Les "20 ans" (ou les 37 ans ?) de la marque "Largo Winch".

7 janvier 2011 0 commentaire
  • {Largo Winch} avait fêté ses 20 ans de bande dessinée en 2010. Alors que son deuxième film sort en salle en février et est présenté en avant-première à Angoulême 2011, retour sur une création plus ancienne qu'elle ne le laisse paraître...
Les "20 ans" (ou les 37 ans ?) de la marque "Largo Winch".
Etude au crayon pour la couverture du T17 de Largo Winch
(c) Francq, Van Hamme & Dupuis

Cela fait vingt ans que, grâce à Philippe Francq, Jean Van Hamme a ranimé Largo Winch, le personnage qu’il avait créé dix-sept ans plus tôt pour John Prentice et l’hebdomadaire Tintin. L’aventure n’est jamais parue alors même que les premières pages avaient été commandées par Michel Greg, le rédacteur en chef du journal des 7 à 77 ans : les planches de Prentice étaient trop médiocres.

En 1977, Van Hamme utilise son personnage dans une suite de six romans aux éditions Mercure de France. Des thrillers, lestes comme des SAS, précurseurs du "western financier" qui réussira si bien à un certain Paul-Loup Sulitzer quelques temps plus tard..

Le succès n’y est pas, suffisamment du moins pour faire vivre l’auteur qui est contraint d’abandonner provisoirement ses rêves de romancier multimillionnaire pour se consacrer plus activement à la bande dessinée, notamment avec la série Thorgal qu’il venait de créer avec Grzegorz Rosinski et dont les ventes commencent à devenir décentes.

La série doit beaucoup aux couvertures percutantes de Philippe Francq

En 1989, Philippe Francq n’a pas encore trente ans. Fraîchement émoulu de Saint-Luc à Bruxelles, il décide, au culot, de solliciter un scénario de la part de Jean Van Hamme dont les séries Thorgal et XIII sont devenues entretemps des best-sellers.

Avec Largo Winch, Van Hamme était resté sur sa faim. Il obtint de récupérer les droits de ses romans auprès du Mercure de France et entreprit dans un premier temps de les adapter en BD. Le scénariste est séduit par le graphisme du jeune débutant. Son trait est moderne, tout en restant dans la tradition réaliste de l’école belge. Le dessinateur réinvente bien entendu le physique du personnage. L’Héritier paraît en novembre 1990. sa sortie est contemporaine, à quelques jours près, de celle de Louve, le 16e album de Thorgal, et de la Nuit du 3 Août, le 7e XIII.

Bonne pioche ! : 50.000 exemplaires du premier titre s’écoulent en quelques mois. Le succès permet d’envisager de poursuivre la série avec des intrigues originales. La critique est élogieuse et acclame ce concept mettant en avant un héros de notre temps, un jeune et beau milliardaire à qui tout réussit, et dont la générosité et l’humanité se trouvent confrontés au milieu des requins de la finance. L’intrigue allie le plus souvent action et business. Jean Van Hamme, jamais avare d’un bon retournement de situation, cisèle son découpage avec efficacité et dynamisme. Aucune scène superflue, aucun temps mort.

La planche 1 du T17 de "Largo Winch"
(c) Francq, Van Hamme et Dupuis

Grâce à son bagage d’ingénieur commercial de la prestigieuse Solvay Business School de Bruxelles (il est également licencié en sciences financières, en journalisme, en droit administratif et agrégé d’économie politique) et a son expérience de fondé de pouvoir chez Philips Belgique, Jean Van Hamme parvient à expliquer au lecteur le monde de la haute-finance et des entreprises de manière simple et concise.

Les personnages secondaires sont également un autre atout majeur de la série. Les lecteurs se sont attachés au caractère loufoque et aux frasques de Simon Ovronnaz, à la rigidité et aux attitudes conservatrices de Dwight E. Cochrane (le numéro 2 du groupe W), au paternalisme de John Sullivan (le conseiller de Largo, qui s’occupe de sa fondation), ou récemment, à Silky, la pétillante lesbienne engagée par l’entreprise. Au fil des épisodes, Jean Van Hamme creuse ces différentes personnalités, comme dans le 17e album de la série consacrant le mariage de June et de Freddy Kaplan, le pilote de l’avion privé du « milliardaire en blue jeans »

Crayonné d’une première version de la planche 1 du T17 de Largo Winch
On remarque une nuance dans l’avant dernière case. (c) Francq, Van Hamme et Dupuis

Un dessinateur réaliste talentueux et exigeant.

Philippe Francq ne cesse de se perfectionner depuis 20 ans. Le dessinateur était encore relativement peu expérimenté quand il a commencé sa collaboration avec Jean Van Hamme. Il n’avait signé que quatre albums : deux tomes de Des Villes et des femmes (scénario de Bob de Groot, 1987-1988) et deux autres de Léo Tomasini (scénario de Francis Delvaux, 1988-1989).

Dans un premier temps, son graphisme hésitait entre un classicisme version proprette à la William Vance et la fulgurance propre à Hermann (Jérémiah, Bernard Prince) à qui le jeune dessinateur allait montrer ses dessins lorsqu’il habitait à Bruxelles.

Mais il se démarque bien vite de ses modèles et trouve sa propre voie en devenant l’un des dessinateurs réalistes les plus méticuleux de sa génération. Même si l’évolution de son trait est moins rapide aujourd’hui, Francq conserve une audace et un savoir-faire indéniables dans la représentation du mouvement et un sens de la mise en place et du cadrage sans équivalent. Ses décors sont minutieusement détaillés : « Je ne veux pas décevoir le lecteur et je n’ai donc pas envie que la qualité des albums diminue. Et puis, même si ce n’est pas une pensée altruiste, je souhaite continuer à progresser dans mon métier. Ne fut-ce que pour mon bien-être psychologique. Je veux pouvoir parler fièrement de chacun de mes albums car je les ai dessinés du mieux que je le pouvais » nous confiait-il en 2005.

Une valeur sûre pour l’audiovisuel.

Extrait du film "Largo Winch 2" : Tomer Sisley & Sharon Stone
DR Wild Bunch.

Aujourd’hui, 11 millions d’albums se sont vendus de par le monde et le tirage à la nouveauté avoisine les 450.000 exemplaires en langue française. Van Hamme n’étant pas un perdreau de l’année en matière de cinéma (on se rappelle qu’il avait signé le scénario de Diva pour Jean-Jacques Beineix), il était normal que l’univers de Largo Winch intéresse les producteurs, alpagués par le très dynamique patron de Dupuis Audiovisuel, Léon Perahia..

Largo Winch devint un téléfilm de 39 épisodes de 52 minutes très librement adapté, coproduit par des investisseurs américains, canadiens, belges et français et lancée en janvier 2001. Son accueil auprès des amateurs de bande dessinée est relativement mitigé. Dans la foulée, des jeux vidéo en sont tirés pour PlayStation et PC (Ubisoft, 2002), pour téléphone portable (Overloaded, 2007) ou sous la forme d’un jeu de rôle en ligne (Entropic Synergie, 2009).

En 2008, une première adaptation cinématographique de Largo Winch s’inspirant des quatre premiers albums voit le jour. Elle draine plus d’1,5 millions de spectateurs en salle et obtient de bonnes reventes à l’étranger.

Une série culte

Depuis, Largo Winch est devenu une série culte, un véritable phénomène éditorial appuyé par un solide accompagnement marketing à la sortie d’une nouveauté ou d’une adaptation audiovisuelle.

Le milliardaire de papier restera au cœur de l’actualité jusqu’au printemps prochain puisque la deuxième adaptation cinématographique, librement adaptée de « La Forteresse de Makiling » et de « L’Heure du tigre » sera diffusée à partir du 16 février prochain.

Le résumé de l’intrigue a été récemment dévoilé : « Propulsé à la tête du groupe W après le décès de son père adoptif, largo Winch décide à la surprise générale, de le mettre en vente afin de créer une ambitieuse fondation humanitaire. Mais le jour de la signature, il se retrouve accusé de crimes contre l’humanité par un mystérieux témoin. Pour prouver son innocence, largo devra retourner sur les traces de sa vie passée, au cœur de la jungle birmane ».

Le réalisateur Jérôme Salle a engagé une star internationale pour jouer aux côtés de Tomer Sisley qui incarne une nouvelle fois le rôle-titre : Sharon Stone qui complète une équipe d’acteurs où figurent également Ulrich Tukur, le regretté Laurent Terzieff, Olivier Barthélémy et Nicolas Vaude. La bande-annonce de ce thriller financier qui vient d’être dévoilée sur internet propose un lot corsé d’étincelles et d’adrénaline.

Merchandising et publicité

Le personnage obtient aussi un succès croissant auprès de grandes marques commerciales : Eau Sauvage de Dior, Toyota Rav4, etc utilisent son image. Jean Van Hamme et Philippe Francq ont décidé de confier récemment la gestion des licences du personnage à une structure dédiée appelée « Largo Winch Design Licensing » qui vient de signer un accord pour trois ans avec la marque de montres Ice-Watch.

Fin janvier, ce sont toutes les agences la Caisse d’Epargne qui seront à l’effigie du héros à l’occasion du Festival d’Angoulême 2011 et de la sortie du film en février (nous vous en reparlerons).

Extrait du T17 de "Largo Winch" - (c) Francq, Van Hamme & Dupuis
Van Hamme aborde les répercutions de la crise sur le groupe W via une astuce : Largo Winch commentent ses décisions stratégiques dans les colonnes d’un journal. « Les personnes qui ne sont pas intéressés par ce résumé des événements[… ] peuvent sauter ces pages aisément [tout en comprenant l’histoire] », nous confie le scénariste.

« Mer Noire », un album dans la continuité.

Publié à l’automne, Mer Noire a été accompagné par une déferlante de publications et d’événements dont notre collaborateur Thierry Lemaire vous a fait écho dans nos pages.

Ce récit commence sur une note chaleureuse, une fête au Montana. Mais après avoir assisté au mariage de June et de Freddy Kaplan (voir le diptyque Le Prix de l’Argent / La Loi du Dollar), Largo Winch revient dans son immeuble new-yorkais, dominant Central Park, pour la réception donnée en l’honneur de Sir Basil Williams, qui dirigeait la flotte marchande du Groupe W.

Ce dernier est assassiné par un serveur turc devant toute l’assemblée. Gus Fenimore et Largo Winch parviennent à maitriser le meurtrier. Peu de temps après, Largo Winch se fait interpeller par les agents du département de lutte anti-terrorisme du FBI. Ceux-ci ont la conviction que le milliardaire est le commanditaire du meurtre de Sir Williams dans le but de couvrir ses magouilles avec un trafiquant d’armes de l’ex-URSS. Le compte du criminel a été crédité de près de 9 millions de $ en provenance de celui de Largo Winch. Le milliardaire, à nouveau confronté à des ennuis, n’aura pas d’autre choix que de fuir, et de prendre la direction de la Mer noire, revenant sur les traces de son passé.

Cet album se démarque néanmoins des autres récits : Avec le mariage des amis de Largo et le cocktail donné pour le départ de Sir Basil Williams, les auteurs réunissent un bon nombre des personnages qui ont croisé Largo dans les précédents albums. On assiste, en quelque sorte, à une réunion de famille bien opportune pour les 20 ans de la BD.

La suite, Colère rouge, le dix-huitième tome, devrait paraître d’ici un an et demi. L’attente sera longue pour les fans de la série.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire aussi :

- Jean Van Hamme & Philippe Francq ("Largo Winch") "Tout rebondissement doit être inattendu et extrêmement plausible !" (Janvier 2011)

- Jean Van Hamme, l’homme de l’année 2010 (Janvier 2011)

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Des actualités :
- La Déferlante Largo Winch (Novembre 2010)
- Jean Van Hamme se moque de la crise (Novembre 2008)

Des interviews :
- Philippe Francq : "Largo va être confronté à une fronde des présidents du groupe W (Novembre 2008)
- Philippe Francq & Jean Van Hamme : "Largo Winch est un personnage en devenir" (Avril 2007)
- Jérôme Salle (réalisateur du film) : "Largo Winch est un héros qui conserve des côtés ordinaires qui le rendent touchant". (Décembre 2008)
- Philippe Francq : « Mon trait change peu, mais j’évolue toujours dans la représentation du jeu des acteurs » (Novembre 2005)

Des chroniques d’album :
- Largo Winch T16, T15, T14, T13
- Le Mariage de Largo

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Lien vers le site officiel de Largo Winch et le blog du second film


Illustrations : (c) Francq, Van Hamme & Dupuis

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