Se souvenir des mangas de 2015 pour préparer Noël

12 décembre 2015 1 commentaire
  • À l’occasion de fêtes de fin d’année, des dégustations de chocolat et autres douceurs, ActuaBD.com vous propose de jeter un regard sur l’année écoulée pour évoquer une petite sélection des bandes dessinées d’Asie qui ont fait à notre sens l’actualité de 2015. Une autre façon de se donner des envies de se régaler en cette période de fêtes !

Pour organiser ce vaste panorama de l’année écoulée, concernant une production pléthorique que nous n’avons pu que partiellement couvrir, voici quatre perspectives ouvertes sur la période : tout d’abord les séries courtes d’un ou deux volumes, puis les nouveautés, ensuite les séries qui se poursuivent et que nous apprécions ; enfin celles qui se sont achevées.

One-shots et séries courtes en deux volumes

Se souvenir des mangas de 2015 pour préparer NoëlDu côté des one-shot, notons le tir groupé proposé par Glénat au moment de Japan Expo cette année. Avec Jaco - The Galactic Patrolman d’Akira Toriyama, Katsuraakira, regroupant deux récits réalisés par ce dernier en collaboration avec Masakazu Katsura, et Gigantomachia, de Kentaro Miura, auteur du culte Berserk, l’éditeur numéro un du marché français a offert en 2015 à ses lecteurs trois beaux volumes de grands noms du manga encore en activité.

Dans les séries courtes en deux volumes, trois titres nous paraissent mériter une attention plus particulière de la part des lecteurs, cette fois plutôt adultes. Il s’agit de Unlucky Young Men, de Kamui Fujiwara et Eiji Otsuka, de Poison City de Tetsuya Tsutsui, deux titres issus de la collection "Latitudes" chez Ki-oon, et de La Fille de la plage, d’Inio Asano, chez IMHO.

Nous vous avions présenté le premier tome du premier de ces trois dyptiques, Unlucky Young Men, à la rentrée dernière. Redisons-le encore une fois : il s’agit sans doute d’un des meilleurs titres de l’année, par sa capacité à peindre des marginaux à la dérive particulièrement justes et touchants, par sa manière de brosser le portrait d’une époque, d’une société et d’une génération, et enfin par son art visant à mêler l’historique et l’imaginaire. On attend avec impatience la sortie du deuxième tome.

Poison City, que nous vous présentions ici, reçut cet été le 9e Prix Asie de la Critique ACBD et voit son second volume sortir juste avant les fêtes. Traitant frontalement d’un thème au cœur de l’actualité en 2015, celui de la liberté d’expression et des risques encourus par sa défense, le manga de Tetsuya Tsutsui fait mouche en se fondant sur l’expérience de créateur de l’auteur, liée à la production manga, pour structurer son propos et son récit.

Concernant La Fille de la plage, il s’agit d’un titre dont nous n’avons malheureusement pas parlé cette année, et voilà l’occasion de nous rattraper. Inio Asano, que l’on connaît pour Bonne nuit Punpun chez Kana, livre ici un récit poétique et mélancolique centré sur l’éveil à la sexualité et aux sentiments de deux collégiens qui ne savent pas très bien où ils en sont ni de quelle manière ils peuvent grandir. D’une puissance et d’une subtilité rares, auxquelles font contrepoint des scènes très crues de l’intimité des jeunes gens, il s’agit bien là d’une œuvre importante qui confirme Inio Asano comme l’un des grands mangakas contemporains.

Rappelons également que 2015 a vu la parution, chez Kana, de Ice Age Chronicle of the Earth de Jirô Taniguchi. Dans cette aventure SF en deux gros volumes, l’auteur du Gourmet solitaire nous présente un monde post-apocalyptique subissant une violente glaciation, où l’homme devra trouver un moyen de se réconcilier avec la nature s’il entend survivre. Démarrant fort, et bien, l’intrigue prend cependant un tour surprenant au second tome.

Sans oublier, chez Sarbacane, le retour de Daisuke Igarashi avec Saru, récit complet mêlant magies, mythes ancestraux et figures historiques, dans une veine ésotérique dont le mangaka a le secret. Une enquête et un voyage à travers le monde, de la Chine à l’Éthiopie, en passant par l’Afghanistan et notre chère cité d’Angoulême, qui nous a rappelé la Rencontre du Troisième Type (1977) de Steven Spielberg. Une œuvre et un hymne à la préservation des traditions ancestrales qui a su, comme souvent chez ce mangaka, allier discours didactique et un certain ludisme.

Nouvelles séries prometteuses

Du côté des nouvelles séries prometteuses, débutées en 2015 donc, voici quelques propositions qui pourraient faire plaisir en cette période de fête. Ainsi, chez Glénat, Kokkoku, Ajin et Jabberwocky constituent de réelles bonnes pioches.

Le premier, Kokkoku présente une trame fantastique, métaphysique et policière. Suite à un kidnapping, le secret d’une famille se trouve révélé : une pierre magique en leur possession permet d’accéder au "monde statique", dans lequel le temps se trouve suspendu. Une lutte pour la domination de cet espace s’engage alors entre les membres de cette famille et ceux qui les traquent, le tout sous la surveillance d’une créature mystérieuse, le Régent, qui protège ceux rendus immobiles lors du passage dans cet univers parallèle. Témoignant d’une excellente maîtrise de la dramatisation, le manga de Seita Horio se révèle rapidement captivant.

Plus gore et plus violent, Ajin nous dévoile l’existence d’immortels parmi nous. Baptisés "ajin", ces humains qui n’en sont plus par décision politique, deviennent les cobayes d’expériences terrifiantes visant à déterminer les facteurs à l’origine de leur capacité à se régénérer. Notre héros, Kei Nagai, lycéen, se découvre ajin suite à un accident dont il est victime. Traqué par les autorités, il s’engage alors dans une course-poursuite effrénée. Thriller rythmé, Ajin joue aussi de certains codes de l’horreur pour entretenir l’intérêt du lecteur.

Enfin, Jabberwocky de Masato Hisa, nous ramène à l’époque victorienne pour une plongée dans un récit steampunk, mâtinée de figures historiques, d’espions… et de dinosaures ! Lily Apricot, espionne anglaise un peu trop portée sur la bouteille, se fait recruter par Sabata Van Cleef, as de la gâchette et agent de la société secrète Le Château d’If. Leur créneau ? Les conspirations fomentées par certains dinosaures mal intentionnés. En effet ces derniers ont évolué en êtres intelligents et se sont cachés de l’humanité pour survivre, comme Sabata lui-même ! Un dessin noir et blanc à la Frank Miller, un univers pulp et déjanté, une action trépidante sont les maîtres-mots de cette série en sept tomes fun et efficace.

Toujours de Masato Hisa, Casterman nous a gratifié d’une autre de ses œuvres : Area 51, une cité où se retrouvent parqués bon gré mal gré, toutes les créatures fantastiques qui, jadis, peuplaient le monde, qu’elles soient des divinités, des créatures folkloriques, des extra-terrestres ou tout autre non-humain. Tous logent aujourd’hui dans cette ville « refuge », qui a tout de la cité du crime et du péché ! On retrouve le goût de Masato Hisa pour les atmosphères à la Frank Miller, axées ici polar, où on suit les aventures d’une détective privée qui cache comme il se doit une quête de vengeance. Une ambiance noire de toute beauté et des situations entre poésie et absurde, pour un résultat un net cran au-dessus de Jabberwocky.

Chez Kana, c’est Levius qui nous a fait la plus belle impression chez année. Récit steampunk, ce manga revisite le combats de gladiateurs dans une version boxe mécanique, avec en arrière-fond un monde ravagé par la guerre et les inégalités. Les combats deviennent ici des fenêtres ouvertes sur des personnages complexes, torturés et rendus d’autant plus attachants par la tonalité tragique de l’ensemble. Fin et glaçant à la fois, la série de Hahurisa Nakata s’avère particulièrement séduisant.

Du côté des nouveautés Delcourt Manga, ce sont Innocent de Shin’ichi Sakamoto et Rin de Harold Sakuishi qui nous ont conquis.

Nous proposant de suivre la vie de Charles-Henri Sanson, l’un des plus célèbres bourreaux de l’Histoire de France, ayant officié sous la révolution française et exécuté Louis XVI, Danton, Robespierre, Innocent s’avère surprenant en dépit d’un propos qui semble transparent : prendre un point de vue original sur les grands évènements qui ont rythmé le XVIIIe siècle, à l’aide d’un dessin très anatomique et photographique.

C’est dans le mode d’évocation des sentiments que le titre désarçonne : un style emo-punk-rock qui surgit parfois au détour d’une page ! Sans véritablement parler de style baroque, il s’agit ici de mettre en image le jeu classique entre posture de façade et intensité des sentiments intérieurs. Une façon de traiter l’exacerbation et le conflit des des émotions et qui confère au titre une atmosphère toute particulière.

Rin de Harold Sakuishi nous entraîne de son côté dans une mise en abyme de l’univers du manga, et plus exactement sur le chemin initiatique de l’apprenti mangaka avec un lycéen qui rêve de devenir dessinateur de manga. L’originalité du titre tient en un élément à teneur fantastique : Rin, une jeune fille capable de communiquer avec les morts ! L’intrigue tourne autour de la dernière œuvre d’un mangaka célèbre, décédé avant d’avoir pu la réaliser. Personne ne sait quel était son sujet mais Rin a un indice ! Un récit initiatique un peu étrange mais très prenant et porté par une excellente dynamique des interactions des personnages.

L’année 2015 fut aussi celle de l’arrivée chez Ototo des adaptations manga de la célèbre franchise Sword Art Online. On y suit des joueurs pris au piège dans un monde virtuel où la défaite entraîne une mort réelle. Parmi les titres édités, aux qualités diverses, Sword Art Online Progressive, optant pour le point de vue de l’héroïne, nous est apparu comme une bonne surprise, apportant une belle fraîcheur à une production qu’on aurait pu craindre totalement formatée.

Avec The Heroic Legend of Arslan Kurokawa nous invite à une nouvelle aventure épique de Hiromu Arakawa, qui signe ici l’adaptation d’une célèbre série de romans d’heroic fantasy écrits par Yoshiki Tanaka. Le récit nous plonge dans la guerre opposant deux royaumes imaginaires : Parse, patrie des héros inspirée de l’Empire Perse, et Lusitania, royaume occidental parti en guerre pour convertir les hérétiques. Si l’ensemble se révèle d’une facture très classique (le début de l’œuvre date de 1986), les talents de conteuse d’Hiromu Arakawa assurent un joli spectacle qui possède le potentiel de se développer d’une belle façon.

Chez Ki-oon, deux nouveaux titres nous ont particulièrement interpellé cette année.

Tout d’abord A Silent Voice de Yoshitoki Oima dans lequel nous suivons un jeune garçon qui passe son temps à maltraiter une jeune fille sourde et muette, tout en entraînant ses camarades à participer à ces brimades. La série évoque le délicat sujet du handicap, de l’exclusion et du regard des autres, sur ce qui fait la norme ou non. La série se distingue par un choix de point de vue déstabilisant mais développe une grande leçon de tolérance.

Avec Last Hero Inuyashiki de Hiroya Oku nous passons à un tout autre genre. Un quinquagénaire à la vie aussi pathétique que misérable se voit transformé du jour en lendemain en cyborg. Véritable machine de guerre, invisible et indestructible, est-ce que cette métamorphose va lui permettre enfin de s’affirmer, voire d’aider son prochain, ou le faire tomber de Charybde en Scylla ? L’auteur de Gantz nous propose ici un conte moderne terriblement accrocheur.

Pour les férus de polars, les éditions Komikku ont proposé un nouveau rendez-vous avec l’Inspecteur Kurokôchi, au flair hors-norme et au body language à faire pâlir Colombo. Dés le premier tome, le ton était donné : tronches patibulaires des protagonistes, dialogues cultes, sous une couverture de prime abord anodine, mais diablement efficace ! Les auteurs Takashi Nagasaki et Kôji Kôno empruntent un sentier à contre-courant des histoires policières classiques, et intriguent le lecteur en toute décontraction, sans prise de tête.

Enfin n’oublions pas cette année l’arrivée d’un nouvel éditeur spécialisé dans le manhua, la bande dessinée chinoise : Urban China. Nous avons ainsi pour découvrir les aventures trépidantes de la princesse vagabonde, la petite Yu s’initier aux mystères des esprits de la nature, suivre les maladresses d’une jeunesse universelle et touchante, ou d’une jeunesse d’un autre temps pas si lointain, retrouver les charmes de contes en ombre chinoise, croiser un joker des plus curieux ou encore se plonger dans certains épisodes terribles de la guerre. Un programme riche et varié avec des récits naviguant entre tradition et modernité, ouverts à un large public.

Des séries à poursuivre

Du côté des belles séries qui se poursuivent et qui conservent une véritable qualité, notons tout d’abord Altaïr. Après huit volumes, la série de Kotono Kato poursuit son bonhomme de chemin et invite le lecteur sur les routes d’un bassin méditerranéen fictif, mêlant référence antiques, médiévales et modernes, où un équivalent de la Turquie tente de répondre aux pressantes menace d’un encombrant voisin. Faisant la part belle au diplomatique, au militaire et à l’exotisme, Altaïr continue à séduire en mariant codes shônen classiques s’adressant aux jeunes gens et univers et intrigues susceptibles de plaire aux plus grands.

Côté humour, et savoir, s’impose Moyasimon, délirante série prenant microbes et bactéries pour héros. Relatant les recherches et déboires d’une fine équipe d’étudiants en agronomie, Masayuki Ishikawa se propose de divertir son lecteur tout en lui faisant découvrir le dessous des processus de transformation des aliments, et notamment tout ce qui tourne autour de la fermentation. Présenté ainsi, cela peut paraître ennuyeux ou absurde, mais le résultat s’avère riche et savoureux, le plus souvent extrêmement drôle.

Les aventures de Yona la princesse-dragon des éditions Pika se sont poursuivies avec toujours beaucoup de grâce et de justesse. Sa quête consistant à retrouver les descendants des quatre dragons légendaires s’est achevée, amenant à la série à son acte deux. Et c’est sur les terres de la tribu du feu que Yona et ses compagnons ont décidé d’agir, venant en aide à une population soumise à de lourds impôts et contrainte de mener une vie miséreuse. Des aventures toujours aussi rondement menées par une héroïne forte et courageuse, accompagnée de sa bande de puissants, mais également séduisants, garçons !

Également chez Pika, n’oublions pas le parcourt de Chihaya dans l’étrange univers du Karuta, sur un mode de compétition sportive passionnant !

Tandis que Six Half de Ricaco Iketani, narrant le retour à une vie ordinaire d’une lycéenne amnésique, se retrouvant par paradoxe dans le corps d’une jeune fille détestée de tous, s’est confirmée comme l’actuel shôjo manga numéro un du catalogue Delcourt Manga.

Du côté de Kana, signalons deux excellents shôjo mangas, que nous n’avons pas encore trouvé l’occasion d’évoquer dans nos colonnes. Tout d’abord Mon histoire de Kazune Kawahara et Aruko, qui nous conte pour une fois non pas l’histoire d’une quête amoureuse, mais celle de la vie presque ordinaire d’un couple de lycéens, aussi charmants qu’improbables. D’un côté Takéo, un garçon au physique ingrat, mais fort comme un bœuf, doté d’un cœur plus gros encore, et Rinko, un petit bout de femme qui rêve de pâtisserie. Un récit touchant et hilarant, qui utilise avec astuce l’axe des différences et des apparences pour nous compter une jolie et presque ordinaire histoire d’amour.

Shirayuki aux cheveux rouges de Sorata Akizuki, le second shôjo manga de Kana qui nous tient à cœur, revisite quant à lui l’univers de Blanche Neige et du Prince Charmant pour nous conter... une histoire de Prince Charmant ! Là où la tendance s’avère être le récit méta-contextuel prenant à contre-courant les stéréotypes, cette œuvre nous propose au contraire un conte de fée très premier degré, où Blanche Neige devient néanmoins une apprentie herboriste. Un très joli récit porté par un couple vedette extrêmement attachant, qui nous prouve que les histoires de Prince Charmant peuvent toujours s’avérer enchanteresses et convaincantes.

Pendant ce temps les assassins d’Akame ga Kill, le populaire dark-shônen de Kurokawa, ont poursuit leur quête pour libérer l’Empire de la corruption et de ses horreurs. Un parcourt au cours duquel ils ont perdu des compagnons et ont dû faire face à des ennemis toujours plus redoutables et impeccables. Une lecture macabre parfaitement orchestrée.

Chez Komikku, Le Chef de Nobunaga, qui mélange feu insolite des champs de batailles et mets culinaires irrésistibles, continue de nous enchanter. Un peu à l’instar de Thermæ Romæ où le protagoniste principal parvient miraculeusement à voyager dans le temps, nous retrouvons Ken, un cuistot du 21e siècle, propulsé en pleine époque médiévale. La finesse du trait de Takuro Nishimura doublé d’un scénario trépidant sans temps mort, procure une joie de lecture sans pareille. La force de cette série s’illustre dans la droiture de Ken qui pourrait utiliser son génie pour son profit personnel. Notre héros s’avère indomptable et trouve sa voie au travers de nombreuses tribulations avec une infinie sagesse.

Enfin dans la catégorie des shônen mangas fleuves, qui reste le genre le plus populaire et vendeur en France comme ailleurs, beaucoup de titres se sont bousculés cette année pour faire l’actualité ou non. De notre côté, en dehors des incontournables classiques qui « tournent » depuis des années, trois titres plus « jeunes » ont à notre sens pris leur envol en 2015 de manière très prometteuse.

Tout d’abord Seven Deadly Sins de Nakaba Suzuki, une adaptation très libre mais ô combien malicieuse de la Légende Arthurienne, où le motif de l’amitié a laissé la place à celui de l’amour pour un résultat explosif. Avec son trait qui s’inscrit dans un héritage maîtrisé d’Akira Toriyama, une intrigue riche en rebondissements et des personnages charismatiques, l’œuvre de Nakaba Suzuki nous a conduit sur un rythme d’enfer de surprises en émerveillements tout le long de l’année ! La suite vite !

À ses côtés, nous plaçons World Trigger de Daisuke Ashihara, un récit de « batailles » à la précision et à l’efficacité redoutable, qui souffre d’un début lent et d’un graphisme trop sage, mais qui, une fois lancé, nous a conquis par la dynamique et l’élaboration de ses combats. Une variation de la fibre shônen classique, relevant davantage de la tactique que de la passion, des plus convaincants.

Enfin, Food Wars ! de Yuto Tsukuda et Shun Saeki, qui nous plonge dans l’univers d’une école d’élite culinaire à l’ambiance hors-norme. L’exubérance est évidemment de mise avec des situations et des personnages très colorés, avec en particulier des séquences de dégustation proche de l’orgasme ! Sans révolutionner le genre, l’univers et le rythme sans temps mort se révèlent parfaitement maîtrisés. C’est à la fois très fun à suivre, avec un vrai sens du suspens et de la surprise.

Des fins à ne pas manquer

Et pour terminer, ce bilan offre l’occasion de célébrer quelques grandes séries qui se sont achevées cette année.

Il en en ainsi de La Tour fantôme de Taro Nogizaka (chronique du premier volume ici, et du dernier là). Bouclé en neuf tomes, ce policier historiquement situé dans l’après-guerre au Japon multiplie les références aux formes du genre horrifique. Il creuse par ailleurs franchement la thématique du travestissement, faisant de l’identité sexuelle de ses héros le fond véritable d’une intrigue se présentant de prime abord comme une chasse au trésor. Véritable réussite, La Tour fantôme constitue l’un de nos coups de cœur des derniers mois.

Toujours chez Glénat Manga, Claymore de Norihiro Yagi a vu la longue quête de Claire et de ses amies guerrières toucher à sa fin. Après plus de dix ans de publication et vingt-sept tomes, l’un des dark shônens les plus emblématiques des années 2000 a trouvé une conclusion étonnamment douce et poétique. Une série qui n’a pourtant jamais épargné ses personnages, guerrière maudites luttant contre des monstres dignes de l’imagination de HR Giger. Norihiro Yagi a su tour à tour nous émerveiller et nous terrifier dans une œuvre que nous pouvons qualifier aujourd’hui de référence du genre !

Signalons également chez l’éditeur grenoblois, deux séries plus « modestes » qui se sont également achevées cette année. Si nous n’avons pas manqué de vous parler de la fin de Kamikaze kaito Jeanne d’Arina Tanemura, une série de Magical Girl de qualité, en sept tomes, Mikado Boy de Riko Miyagi s’est terminé, en quatre tomes, sans un mot de notre part !

Les aventures de ces espions en presque-culotte courtes, dans un Japon de l’entre-deux guerres romancé à la mode Steampunk se sont avérées amusantes et entraînantes. Un récit court et simple, allant à l’essentiel et diablement efficace pour cette raison.

Enfin, la série à très grand succès Tokyo Ghoul vient de tirer sa révérence, mais c’est pour mieux nous revenir, sous la forme d’une suite étonnante, dans quelques semaines. La ville de Tokyo imaginée par Sui Ishida sert de cadre à un conflit entre monstres non seulement amateurs de chair humaine mais aussi cannibales ! Puissant, déroutant et sans complaisance, pour ne pas dire sans pitié avec ses personnages, ce manga pousse très loin la logique qu’il amorce pour offrir un dénouement qui ne manquera pas de sidérer le lecteur. Nous aurons bientôt l’occasion d’en reparler afin d’accorder la place qu’elle mérite à cette saga atypique.

Du côté de Tonkam deux fins de série fleuve sont à signaler. Tout d’abord Zetman de Mazakazu Katsura a achevé sa course débutée en 2002 avec la sortie d’un tome 20 qui conclut... uniquement une première partie ! Une œuvre sur le thème des super-héros et de la justice relativement intéressante mais qui a parfois perdu le lecteur par des digressions pas nécessairement pertinentes. Et ce n’est donc pas encore fini !

Liar Game de Shinobu Kaitani, débuté en 2005, a vu son dix-neuvième et dernier tome publié chez nous ce mois-ci. Le point de départ : une jeune femme reçoit un jour une mallette de 100 millions de yens. Sa mission : dérober en 30 jours la même mallette possédée par un autre joueur. Le perdant devra rembourser cette dette ! Proposant une intrigue a priori « simple » basée sur des « jeux de menteur » hautement psychotiques, Liar Game s’est révélé au fil des ans comme un incroyable puzzle mettant à rude épreuve ses personnages comme ses lecteurs. Une très grande réussite du genre.

Nozokiana, la romance érotique de Wakoh Honna, publiée chez Kurokawa, a trouvé sa conclusion au treizième tome, dans un final aussi émouvant que piquant. Et dire que tout a débuté avec un jeu érotique : deux étudiants voisins de palier jouant aux voyeurs à tour de rôle, au travers d’un trou séparant leurs appartements respectifs. Une série aussi étonnante que déroutante qui a su trouver un ton particulièrement juste dans le développement sentimental de ses personnages.

Chez Kazé manga, trois titres ayant particulièrement nos grâces ont tiré leur révérence.

Au mois de septembre c’est Kumiko, notre farfelue professeure yakuza de Gokusen, qui nous a quittés, au bout de quinze tomes, publiés sur un an, à un rythme mensuel assez exceptionnel (chronique des premiers tomes ici, et des derniers là). Une série sur le thème classique du prof voyou qui enseigne à des voyous, mais ô combien touchante et hilarante, et surtout maligne dans sa narration, qui a fait le choix d’épisodes simples et directs, donnant à l’ensemble un sacré punch ! Hautement recommandé !

Autre série publiée sur presque dix ans, mais comptant seulement treize tomes, World Embryo de Daisuke Moriyama nous a proposé son dernier tome il y a quelques semaines en France. C’est avec une émotion particulière que nous avons tourné les pages finales et refermé ce dernier tome. Un dénouement de très grande qualité pour une série ambitieuse qui a exploré ses sujets, le mensonge et l’oubli, avec une imagination et une adresse admirables. Une série plus que recommandée qui ne doit pas tomber dans l’oubli !

Enfin, c’est Beelzebub qui s’est achevé et cette fin avait d’ailleurs été l’objet de questions que nous avions pu poser à Ryuhei Tamura lors de sa venue en France en 2014. On quitte donc Oga, son bébé sur le dos, sa bande de délinquants et sa clique de démons à regret. Manga alternant scènes de furyos - ces loubards de la culture lycéenne japonaise -, affrontements à coups de super-pouvoirs délirants et passages comiques déployant un art du burlesque consommé, Beelzebub aura souffler un vent de fraîcheur et de légèreté dans le paysage du shônen de combat.

Mais ce tour d’horizon de l’année 2015 en manga ne pouvait décemment pas ignorer le phénomène mondial que constitue L’Attaque de Titans, de Hajime Isayama, succès populaire mais aussi critique, la revue Kaboom, par exemple, faisant sa couverture sur le manga et consacrant un long entretien à son auteur. Un phénomène assez largement relayé sur notre site : long dossier consacré à la saga, présentation de spin-off ou encore analyse de la stratégie éditoriale de Pika autour du titre. D’ailleurs, le lecteur qui aurait échappé jusque-là à la déferlante aurait à présent de quoi se laisser tenter avec une nouvelle édition de l’œuvre, dite colossale et portant bien son nom : de gros pavés (deux parus pour le moment), grand format, papier glacé, regroupant chacun trois volumes classiques, rendant justice à un titre qui le mérite amplement.

C’est ainsi que se termine aussi ce long récapitulatif, en espérant que vous puissiez y piocher quelques idées pour vous ou vos proches, dans ce dernier sprint avant le réveillon !

(par Guillaume Boutet)

(par Aurélien Pigeat)

(par Marc Vandermeer)

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En médaillon : Tezuka moderno labo figure (c) Tezuka Productions

 
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