Hubert Boulard, personnalité BD de l’année 2020

28 décembre 2020 12
  • Hubert Boulard, alias Hubert. On lui devait le scénario de « Peau d’Homme » (dessins de Zanzim, Glénat), mais aussi de séries comme « Les Ogres Dieux » (dessin de Bertrand Gatignol, Soleil), « Miss Pas Touche » (dessin de Kerascoët, Dargaud), « Le Legs de l'Alchimiste » (dessin d'Hervé Tanquerelle et de Benjamin Bachelier, Glénat). Il s’est éteint cette année à l’âge de 49 ans, alors qu’il était pour nous « La personnalité BD de l’année 2020 ».

Chaque année, c’est un peu la bouteille à encre. Nous sondons la rédaction d’ActuaBD (un peu plus de 40 personnes) pour essayer de désigner une personnalité qui aura marqué l’année 2020.

Il y a bien sûr la sorcière Covid et son prophète marseillais qui ont fait partie du lot, mais nous ne sommes pas le 1er avril ; les libraires de BD, super-héros masqués qui ont su vaillamment défendre la culture de ce « produit non-essentiel » qu’est le livre ; Bruno Racine et son fameux rapport passé à la trappe aussitôt publié ; Cauvin qui a dit au revoir aux Tuniques bleues cette année ; l’autrice coréenne KeumSuk Gendry Kim a publié trois romans graphiques en 2020 et a été lauréate d’un Harvey Award ; Jul, scénariste d’un Lucky Luke marquant : Un Cow-Boy dans le coton (dessin de Achdé, Dargaud) et auteur d’un album de Silex and the City : La Dérive des confinements, parrain démissionnaire de BD2020 qui a offert un T-Shirt mémorable au Président Macron

Et puis Hubert Boulard, alias Hubert, coloriste prodige et scénariste touchant et délicat, Prix Jacques Lob du scénario à Blois en 2015, décédé le 13 février de cette année, est sorti du lot.

Hubert Boulard, personnalité BD de l'année 2020
En un seul jour, "Peau d’homme" rafle quatre des plus importants prix de l’année.

Pourquoi lui ? Parce qu’il est caractéristique de cette année qui a fauché tant de talents et parce qu’il avait seulement 49 ans. Ce n’est pas la pandémie qui l’a tué mais la vie, alors que la Covid a rendu difficile les relations sociales, plongeant le monde dans une espèce d’hibernation. Parce que son talent nous manque à tous. Nous lui avons rendu un hommage tout particulier dans nos pages.

Nous préférons d’habitude honorer les vivants tant qu’il est encore temps. La seule exception a été l’équipe de Charlie Hebdo en 2015, ils méritaient bien cela. Et alors que le procès des complices commençait, Hubert et avant lui Claire Bretécher annonçaient cette « Annus Horribilis ».

L’émotion a été forte dans le milieu de la bande dessinée et la vague a commencé à s’amplifier : « Peau d’homme  » (dessins de Zanzim, Glénat), son « livre-testament », «  un manifeste anti-homophobie travesti en fable  » (Catherine Meurisse), paru en juin juste après sa mort, devient un phénomène de librairie : plus de 50 000 exemplaires vendus, tandis que l’album (mais aussi le quatrième tome des Ogres Dieux) se trouvaient nominés au prix d’Angoulême.

Zanzim recevant le Prix RTL. Le souvenir d’Hubert plane sur ce succès.
Photo : RTL / Glénat

Entretemps, l’album rafle tous les prix : Grand Prix de la Critique de l’ACBD, Prix RTL, Prix Wolinski du Point, Prix Landerneau des Centres Leclerc, prix Ti-Zef au Festival de la BD de Brest, il est nominé pour le Prix d’Angoulême, le Prix des libraires BD 2021, pour le prix Fnac-France Inter. Un phénomène et une sorte de Grand Chelem inédit.

Son ouvrage le plus personnel, La Nuit mange le jour (dessins de Paul Burckel, Éd. Glénat) a été optionné pour le cinéma et a fait l’objet d’une campagne Ulule ce mois de décembre.

L’hommage à Hubert par David Gilson
(Dessin inspiré et en hommage au livre "la Ligne Droite" d’Hubert, illustré par Marie Caillou)

Il nous a semblé utile de nous joindre à ce concert d’hommages pour cet album humaniste qui appelle à la concorde et à la tolérance alors que cette pandémie affecte les relations sociales à des niveaux inédits. Il nous importait aussi de rendre hommage à cet auteur charmant, intelligent et sensible qui aura marqué nos mémoires en 2020.

Voir en ligne : LIRE AUSSI L’HOMMAGE D’ACTUABD À HUBBERT

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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LES PRÉCÉDENT LAURÉATS
- 2019 : Emil FERRIS pour « Moi ce que j’aime, c’est les monstres » (Ed. Toussaint Louverture), phénomène éditorial de l’année.
- 2018 : Wilfrid LUPANO pour les Vieux Fourneaux adaptés au cinéma et les multiples ouvrages de qualité publiés dans l’année.
- 2017 : Gilles RATIER pour son Rapport annuel qui servit de boussole à l’analyse de la BD en France pendant 20 ans.
- 2016 : Catherine MEURISSE pour la résilience affichée à la suite de la tragédie de Charlie Hebdo dans son ouvrage La Légèreté.
- 2015 : CHARLIE HEBDO et ses auteurs martyrs de la liberté de conscience et d’expression.
- 2014 : Marcel GOTLIB qui fêta ses 80 ans cette année-là avec une expo à Paris, à Lausanne puis à Bruxelles.
- 2013 : SPIROU, personnage créé par Rob-Vel qui fêtait ses 75 ans cette année-là, les éditions Dupuis s’arrangeant pour le rappeler toute l’année, mettant en place un parc d’attraction, des dessins animés, un film Live…
- 2012 : Albert UDERZO qui, changeant subitement d’avis, décidait de passer la main sur Astérix et de vendre sa maison d’édition à Hachette.
- 2011 : Fanny RODWELL parce que deux ans après avoir inauguré à ses frais le Musée Hergé, elle concrétisait le rêve de son premier époux de voir Tintin porté à l’écran par Spielberg.
- 2010 : Jean VAN HAMME pour la succession de XIII et de Thorgal et marquait les esprits en lançant simultanément les adaptations audiovisuelles de XIII, de Rani et de Largo Winch.

 
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12 Messages :
  • Hubert Boulard, personnalité BD de l’année 2020
    28 décembre 2020 10:14, par Frenchoïd

    Lambil et Cauvin qui ont dit au revoir aux Tuniques bleues cette année

    Aux dernières nouvelles Lambil continue sans Cauvin (et avec un (premier ?) scénariste dont le nom n’a pas encore été révélé).

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 28 décembre 2020 à  11:58 :

      En effet, nous avions déjà largement parlé.
      Merci, c’est corrigé.

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  • Hubert Boulard, personnalité BD de l’année 2020
    28 décembre 2020 20:19, par Franck

    Pas un mot sur le fait que La Nuit Mange le Jour soit adapté en long-métrage ?

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    • Répondu par HeleneReboul le 28 décembre 2020 à  23:30 :

      Le lien que j’ai trouvé sur le film https://vimeo.com/473001336

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 29 décembre 2020 à  02:31 :

      Vous avez raison, nous rajoutons une ligne. Nous allons surtout en parler plus longuement très vite. Nous invitons les producteurs à prolonger la campagne Ulule.

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  • Hubert Boulard, personnalité BD de l’année 2020
    28 décembre 2020 20:35, par Sasha

    Bonjour,

    le tome 2 des « Ogres-dieux » a été en effet nominé pour le prix d’Angoulême, il y a trois ans, mais c’est le tome 4 « première -née » qui est nominée pour le prix cette année. D’ailleurs, ça aurait été bien de le lire avant d’écrire l’ hommage , vous auriez pu découvrir le vrai testament.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 29 décembre 2020 à  02:23 :

      Vous avez raison, Sasha : étourderie. Pas facile d’écrire entre les deux fêtes. En revanche, on peut presque dire que tous les albums d’Hubert sont des "testaments" (il y avait des guillemets, vous avez remarqué ?) tant il y transposait des choses personnelles. Il se fait que le succès de celui-ci et sa médiatisation au milieu de l’année, son caractère "grand public", de "manifeste anti-homophobie" (Catherine Meurisse), caractérise bien l’œuvre d’Hubert que ces nombreux prix et son titre de "Personnalité BD de l’année" met en lumière auprès d’un public qui ne le connaît pas encore.

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      • Répondu le 29 décembre 2020 à  07:41 :

        Ce n’est pas, comme vous l’écrivez, la vie qui a tué Hubert mais SA vie, sa morbidité. Son œuvre est donc bien un testament et pas un manifeste anti-homophobie comme le dit Catherine Meurisse. Catherine parle du message qu’elle perçoit et non pas de son auteur.

        Toutes les histoires d’Hubert parlent au "je" même si elles sont accordées à la troisième personne du singulier. Narcisse sombre, maniaco-dépressif, ce qu’il était depuis l’enfance, avec un profond sentiment de culpabilité lié à son éducation. Hubert ne parle pas de l’homosexualité des autres, seulement de son être et de son mal-être, de ce qu’il voit dans le miroir ou plutôt, l’image déformée qu’il percevait de lui-même. Hubert n’arrivait pas à s’aimer et pourtant, il était très intelligent, très cultivé et très touchant. Toujours au bord du gouffre. C’est parce qu’il parle profondément de lui ou plutôt de ses démons que son œuvre est forte et qu’elle peut apparaître comme un manifeste anti-homophobie. En vérité, elle est plus intemporelle parce qu’Hubert n’était pas un auteur de slogans ou de tweets pour un manifeste d’un sujet à la mode dans les médias mais l’auteur d’une œuvre essentielle parce que viscérale.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 29 décembre 2020 à  09:37 :

          Je ne suis pas d’accord. Vous parlez comme si vous le connaissiez intimement, ce dont je doute. Vous semblez ignorer que la portée universelle n’est pas du fait de l’artiste, mais de la façon dont une multitude de gens se reconnaît dans son message, qu’il soit correctement interprété ou non. Je ne l’ai pas connu comme un être sombre et maniaco-dépressif. Je l’ai connu au contraire comme un militant souriant de la cause LGTBQI+, mais aussi concerné par le sort de ses collègues auteurs, ce qui montre que sa condition ne se limitait pas à ses préférences sexuelles. Il était universel, comme tous les artistes, en somme.

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          • Répondu le 29 décembre 2020 à  13:05 :

            Je l’ai connu aussi et il m’a parlé de ses pulsions suicidaires et de ses phases dépressives, de choses bien plus intimes que sexuelles.
            Vous et moi n’avons probablement pas discuté des mêmes choses avec lui mais nous sommes d’accord sur un point : Hubert était une belle personne et vous avez bien fait de l’honorer en le consacrant personnalité de l’année.
            Pour ce qui est de la portée d’un message et de son auteur, Hubert qui avait reçu une éducation trop catholique aurait certainement sourit si je lui avais dit : "Le Christ n’était pas chrétien". Un message, c’est un peu comme le regardeur qui fait l’œuvre. Le dandy qu’était Hubert, aimait Oscar Wilde non parce qu’il était homosexuel mais parce que comme lui, il savait parler de la Vérité des masques.
            Oui, ubert avait une facette "militant souriant", mais son sourire masquait à peine la surface des choses.
            Bien à vous !

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            • Répondu par Fabien le 30 décembre 2020 à  23:35 :

              Sa mort a été très dure à digérer, d’ailleurs j’ai encore du mal. Je travaillais avec lui depuis plusieurs années, et il est parti quand nous étions sur le deuxième tome d’Atom Agency. Je l’avais rencontré chez Zanzim. Au fil du temps il était devenu un mentor et m’apprenait pas mal de choses sur le métier (bon en contrepartie il fallait se taper d’interminables coups de fil où il se plaignait des imprimeurs qui connaissaient pas leur taf, des éditeurs sur qui il gueulait et des impôts qui étaient des incompétents, Hubert quoi ^^).

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  • Hubert Boulard, personnalité BD de l’année 2020
    29 décembre 2020 18:54, par Sim

    Personnifier le covid-19 en femme ("la sorcière Covid"), c’est plutôt osé dans un article sur un auteur de livres féministes...

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