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Coup de cœur : Écoute, jolie Márcia - Par Marcello Quintanilha (trad. D. Nédellec) - Éditions çà et là

  • La bande dessinée du Brésilien Marcello Quintanilha, lauréat du Prix du polar à Angoulême en 2016, est une nouvelle réussite à retrouver aux Éditions çà et là. "Écoute, jolie Márcia" est à la fois une plongée dans le Brésil contemporain, un beau portrait de "femme puissante" et une curiosité graphique. Saisissante de vivacité et d'humanité, elle se lit comme un thriller ayant la profondeur d'un drame social.

Márcia, son compagnon Aluísio et sa fille Jaqueline vivent dans une favela de l’État de Rio de Janeiro. Grâce à son travail d’infirmière, ils vivent correctement, même s’ils subissent les aléas politiques et sociaux qui secouent le Brésil. La principale préoccupation de Márcia est sa fille, jeune adulte qui n’en fait qu’à sa tête et ne semble supporter aucune contrainte.

Coup de cœur : Écoute, jolie Márcia - Par Marcello Quintanilha (trad. D. Nédellec) - Éditions çà et là
Écoute, jolie Márcia © Marcello Quintanilha / Éditions çà et là 2021

Jaqueline, que Márcia a eu très jeune, bien avant de rencontrer Aluísio, passe son temps avec la bande du Trianon, qui gère les trafics du quartier. De la petite délinquance à la participation à un réseau criminel, il n’y a qu’un pas que Jaqueline n’a pas hésité à franchir. Sa mère réprouve son attitude et de violentes disputes éclatent régulièrement, Jaqueline s’affranchissant de toute autorité.

Écoute, jolie Márcia © Marcello Quintanilha / Éditions çà et là 2021

Menacée par le gang du Trianon mais terriblement inquiète pour sa fille, Márcia se retrouve face à des choix difficiles. Entre misère, violence et corruption, le drame se noue, qui remet en cause le noyau familial de Márcia. À un moment charnière de sa vie, cette « mère-courage » au caractère fort et au verbe haut doit prendre des décisions plus importantes que jamais.

Écoute, jolie Márcia, dont le titre est une référence à une chanson classique du Brésil - est le cinquième ouvrage de Marcello Quintanilha aux Éditions çà et là. Remarqué en 2015 pour le polar Tungstène, qui lui a valu un prix au Festival d’Angoulême 2016, il a su depuis se renouveler, qu’il s’agisse de ses récits ou de son dessin. Sa nouvelle bande dessinée confirme ses talents d’écriture et sa volonté de faire des choix tranchés, notamment en matière graphique.

Écoute, jolie Márcia © Marcello Quintanilha / Éditions çà et là 2021
Écoute, jolie Márcia © Marcello Quintanilha / Éditions çà et là 2021

Écoute, jolie Márcia se lit avec la facilité d’un thriller. Très rythmée, la trame réaliste ménage un suspens crédible. La fluidité des dialogues et le langage contemporain évitant des excès caricaturaux montrent que l’auteur a su masquer un important travail derrière une apparente facilité. Les scènes d’action et l’utilisation du hors-champ sont dignes des meilleures productions audiovisuelles. Les couleurs claires et vives choisies par l’auteur s’éloignent au contraire de tout réalisme. Ce contraste très marqué estompe un peu la dureté du récit tout en soulignant son dynamisme.

Mais Écoute, jolie Márcia est avant tout un drame social et familial. Jaqueline, qui pense tout maîtriser, est prise dans les rouages de la société brésilienne, emportant avec elle toute sa famille. Elle est à la fois actrice et victime de la criminalité et des défaillances politiques qui s’infiltrent dans les failles d’une urbanité faite d’inégalités qui s’entrechoquent. Chez la police, les milices corrompues, les gangs des favelas et le crime organisé : la violence est partout.

Márcia se débat et se bat avec une force hors du commun. Généreuse, travailleuse, courageuse : c’est une « femme puissante » qui accepte les obstacles pour mieux les surmonter. Opiniâtre mais sensible, elle est capable de grands sacrifices et fait preuve de lucidité sur le monde qui l’entoure. Marcello Quintanilha réussit un portrait d’une force rare, touchant par la personnalité qu’il décrit et passionnant par la réalité qu’il dépeint.

Écoute, jolie Márcia, tableau de la société brésilienne contemporaine, est aussi une histoire d’amours. Amour maternel de Márcia pour Jaqueline, qui structure le récit, en est le moteur et la clé. Mais amour entre Márcia et Aluísio également, plus discret d’abord, très surprenant finalement. Amour de l’auteur pour son pays enfin, pays qu’il a pourtant quitté mais - tous ses livres le prouvent - avec lequel il maintient une grande proximité.

Écoute, jolie Márcia © Marcello Quintanilha / Éditions çà et là 2021
Écoute, jolie Márcia © Marcello Quintanilha / Éditions çà et là 2021
Écoute, jolie Márcia © Marcello Quintanilha / Éditions çà et là 2021

(par Frédéric HOJLO)

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5 Messages :
  • J’avais adoré Tungstène, la puissance de son graphisme et du récit. Un graphisme souple, maléable, mais terriblement réel. Un pas de Samba parfaitement orchestré. L’athénée était également un bel album, mais déjà le traitement de la couleur pouvait rebuter. Mais là, sur ce Marcià, c’est trop déroutant. Un sujet encore très fort, mais la colorisation donne l’impression que les personnages sont malades, ou qu’ils vont vomir. On aimerait tellement retrouver cette lumière du Brésil, ces couleurs exubérantes qui donnent cette chaleur festive. Cela ne retirerai en rien le message social de cet auteur. Dommage, cette colorisation risque d’enfermer l’album dans une favela "élitiste"... les Carioca ne dansent plus et il pleut sur le Corcovado.

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    • Répondu le 9 octobre à  12:46 :

      C’est justement l’audace de la mise en couleur qui m’a immédiatement attiré vers cet album. Et je n’ai pas été déçu. Grande réussite.

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      • Répondu par Lol le 10 octobre à  12:59 :

        Il ne faut pas confondre audace et mauvais goût.

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        • Répondu le 10 octobre à  14:36 :

          En l’occurrence c’est une très belle mise en couleur.

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        • Répondu le 10 octobre à  14:51 :

          Ah oui oh Lala dans la BD faut pas les brusquer ! Si le ciel n’est pas bleu et la peau bien rose, beaucoup sont choqués ! Ils devraient relire leurs Lucky Luke période Dupuis.

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