France Culture, France Inter et Arte Radio, qui entremêlent questions écologiques et sociales, et collaboratrice de plusieurs journaux d’investigation ; et enfin la directrice de recherche CEA au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement Sophie Szopa.

Angoulême voit vert avec le nouveau Prix Eco-Fauve Raja

Les sept albums de la Sélection

- Agughia - Par Hugues Micol - Dargaud
La Corse n’est plus ce qu’elle était. Dans un avenir proche, elle sert de lieu de villégiature à de riches touristes qui ont élu domicile dans l’espace, loin de la surpopulation et de la pollution terrestre. Quand Agughia, voleuse aux petits pieds, dérobe sans le savoir un secret international, tout s’emballe...

Notre journaliste Jorge Sanchez en parle en ces termes : « Dans un humour pince-sans-rire, Hugues Micol parvient à recréer dans ce simple one shot un monde vivant et baroque, où les références à notre actualité chaotique et violente, s’harmonisent avec son esthétique pénétrée de rétro, et imprégnée des couleurs de la fin des années 1970, du genre Valérian et Laureline. »

© Dargaud

- Mégantic - Un train dans la nuit - Par Anne-Marie Saint-Cerny & Christian Quesnel - Écosociété
Le 6 juillet 2013, un train transportant 72 wagons-citernes de pétrole brut, hautement inflammable, déraille au cœur de Lac-Mégantic, carbonisant 47 victimes et pulvérisant la petite municipalité du nord-est du Québec. Enquête pour retrouver les causes de cet accident, Mégantic évoque aussi « l’après », les procès, l’impunité des entreprises concernées, le laxisme politique...

Notre journaliste Marianne Saint-Jacques considère qu’il « demeure un ouvrage nécessaire afin d’exposer autant de pratiques révoltantes : la course éhontée au profit, la falsification de documents ferroviaires, les mesures de sécurité défaillantes, l’avidité des promoteurs immobiliers, l’absence de recours pour les victimes et l’omerta de la classe politique. Huit ans après la catastrophe, une enquête publique se fait d’ailleurs toujours attendre. »

© Écosociété

- Le Monde sans fin - Par Jean-Marc Jancovici & Christophe Blain - Dargaud

L’énergie est le pilier de notre civilisation, mais elle n’est pas inépuisable ! Jean-Marc Jancovici, spécialiste reconnu des énergies et du climat, attire notre attention sur la nécessité de faire évoluer nos modes de vie. Un livre à lire et à méditer, qui tire la sonnette d’alarme mais qui ne perd pas de vue l’humour, grâce au dessin et à l’imagination de Christophe Blain.

Notre journaliste Philippe Lebas n’a pas mâché ses mots : « Autant le dire tout de suite, on tient là du lourd : presque 200 pages, des informations nombreuses, rigoureuses et techniques, une vue générale sur la révolution apportée par l’emploi des énergies dans la vie des humains. On comprend aisément que tout cela ne pouvait se dire en 48 pages. »

© Dargaud

- La Désolation - Par Appollo & Gaultier - Dargaud

À la suite d’un chagrin d’amour, un jeune homme s’embarque sur le Marion Dufresne à destination des Terres australes françaises. Lors d’une expédition, il est enlevé par des hommes qui semblent venus de la préhistoire. C’est le début d’un véritable calvaire, loin de la civilisation. Un album à couper le souffle, entre quête introspective, récit documentaire et polar scandinave.

Nous en proposerons une chronique prochainement.

© Dargaud

- Le Droit du sol : Journal d’un vertige - Par Étienne Davodeau - Futuropolis

Grand nom de la bande dessinée de reportage, Étienne Davodeau relate le périple qu’il a entrepris en juin 2019 : 800 kilomètres à pied depuis la grotte du Pech Merle, dans le Lot, jusqu’à Bure, cette commune de la Meuse où doivent être enfouis des déchets radioactifs. Un album en forme d’interrogation sur notre rapport à la Terre et sur notre responsabilité vis-à-vis des générations futures.

Notre journaliste David Taugis argue qu’« avec son noir et blanc bien identifiable, Étienne Davodeau équilibre pensées personnelles, assez pudiques, et réflexions sur la nature qui l’entoure. Avec un sens de l’observation aiguisé, pas mal d’ironie et bien sûr une bonne dose d’autodérision. »

© Futuropolis

- Les Oiseaux - Par Troubs - Futuropolis

En « dessinateur voyageur », Troubs signe un hymne contemplatif à la nature, qui rend compte une nouvelle fois de la beauté de la Dordogne, et aussi du Bois des Pins, ultime zone non bétonnée de Beyrouth. À travers son dialogue avec les oiseaux, c’est une réflexion sur le réchauffement climatique, et plus généralement sur l’écologie et nos responsabilités.

Nous en proposerons une chronique prochainement.

© Futuropolis

- Urgence climatique - Par Ivar Ekeland & Étienne Lécroart - Casterman

Dédié à la fille du dessinateur et aux générations futures, le livre naît d’un rêve qu’a fait Étienne Lécroart en février 2020. Ce dernier en parle à son ami Ivar Ekeland, mathématicien reconnu, qui accepte de dialoguer sur le sujet du réchauffement climatique en sa compagnie et celle de différents experts scientifiques. Plus pédagogique qu’un rapport du Giec, et plus amusant.

Nous en proposerons une chronique prochainement.

© Casterman

(par Auxence DELION)

(par Didier Pasamonik (L'Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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26 Messages :
  • Angoulême voit vert avec le nouveau Prix Eco-Fauve Raja
    13 décembre 2021 10:55, par Julien

    Et le Prix TOURNESOL , une création du génie de ce grand homme du 9ième art , et votre collaborateur désormais, étalant ses souvenirs de cases, de une : YVES FREMION !
    Ce prix est une vulgaire copie ! FREMION & le Tournesol Forever !

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  • Le green washing est très à la mode.

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    • Répondu par Milles Sabords le 13 décembre 2021 à  11:32 :

      Puisque le FIBD est devenu le marché du roman-graphique et de l’indé, ils peuvent créer tous les prix possibles et imaginables, ce festival ne va que dans un sens, un sens très "France Culture". Alors, qu’ils boivent leurs coupes de champagne entre eux tout en oubliant un large pan de la BD que l’on qualifie trop bêtement de "populaire"...

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      • Répondu le 13 décembre 2021 à  13:23 :

        Je comprends que l’embourgeoisement de la BD puisse agacer mais d’un autre côté la BD populaire aujourd’hui c’est le manga. La BD populaire franco-belge est en perte de vitesse à force d’user jusqu’à la corde les mêmes vieux personnages. On ne va quand même pas récompenser Largo Winch tome 28 ou Blake et Mortimer tome 34…

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        • Répondu par M.Thierry le 13 décembre 2021 à  16:47 :

          c’est sûr qu’il faut avoir honte et dévaloriser un Largo tome 28 et un Blake et Mortimer tome 34 quand le tome 100 de One Piece sort sous les trompettes.

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          • Répondu le 13 décembre 2021 à  18:22 :

            One Piece existe depuis 1997. C’est une série récente comparée à la plupart des grands succès de la BD franco-belge. Le monde franco-belge doit réagir sur le terrain de la fiction et du divertissement. Le XXE siècle a commencé, il faudrait se réveiller…

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        • Répondu par Milles Sabords le 13 décembre 2021 à  18:26 :

          Sans parler de Largo ou Blake et son acolyte, il y a de nombreuses BD qui ne sont pas du "franco-belge à l’ancienne" et qui mériteraient un peu de pub. Oui, le manga est populaire chez les jeunes, mais c’est encore loin d’être un genre populaire transgénérationnel. On peut sortir des ornières répétitives du manga, en abordant des sujets nettement roman-graphique avec un traitement franco-belge. Le Sangoma de Férey et Rouge en est un bel exemple, ou encore, par le passé, le sublime Cuervos de Marazano et Durand, au scénario dense et nerveux avec un dessin expressif et des cadrages déroutants. De la BD de haute précision et pas nombriliste. Bon, dans cette sélection, il y a bien l’hypnotisant Black Out, mais le grand auteur espagnol Joan Boix utilisait déjà ce traitement déstructuré en n&b dans son fabuleux Robny le Clochard. Maintenant c’est la mode de l’indé qui grimpe tout doucement, talonnée par la BD du réel, enfin bref, des étiquettes marketing pour susciter l’intérêt du chaland, mais rien de neuf sous le soleil. Angoulême est censé représenter la pluralité de la BD parue dans l’année, pas le canal branchouille, non ?

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          • Répondu le 13 décembre 2021 à  19:35 :

            Et l’écologie dans tout ça ?

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            • Répondu par Milles Sabords le 13 décembre 2021 à  20:34 :

              Eco Wariors de Marazano et Lamquet, ou encore Un printemps à Tchernobyl de Lepage, La chute de Jared Muralt, et arrêter d’abattre des arbres pour publier n’importe quoi ou pour faire mode.

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          • Répondu le 13 décembre 2021 à  21:30 :

            Cuervos était une excellente série en effet mais parue il y a 15 ans ! L’album de Caryl Ferey et Rouge est assez chouette mais le dessin est trop classique et n’apporte rien de neuf. C’est le même reproche qu’on peut faire à Ralph Meyer, dont la série marche très bien pourtant : mais c’est trop conventionnel pour intéresser les médias ou les jurys qui remettent des prix. Là où je vous rejoins c’est dans votre critique d’un trop grand systématisme dans le fait de toujours récompenser un genre de BD à la mode. Il y a d’excellentes choses en BD du réel, mais sélectionner une énième fois Christophe Blain, quel intérêt ? Son livre avec Jancovici n’apporte rien au débat sur l’environnement : les gens auxquels ils s’adressent, ceux qui ont les moyens de payer 27 euros pour une BD, sont déjà convaincus qu’il faudra utiliser l’énergie nucléaire dans le mix énergétique pour réduire les émissions de CO2. Faire une BD de niche, lourdement pro-nucléaire, destinée aux CSP+ et ressassant la pensée dominante ne devrait pas mériter une récompense.

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            • Répondu par Polo le 13 décembre 2021 à  22:25 :

              Tiens ? Deux membres du CEA dans le jury…

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              • Répondu par Milles Sabords le 14 décembre 2021 à  06:21 :

                Autre absent de cette sélection, l’excellent petit bijou d’humour noir de David Ratte : Toxic Planet. Intégrale parue cette année. Les personnages sont obligés de porter un masque pour lutter contre la pollution. Le port du masque obligatoire, ça ne vous dit rien ?...

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              • Répondu le 14 décembre 2021 à  08:44 :

                J’aime bien le choix du mot "membre". Il donne un petit côté théorie du complot à votre commentaire.

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                • Répondu le 14 décembre 2021 à  11:30 :

                  Qualifiez-les comme vous voulez...
                  mais il n’empêche que leur demander de "juger" un livre sur le projet d’enfouissement de Bure (par exemple) ou un livre de Jancovici (autre exemple) pose un rel problème de neutralité, non ?

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            • Répondu par Milles Sabords le 14 décembre 2021 à  06:08 :

              Cuervos est un exemple parmis tant d’autres pour tordre le cou à l’idée reçu que le franco-belge c’est de la BD "à la papa". Il n’y a pas de dessin classique ou autre, il y a juste des albums qui racontent quelque chose et Sangoma en fait parti. On a l’impression depuis des années que pour aborder des sujets particuliers, il faut absolument avoir un album très genré que seule une élite peut comprendre. Heureusement qu’il y a encore des tentatives heureuses comme Tatanarive de Vallée-Aecersall ou Queenie de Levy-Colomba.

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              • Répondu le 14 décembre 2021 à  09:19 :

                Eh bien, si, le dessin, classique ou pas, ça compte énormément dans la perception d’une BD par la critique. Même chose pour la littérature ou le cinéma : même si votre histoire est excellente, si vous dessinez, écrivez ou filmez comme il y a 40 ans, vous n’intéresserez pas les critiques et les décisionnaires qui font l’opinion. L’art est censé se réinventer sans cesse.

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                • Répondu par Milles Sabords le 14 décembre 2021 à  12:43 :

                  Vallée et Corentin ne dessinent comme il y 40 ans, ils marchent sur les traces des pionniers mais façonnent leurs propres identités avec les influences de leur époque. Le dessin, comme tout art, n’est pas figé, il se transforme, même l’école classique.

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                  • Répondu le 14 décembre 2021 à  14:19 :

                    Oui mais le réalisme classique tel que le pratiquent les auteurs que vous citez est très démodé aujourd’hui. Ça peut revenir un jour comme le rock n roll ou le cinéma en noir et blanc mais ce n’est pas certain. Corentin Rouge est un bon mais il dessine comme son père qui était déjà le disciple d’un prédécesseur beaucoup plus fort. De fait, il faut être très fort pour s’imposer à contre-courant de la tendance du moment. Ou alors il faut s’exiler. En Italie, un grand réaliste comme Mastantuono est une star. Mais il dessine toujours Tex…

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                    • Répondu par Milles Sabords le 14 décembre 2021 à  21:20 :

                      Je vous ai cité des noms connus, mais il y a d’autres artistes dont on ne parle jamais mais qui apportent par leur travail un renouvellement du style réaliste franco-belge.

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          • Répondu le 14 décembre 2021 à  06:00 :

            Il y a les histoires, certes, mais des petits formats pratiques de 200 pages, à parution relativement rapprochées ( ça dépend quand même des séries ) pour moins de 10 €, vous croyez pas que ça a aussi de l’influence sur les choix des plus jeunes ?

            Je veux dire, nos albums sont de plus en plus beaux et chers. Très bien, mais du coup tous les titres ne peuvent trouver leur public. Même les versions numériques sont très chères.

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            • Répondu le 14 décembre 2021 à  08:49 :

              Le manga est en noir et blanc, en souple, imprimé sur du papier bon marché. Ce qui n’est pas le cas de notre production. Il faut aussi payer le poste colorisation. Tout ça a un coût.

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              • Répondu le 14 décembre 2021 à  09:13 :

                Certes mais quand Pénélope Bagieu sort son dernier album, il est en noir et blanc ( et beaucoup d’autres le sont sans être des mangas ) mais avec toute la fab autour ( façon carnet moleskine, très chouette d’ailleurs ) c’est 22 €...
                Et c’est très bien. J’aime beaucoup les beaux livres, mais je me demande si, à ce prix, on peut encore classer ça dans un genre "populaire" ?
                Pas certain que si on demandait leur avis aux auteurs ils iraient tous vers le truc forcément cher.

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              • Répondu le 14 décembre 2021 à  09:14 :

                Les mangas sont l’équivalent actuel des petits formats italiens et anglais des années 60-80, qui avaient envahi toute l’Europe et fait la joie de bien des gamins et des passionnés : de la BD de genre, en noir et blanc, et pour un prix accessible. Les albums, et plus encore les romans graphiques sont trop chers : ils n’ont aucune visée populaire.

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      • Répondu le 13 décembre 2021 à  17:09 :

        France Culture, c’est le service public, ils doivent boire moins de champagne que chez Europe 1 et RTL, non ?

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    • Répondu le 13 décembre 2021 à  11:41 :

      Le but d’un prix est de faire vendre, donc de faire marcher l’industrie et d’utiliser de la matière première et de l’énergie.
      Il faudrait décerner le prix à celui qui a fait le plus tirage et qui ne réimprimera pas. Ce serait écolo.

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