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Aperçu de la rentrée BD (11) - Soleil : La mise gagnante

  • 57 albums publiés en deux mois, Soleil sort une fois de plus la grosse artillerie tout en élargissant adroitement son image de spécialiste de la baston et d'Heroïc-Fantasy.

D’entrée, Soleil a tapé fort, avec une quinzaine d’albums qui sont sortis fin août. Et ce programme symbolise fort bien la ligne éditoriale actuelle :

Aperçu de la rentrée BD (11) - Soleil : La mise gagnante d’un côté, un mélange de recettes éprouvées qu’on remet soit au goût du jour avec (la suite et le préquel des Brumes d’Asceltis ou la prolongation de Leo Loden ; soit que l’on sert dans son jus (Tarzan par Hogarth, Prince Vaillant ou Flash Gordon ;

- de l’autre, des séries plus récentes qui ont conquis leur public comme Sang de dragon, Samurai, Les Naufragés d’Ythaq ou Tessa, drainant dans leur sillage des nouveautés dans la ligne de l’éditeur toulonnais.

Un graphisme léché

Le premier tome de Walkyrie

Si Soleil a publié en août les deuxièmes tomes de ses séries (Western, In Nomine, Mercenaires, Les Zaliens, etc.), intéressons de plus près à deux nouveautés qui valent le coup d’œil, Walkyrie et Sword, deux séries scénarisées par Sylvain Cordurié, mais presque à l’antipode l’une de l’autre !

Si on passe outre la couverture digne d’un poster de coiffeur, Walkyrie nous entraine logiquement dans les légendes nordiques. Loin d’une poétique vision de Thorgal, ce sont bien ici les dieux qui se disputent. Et les humains, pris au milieu, ramassent les pots cassés sur leur tête, et décident d’envoyer les représentants les plus valeureux. Ils doivent convaincre une Walkyrie exilée, accompagné du fils d’Odin frappé d’une malédiction, pour tenter de remettre bon ordre au Walhalla.

Si certains éditeurs ont sacrifié le nom de leur collection pour éviter d’être catalogué, Soleil continue de jouer son atout : un graphisme éprouvé pour un scénario bien linéaire, mettant un scène un héros musclé qui dépasse son tempérament emporté pour entraîner ses compères et son clan vers la victoire ! Quoiqu’il en soit, on en attendait pas plus d’une légende nordique, donc difficile de se plaindre. Les amateurs pourront s’enthousiasmer, les autres passeront leur chemin pour préférer une voie plus aventureuse.

Mais cette voie-là pourrait bien se dévoiler chez le même éditeur et avec le même scénariste, via le premier tome de Sword. Oubliée la linéarité, chaque page de ce premier tome nous plonge dans un univers unique, au milieu d’un empire où plusieurs factions s’affrontent, mais où l’on va retrouver une ’race’ de super-guerriers dotés d’armes stupéfiantes !

C’est sans doute là où Soleil joue une carte éditoriale des plus stupéfiantes, car ces deux nouveautés avec le même scénariste, révèlent des univers de lecture si différents qu’on peut même se demander comment le lecteur peut y trouver son compte sans se perdre. Pourtant, même si Sword accuse quelques incohérences qui peuvent semer la confusion, les auteurs de Sherlock Holmes & les vampires de Londres ont réussi un incroyable pari avec la transposition si réelle d’un mélange entre l’Heroïc-Fantasy, et un esprit comics que les Avengers ne dénigreraient pas. Une pierre précieuse encore brute dont le deuxième tome de la trilogie devrait tailler délicatement les facettes afin d’en donner à admirer tout l’éclat.

Les racines de la bande dessinée

Mais il ne faut pas oublier que Soleil a également grandi grâce à des rééditions de qualité de grandes séries américaines d’avant-guerre ! Malgré une image parfois commerciale, cet aspect patrimonial perdure heureusement, entre autres grâce à la suite de la publication du Tarzan de Hogarth, mais surtout avec l’arrivée de Prince Vaillant créé en 1937 par Harold Foster, dont le premier tome de l’intégrale de 3700 pages sortira courant octobre. La publication devrait être chronologique et commencer au début de cette bande mythique, avec un premier volume regroupant les parutions des années 1937-38.

Enfin, Soleil annonce également une nouvelle intégrale de Flash Gordon pour le mois de novembre. Difficile de dire quelles sont les différences avec la précédente intégrale parue également chez Soleil en 1994-95, mais il est toujours heureux qu’un éditeur revienne régulièrement vers le mythique travail d’Alex Raymond

Quelques grosses pointures

Ce qui frappe dans cette succession de titres de cette rentrée, ce sont les quelques grosses pointures du catalogue toulonnais, à savoir L’Épervier T8 et Les Naufragés d’Ythaq T10. Ce seront bien entendu des sorties incontournables, car trois années après le premier tome du cycle québécois de Yann de Kermeur, le célèbre corsaire devrait enfin atteindre la Belle Province, et nous devrions savoir quel mystère mène cette intrigue tambour battant.

Le début de nouvelles aventures !

Nous ne manquerons également pas la nouveauté d’Arleston et d’Adrien Floch. Ce dernier nous avait confié que "Ce nouveau cycle permettrait aux personnages d’évoluer vers de nouvelles intrigues, [après les révélations du tome 9]."

Peut-être également vers un climat plus sombre qui plaît tant à ce jeune dessinateur très doué ? À moins que l’humour ne soit privilégié à nouveau ? Quoiqu’il en soit, ce nouveau cycle sera un coup de fouet pour Soleil, grâce à cette série dont le premier tome totalise plus de 200.000 ventes.

Si Soleil multiplie les sorties, le label toulonnais n’en oublie donc pas moins les lecteurs qui forment la base stable de son lectorat. En particulier, le sixième et avant-dernier tome de Tessa qui traite en profondeur du petit monde de la bande dessinée. En effet, La première partie de ce diptyque final (la spin-off de 42 Agents intergalactiques s’est terminée avec le T5) réside essentiellement sur Terre avant que la conclusion du T7 ne nous entraîne dans les étoiles. Nous nous retrouvons donc (encore) au Québec, au sein d’un festival (fictif) de bande dessinée : Aurore Montréal !

Outre l’avancée de l’intrigue, c’est l’occasion pour Nicolas Mitric et Stéphane Louis de rendre hommage à quelques-unes de leurs bandes fétiches dont X-Men, mais aussi principalement à Didier Crisse. En effet, s’il arrive souvent que certains auteurs de bande dessinée sont croqués au sein d’un album, celui-ci lui trouve à Crisse une place de choix, et surtout pour son héroïne Atalante qui doit combattre Tessa dans un cosplay d’anthologie ! Cet avant-dernier opus fera donc sourire chaque passionné de BD, de cosplay et de festivals.

Tessa en lutte avec Atalante : hommage à Crisse et au petit monde de la bande dessinée

Des collections porteuses

Impossible de passer en revue tous les titres, mais les grands lignes de style de Soleil sont une fois de plus bien représentées pour cette rentrée. La Collection 1800 se prolonge avec la fin du Retour de Dorian Gray ; trois titres viendront compléter l’assise de la collection girly de Soleil Blackberry, et les férus d’Histoire devraient trouver leur compte avec Parole de Poilus T2, un autre collectif centré sur l’Algérie, ainsi que l’attendu L’Or des fous qui racontera les premières expéditions de Pizarro au Pérou. L’envers du décor des Mystérieuses Cités d’or...

Fer de lance de l’éditeur, Soleil Celtic est bien entendu sur la brèche : outre Walkyrie, nous retrouverons l’attendu T6 du Sang de Dragon, ainsi que la suite d’une autre série à succès, le septième tome des Druides !

On retrouvera également Durandal, dont on salue le rythme assidu (4 tomes en deux ans), ainsi que Arawn T5 et Les Chroniques d’Arawn T1, Histoires de Bretagne tomes 7 et 8, etc.

L’Heroïc-Fantasy est sans doute le genre qui colle le plus à l’image de Soleil, et les albums qui s’y rapportent ne manquent pas. Nous noterons essentiellement le premier tome du préquel des Brumes d’Asceltis : Elya, accompagné du tome 5 qui prolonge la série –mère, ainsi que deux nouvelles série : Siorn, et Elyne scénarisé par Corbeyran.

Elya, le préquel des Brumes d’Asceltis

L’aventure sera également bien représentée, avec la sortie d’une série qui gagne en puissance à chaque nouveauté : Samurai de Genêt et di Gorgio qui prolongera les aventures de la fratrie rassemblée dans Frères de sang. On profitera peut-être d’un récit qui mélange de plus en plus humour et action au sein du japon médiéval.

Côté fantastique, on saluera le grand retour de Kara avec sa nouvelle série La Guerrière innocente. Mais c’est aussi un genre en croissance chez Soleil, car on retrouvera la suite d’Univerne, ainsi qu’un thriller mettant notre Terre aux prises avec une invasion extra-terrestre : Indicible

Notons encore la publication du premier tome d’Hercule, une adaptation SF de la célèbre légende, la suite de Zombies, les sorties humour et jeunesse avec, pour animer la rentrée, Les P’tits Diables d’Olivier Dutto et Chienne de vie d’Augustin.

Soleil se démarque également avec ses mangas : citons entre autres l’adaptation de la Bible, et des pensées de Confucius, ainsi qu’une version romancée du Prince, tirée de Machiavel

Terminons par les comics, avec un préquel en bande dessinée d’Hero Corp, la suite de Battle Chasers et des Tortues Ninja et l’inespéré troisième tome d’Emily the Strange.

L’événement comics de la rentrée Soleil sera assurément le T2 de L’Étoffe des Légendes, dont Disney a acheté les droits cinématographiques, une plongée au cœur de l’enfance.

Des labels synonymes de qualités

On ne présente plus Noctambule, une collection où les auteurs adaptent en toute liberté les différentes œuvres. On sera donc très attentifs aux sorties proposées : Au Pays des Ombres, Le Loup des Mer, ainsi que le dénouement très attendu de La Marche du Crabe, d’Arthur de Pins.

Autre grand label de Soleil, Métamorphose continue de nous enchanter ! Nous reviendrons prochainement sur ses précédentes sorties, End ainsi Susine et l’Endorméveil, mais notez déjà que Les Carnets de Cerise devraient vous toucher si vous aimez l’univers particulier de la collection. Et Billy Brouillard, la série best-seller de Guillaume Bianco, revient affronter un terrible et pernicieux ennemi : l’amour !

Le premier festival Delcourt-Soleil.
On notera l’insertion du triangle rouge dans l’emblême du soleil (sous les pieds des personnages).

On a pu le voir : Soleil ne lésine pas sur les moyens pour occuper le terrain, à l’aide de recettes savamment éprouvées et de nouveautés, mais en utilisant qu’un seul blockbuster, L’Épervier. On doit donc s’attendre à une déferlante d’incontournables pour les fêtes de fin d’année !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Tous les visuels sont des produits de Soleil 2012.

Pour rappel, Soleil s’associe avec Delcourt pour leur premier festival de bande dessinée les 21,22 et 23 septembre à Bercy Village. Plus d’infos sur l’article concernant la rentrée de Delcourt

De cette rentrée Soleil, commander :
- L’Epervier T8 chez Amazon ou à la FNAC
- Sword T1 chez Amazon ou à la FNAC
- Walkyrie T1 chez Amazon ou à la FNAC
- Samurai T8 Frères de sang chez Amazon ou à la FNAC
- Les Naufragés d’Ythaq T10 chez Amazon ou à la FNAC
- Tessa T6 Aurore Montréal chez Amazon ou à la FNAC

 
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3 Messages :
  • "On notera l’insertion du triangle rouge dans l’emblême du soleil"

    On notera aussi la présence de Lanfeust et de l’héroïne de Sillage sur cette affiche et l’intitulé "Delcourt - Soleil" ; une légende digne des récitatifs redondants de Blake & Mortimer

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  • 57 albums en deux mois !

    Voilà ce qu’on appelle mépriser ses auteurs car il ne faut pas nous faire croire "qu’on ne savait pas" à propos de la mise en place des albums, en rayons des librairies.
    Certains seront mis en valeur, d’autres non, et certains, de l’aveu d’un de mes libraires attitrés, ne seront même pas sortis des cartons car la semaine suivante, des albums plus "rentables" arriveront.
    Désespérante que cette attitude.
    :o(

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    • Répondu le 23 septembre 2012 à  20:35 :

      C’est ce qui s’appelle mépriser aussi les libraires (car ils n’ont pas forcément le temps et l’envie de déballer, d’étiqueter et de remballer cette avalanche de titres deux mois après, dans la période qui va de septembre au premier janvier)). Cela s’appelle aussi mépriser le public, car il est impossible que les 57 titres soient de qualité (il y en aura quelques-uns de bons, peut-être deux ou trois maximum dans les listes d’Angougou).

      J’ai appris récemment que de nombreux petits éditeurs n’arrivaient plus à survivre, du fait du "flooding " de nouveautés des grandes maisons, qui de plus leur ont souvent piqué leurs auteurs les plus doués.

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